Film français d’Arthur Harari
Genre : Drame
IInterprètes : Léa Seydoux (Eva Helsinger/David Zimmerman), Niels Schneider (David Zimmerman/Malia), Valérie Dréville (Gabi), Shanti Masud (Alice), Lilith Grasmug (Malia).
Durée : 2 h 20
La note : 5/10
En deux mots : Body swap métaphysique et dépressif, premier ratage d’Harari.
Le réalisateur : Né en 1981 à Paris, Arthur Harari réalise plusieurs courts métrages avant de tourner son premier long en 2015, « Diamant Noir ». Son second film, « Onoda, 10 000 nuits dans la jungle » obtient le César du meilleur scénario. Il cosigne avec sa compagne Justine Triet le scénario de « Anatomie d’une chute »., Palme d’or 2023.
Le Sujet : À l’aube de ses quarante ans, David Zimmerman est photographe — du moins en théorie, car personne ne connaît son travail. Solitaire et effacé, il se laisse un soir entraîner à une fête par quelques amis. Il y rencontre une femme aussi fascinante qu’énigmatique, avec qui il passe la nuit. Mais au réveil, l’impensable s’est produit : David se retrouve prisonnier du corps de l’inconnue.
La critique : Cette situation où des individus échangent leurs corps a déjà tellement été traitée par le cinéma qu’elle a un nom qui lui a été dédié : le body swap. Une bonne dizaine de films ont construit leur intrigue autour de cette situation, comme « Vice Versa » de Brian Gilbert (1988), « Volte-Face » de John Woo (1997), « L’un dans l’autre » de Bruno Chiche (2017), sans oublier « Dans la peau de John Malkovich » de Spike Jonze (1999). La plupart de ces films étaient des comédies, et le pacte implicite avec le spectateur était que, tôt ou tard, chacun allait retrouver son intégrité d’identité, un peu comme avec le polynectar.
Ici, on n’est pas dans la comédie, c’est rien de le dire ; la seule fois où j’ai souri, c’est quand David-Eva cherche sur Google : « Changement de corps », et qu’une des premières occurrence qui apparait est « Concours interne de la fonction publique ». Et David Harari a choisi délibérément d’éviter toute tentative d’explication : « Je voulais que ce soit par le concret le plus extrême qu’on parvienne à une forme d’abstraction, de méditation existentielle voire métaphysique… mais sans verbalisation. C’est au spectateur de faire ce chemin, avec les personnages, dans le silence ».
De ce point de vue-là c’est réussi, trop même à entendre tous les spectateurs donner leur première impression à la sortie de la séance de cette après-midi ; « J’ai rien compris ». Il faut dire que je me doutais de cette réaction à deux indices : la différence importante d’appréciation entre les notes moyennes des citriques (3,6/5) et celles des spectateurs (2,8) sur Allociné, et l’identité des critiques dithyrambiques : Les Cahiers du Cinéma, Libération et les Inrocks. Ce partis-pris radical de ne pas expliquer les origines de ce swap peut se comprendre, mais il renforce la parcours labyrinthique imposé au spectateur, avec la circonstance aggravante des 140 minutes.
Pourtant, j’avais envie d’aimer ce film : j’avais bien apprécié « Onoda », adoré la subtilité du scénario de « Anatomie d’une chute », et l’ambition de ce film était soulignée par le choix qui avait été fait de le présenter en compétition à Cannes. J’ai fait le yoyo pendant toute la projection dans mon appréciation, à l’affût d’éléments qui me raccrochent à l’intrigue, et cycliquement il y en avait, entre fausses pistes et espoirs déçus : une transmission semblable à celle de « La Ronde », un infection intentionnelle relevant du vampirisme…
Certaines scènes sont marquantes, filmées par une caméra toujours en mouvement : la fête où David et Eva se rencontrent, un remix entre Rave party et Fête des Morts, avec des têtes géantes qui finissent en pinãta ; voir Trump, même en papier mâché, se prendre une correction est toujours réjouissant. Le travail de David Zimmerman, à savoir de photographier des lieux de la banlieue parisienne à partir de cartes postales anciennes du début du XX° siècle, et des photos prises par son père dans les années 60 ne pouvait que me parler, moi qui avais beaucoup aimé « Le Paysage dans 100 ans » de Jean-Christian Riff. Mais ces quelques éclairs ne suffisent pas à effacer les deux états qui s’emparent progressivement du spectateur : la gêne – de nombreuses scènes sont pénibles à regarder par leur crudité et leur étirement, et l’ennui.
Cluny

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