THE DOG STARS

Film américain de Ridley Scott

Genre : Drame, Thriller, Aventures

Interprètes : Jacob Elordi (Hig), Margaret Qualley (Cima), Josh Brolin (Bangley), Guy Pearce (Pops), Benedict Wong (Aaron).

Durée : 1 h 59

La note : 7/10

En deux mots : Ridley Scott s’attaque au récit post-apocalyptique, et nous propose un film certes maîtrisé mais qui pose autant de questions qu’il prétend apporter de réponses.

Le réalisateur : Né en 1937 en Angleterre, Ridley Scott est le frère aîné de Tony Scott. Il commence par tourner des publicités. Il est révélé à la fin des années 70 par trois blockbusters : « Alien, le huitième passager » (1979), « Blade Runner » (1982) et « Legend » (1985). Il réalise ensuite, entre autres,  « Thelma et Louise » (1991, « 1492 : Christophe Colomb » (1992), « Gladiator » (2000), « Kingdom of Heaven » (2005), « Une Grande Année » (2006), « American Gangster » (2007), « Mensonges d’État » (2008), « Robin des Bois » (2010), « Prometheus » (2012). « Seul sur Mars » (2015), « House of Gucci » (2021) et « Napoléon » (2023).

Le Sujet : Dans un futur proche où une pandémie sans nom a décimé la société américaine, Hig, un pilote, vit sur une base aérienne abandonnée du Colorado avec son chien et un ex-marine. Lorsqu’une transmission aléatoire passe par la radio de son Cessna de 1956, la voix fait naître au plus profond du pilote l’espoir qu’une vie meilleure existe en dehors de leur périmètre étroitement contrôlé…

La critique : On connaît la façon de filmer de Ridley Scott, avec peu de prises mais un nombre de caméras pouvant aller jusqu’à huit permettant de saisir toutes les expressions des acteurs et offrant un choix démultiplié au montage. Cette procédure présente l’autre avantage de permettre des tournages ramassés, celui de « The Dog Stars » ayant pris moins de trois mois malgré un budget de plus de 100 millions de dollars. Cela explique aussi la longévité et la prolificité de l’aîné des frères Scott, plus de trente films en 50 ans, émargeant dans des genres aussi différents que le péplum, l’anticipation, le film historique, la comédie romantique ou le film d’action.

Quand Ridley Scott a dû renoncer (momentanément ?) à son projet de biopic sur les Bee Gees, il a pu ainsi se rabattre sur cette idée d’adapter le roman de Peter Heller paru en 2012 (donc avant le covid), « La Constellation du chien », récit post-apocalyptique dans une Amérique dévastée par un virus. La page de Wikipédia consacrée aux films post-apocalyptiques en recense plus de 390, sans compter les films de zombies,  depuis les classiques du genre (« Soleil Vert », « La Jetée », « Zardoz », « Mad Max ») jusqu’à des films plus récents comme « La Route », « Les Fils de l’Homme »… ou « WALL-E » !). Signe des temps, ici la raison de cette fin avancée du monde n’est pas l’holocauste nucléaire ni la crise écologique, mais un banal virus.

Le réalisateur de 88 ans justifie ainsi son choix « J’en ai assez des histoires de zombies, on a rincé le sujet jusqu’à la corde, c’est d’un ennui mortel ! De temps en temps, bien sûr, il y a un très bon film qui surnage, et sait traiter le sujet de manière brillante et très sombre. Mais moi, j’en ai marre. Je suis un enfant de la guerre, mon environnement initial était intrinsèquement apocalyptique. La génération actuelle fait face à une autre série d’angoisses : une précarité économique massive, l’incertitude du lendemain, la peur de voir son métier disparaître d’ici peu. Mon rôle de cinéaste est d’essayer d’injecter de l’optimisme. La positivité est essentielle, c’est la mentalité d’un athlète.. »

À part quelques flashbacks sur la vie d’avant, on ne sait pas grand-chose de la crise qui a ravagé la population humaine, et qui amène les rares survivants encore intéressés par l’autre à se questionner ainsi « Qu’est-ce que tu faisais avant la fin du monde ? » On en voit les conséquences : les villes sont désertes avec des ressources à portée de main vu la soudaineté de l’effondrement, la population humaine n’est plus que résiduelle, avec des bandes tribales de survivants qui sillonnent les campagnes, déclinés en trois modèles : des war boys échappés de « Mad Max Fury », les tatouages de gangs latinos en plus (scénario approuvé par l’ICE !), des cryptos-indiens, avec la même tactique stupide que dans les bons vieux westerns de cavaler autour de leurs proies en se faisant aligner comme au tir aux pigeons, et la version sophistiquée que je ne vais pas spoiler, si ce n’est pour évoquer un mash-up du bar de l’Outlook Hôtel dans « Shining » avec une hôtesse habillé par « Le Cinquième élément ».

Comme dans « La Route », chaque survivant inconnu représente une double menace : porteur éventuel de virus, et encore plus probablement animé par l’idée que ce sera lui ou moi. Celui qui ne se pose pas de questions morales, c’est Bangley, binôme de Hig et ancien Marine équipé comme un bataillon entier et qui tire sur tout ce qui bouge. Une scène résume bien la situation après une attaque repoussée : Hig enterre son chien, pendant que Bangley brûle les corps des humains.

Cette question de la déshumanisation est au cœur de ce type de film, et les disputes de vieux couple entre Bangley et Hig incarnent l’opposition entre deux approches : pour le premier, on tire d’abord, on vérifie ensuite ; pour le second, il reste une lueur d’espoir que quelque part dans ce monde dévasté il subsiste un reliquat de la vie d’avant, lueur entretenue par un message capté à la radio de son vieux Cessna. Mais cette problématique de la déshumanisation ne se pose pas qu’aux personnages ; elle concerne aussi le spectateur par le truchement du réalisateur, tant par sympathie pour les héros on en vient à leur souhaiter le meilleur, c’est-à-dire de flinguer un maximum de leurs prochains. Et de ce point de vue-là, Ridley Scott a sa part de responsabilité, dans sa complaisance à chorégraphier la violence à coup de ralentis et de têtes découpées par l’hélice, jusqu’à transformer le vieux coucou avec ses trois grenades en avion de Tsahal survolant Gaza ou Téhéran.

Le réalisateur américano-britannique a une indéniable maitrise de son art, et le film se regarde avec fluidité, en profitant à la Yann Arthus-Bertrand de la beauté des paysages du Colorado -soit-dit en passant tournés dans les Dolomites. On apprécie que dans ce monde guerrier le personnage féminin de Cima ait été étoffé, tant dans le roman il était réduit à sa plastique vue à travers le désir masculin, et la présence magnétique de Margaret Qualley complète le jeu en retenue de Jacob Elordi. Quant à la morale de l’histoire, elle a été écrite il y a deux siècles par Sénèque : « Voyager n’est pas guérir son âme ».

Cluny

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