LA ROUTE

Critique initialement publiée le 5 décembre 2009

Film américain de John Hillcoat

Titre original : The Road

Genre : Drame, Anticipation

Interprètes : Viggo Mortensen (Le père), Kodi Smit-McPhee (le fils), Guy Pearce (Le vétéran), Charlize Theron (la femme).

Durée : 1 h 59

La note : 8710

En deux mots : Adaptation très fidèle -trop ?- du chef-d’œuvre de Cormac MacCarthy.

Le réalisateur : Né en 1961 en Australie, John Hillcoat a grandi au Canada. Il réalise de nombreux clips vidéo, avant de passer au cinéma avec le western « La Proposition » en 2005.

Le sujet :  Il y a maintenant plus de dix ans que le monde a explosé. Personne ne sait ce qui s’est passé. Ceux qui ont survécu se souviennent d’un gigantesque éclair aveuglant, et puis plus rien. Plus d’énergie, plus de végétation, plus de nourriture… Les derniers survivants rôdent dans un monde dévasté et couvert de cendre qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut. C’est dans ce décor d’apocalypse qu’un père et son fils errent en poussant devant eux un caddie rempli d’objets hétéroclites – le peu qu’ils ont pu sauver et qu’ils doivent protéger. Ils sont sur leurs gardes, le danger guette. L’humanité est retournée à la barbarie. Alors qu’ils suivent une ancienne autoroute menant vers l’océan, le père se souvient de sa femme et le jeune garçon découvre les restes de ce qui fut la civilisation. Durant leur périple, ils vont faire des rencontres dangereuses et fascinantes. Même si le père n’a ni but ni espoir, il s’efforce de rester debout pour celui qui est désormais son seul univers.

La critique : Cormac McCarthy est un de mes écrivains préférés, et c’est avec une certaine appréhension que j’attendais l’adaptation de « La Route« , qui lui a valu le Prix Pulitzer en 2007. Il s’agit de la troisième transposition au cinéma d’un de ses romans : je n’ai pas vu « De si jolis Chevaux » de Billy Bob Thornton, et la structure narrative complexe de « No Country for Old Men » se prêtait mieux au passage à l’écran, surtout avec les frères Coen derrière la caméra (en attendant l’adaptation de « Méridien de Sang » par Todd Field, sortie prévue en 2011).

Mon inquiétude se basait sur la difficulté de transposer à l’image ce roman à la forme si particulière, avec de courtes descriptions et des dialogues récurrents entre le père et le fils qui créent la tension, plus morale que purement factuelle : dans un monde abandonnée de toute humanité, pourront-ils demeurer des « gentils » ? Sur le plan visuel, l’adaptation est une réussite, en mélangeant les images des peurs récentes de la civilisation : pluies acides, éruption du Mont Saint-Hélen, tempêtes du siècle… La photographie sépia donne une forme aux mots de McCarthy : « Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours plus gris que celui d’avant. Comme l’assaut d’on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. »

Concernant le scénario, mon inquiétude s’est trouvée confirmée dans un premier temps : insistance sur les flash-backs de la période avant l’apocalypse, place de la mère (il faut bien justifier le casting de Charlize Theron), à tel point que j’ai dû vérifier la présence de certains de ces éléments dans le livre que j’avais oubliés, tout cela semblait dénaturer l’essence du roman. De même, la mise en scène de certains éléments sur la sauvagerie des « méchants », même s’ils sont réellement présents dans le livre, leur donne une force brute finalement moins puissante que la suggestion des mots.

Et puis, heureusement, le récit parvient à trouver son équilibre en se recentrant sur l’essentiel, la relation du père et du fils. Le respect au mot près des dialogues permet de restituer leur intensité, portés par l’interprétation de Viggo Mortensen et celle du jeune Kodi Smit-McPhee à la ressemblance frappante avec Charlize Theron. La force de l’enjeu moral de ces discussions sur la transmission, la ténacité de l’envie de survie, le primat du bien sur la nécessité est suffisante en elle-même pour captiver le spectateur ; dommage que la musique de Nick Cave vienne souligner inutilement l’émotion du moment.

C’est sans doute là que réside la force et la faiblesse du film de John Hillcoat : la fidélité au roman et le respect des canons dominants du cinéma actuel. Cela permet de retrouver le canevas de l’histoire et de ses thèmes principaux ; il y manque juste l’équivalent cinématographique de la puissance littéraire de Cormac McCarthy. Là où les frères Coen avaient mis la dinguerie de leur mise en scène au service du récit déjanté de l’auteur de « No Country for Old Men« , John Hillcoat ne peut offrir que le travail consciencieux d’un honnête artisan. C’est suffisant pour faire de « La Route » un film de bonne tenue, et trop limité pour en faire une œuvre au niveau du roman original.

Cluny

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