HISTOIRES DE LA NUIT

Film français de Léa Mysius

Genre : Drame, Thriller

Interprètes :  Hafsia Herzi (Nora), Benoît Magimel (Franck), Bastien Bouillon (Thomas), Monica Bellucci (Cristina), Tawba El Gharchi (Ida)

Durée :  1 h 54

Note :  5/10

En deux mots : En succombant à la recherche d’efficacité du thriller psychologique, Léa Mysius ne retrouve pas l’originalité de ses films précédents.

La réalisatrice :  Née en 1989 à Bordeaux, Léa Mysius est diplômée du département scénario de la FEMIS. Elle se fait remarquer dès ses premiers courts-métrages, dont elle est aussi la scénariste : “Cadavre exquis” (2012), “Les Oiseaux-tonnerre” (2014) et “L’île jaune” (2015) lui valent de nombreux prix en festivals. En 2017, elle réalise son premier long, “Ava” qui révèle Noée Abita. Elle écrit après des scénarios pour Arnaud Desplechin, André Téchiné, Jacques Audiard et Claire Denis. Elle revient à la réalisation en 2022 avec “Les Cinq Diables”.

Le sujet : Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine, Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…

La critique : Le film est une adaptation du roman d’avant Goncourt de Laurent Mauvigné, et en reprend globalement la trame : une famille vivant à l’écart à la campagne est victime de l’irruption de témoins du passé de la mère ; dans le film, Marion est devenue Nora, et Christine, Cristina, distribution oblige, mais on retrouve la ferme isolée au Trou-du-Cul-du-Monde, la montée de la menace  dans une atmosphère de plus en plus lourde et inquiétante puis de la violence brute.

J’avais bien aimé “Ava”, le premier film de Léa Mysius, un étrange conte initiatique sur une adolescente sauvage en train de perdre la vue qui fuguait dans un camp de gitans, même si j’avais trouvé que le récit se perdait parfois dans un registre poétique et fantastique. Je n’avais pas été le seul à apprécier ce film, puisque pour son troisième long métrage, Léa Mysius a bénéficié d’une distribution XXL : Hafsia Herzi, Benoit Magimel, Monica Belluci et la valeur montante du cinéma hexagonal, Bastien Bouillon, vu récemment dans “La Frappe”. Cerise sur le pompon, le film a été sélectionné en compétition officielle au dernier festival de Cannes, aux côtés de “Soudain”, “La Vie d’une femme”, “L’Inconnue” et “Notre salut ».

On pense forcément à “A History of Violence” de David Cronenberg pour la remontée brutale des fantômes du passé, et peut-être plus encore à “Funny Games”, pour l’approche polie et menaçante des malfrats dans un jeu glaçant du chat et de la souris. Benoît Magimel, dans le rôle du chef de clan imposant d’une voix cauteleuse sa terreur à tous, victimes comme complices, rappelle lui le révérend Powell de la “Nuit du Chasseur”, qu’évoque aussi un gros plan d’une chouette, écho des animaux de la descente de la rivière par John et Pearl.

La dimension fantastique est soulignée par une très belle photographie naturelle dans des clairs-obscurs bleutés, et une utilisation des locaux de la ferme dont les différents bâtiments deviennent dans l’obscurité une sorte de château de Barbe-Bleue. Malheureusement, le film ne tient pas toutes ses promesses, la faute à un étirement du temps et une succession de boucles narratives répétitives qui finissent par lasser, et le recours à une musique qui fait peur, ou en tout cas qui y prétend lourdement. La violence est beaucoup plus efficacement illustrée quand elle est suggérée par les jeux de regards et le hors champ, mais hélas Léa Mysisus n’évite pas à plusieurs occasions le piège du gore.

Hafsia Herzi et Bastien Bouillon font ce qu’ils peuvent pour donner vie à leurs personnages, mais c’est surtout la jeune Tawba El Gharchi dans le rôle de la fille qui impressionne par l’intensité de son jeu farouche. En succombant à la logique de l’efficacité du thriller-home invasion, la réalisatrice perd à la fois ce qui faisait ses qualités dans “Ava”, et la dimension de noirceur sociale présente dans le roman de Mauvigné.

Cluny

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