Critique initialement publiée le 2 juin 2012
Film américain de Ridley Scott
Genre : Science-fiction, Thriller, Aventures

Interprètes : Noomi Rapace (Elizabeth Shaw), Michael Fassbender (David), Charlize Theron (Meredith Vickers), Idriss Elba (Capitaine Janek), Guy Pearce (Peter Weyland).
Durée : 2 h 04
La note : 6/10
En deux mots : Un prequel d’ « Alien » aux relents de remake.
Le réalisateur : Né en 1937 en Angleterre, Ridley Scott est le frère aîné de Tony Scott. Il commence par tourner des publicités. Il est révélé à la fin des années 70 par trois blockbusters : « Alien, le huitième passager » (1979), « Blade Runner » (1982) et « Legend » (1985). Il réalise ensuite, entre autres, « Thelma et Louise » (1991, « 1492 : Christophe Colomb » (1992), « Gladiator » (2000), « Kingdom of Heaven » (2005), « American Gangster » (2007), « Mensonges d’État » (2008).
Le sujet : Des archéologues partent dans l’espace à la découverte d’une mystérieuse planète où se trouveraient les humanoïdes qui ont fondé l’humanité. Mauvaise idée…
La critique : Dans le cadre de la grande frilosité créative d’Hollywood qui multiplie les adaptations de Comics, les remakes de films ayant marché à l’étranger, et les suites des blockbusters ayant touché le jackpot, est apparu depuis quelques années (la deuxième trilogie de Star Wars, plus précisément) un nouveau concept, celui du prequel (ou préquelle, ou encore antépisode au Québec !). Le principe en est simple : une fois qu’on a bien étiré un concept sur l’axe du temps, et qu’on a asséché les possibilités d’innovation, on remonte ce même axe pour expliquer la genèse des personnages ou des phénomènes présentés dans l’épisode inaugural, qui accessoirement est aussi celui qui a été le plus rentable.
Après quatre épisodes, plus deux cross-over avec « Predator », la saga Alien avait atteint le fond, tant en qualité qu’en recettes. La particularité de ce prequel est qu’il fait appel au réalisateur originel, 33 ans après le premier «Alien», Ridley Scott ayant ensuite passé la main à James Cameron, David Fincher puis Jean-Pierre Jeunet. Il se retrouve donc avec l’obligation de reprendre les éléments laissés par ses successeurs, et notamment toutes les informations sur les particularités biologiques des créatures (xénomorphes, facehuggers, chestbusters, space jockeys, ingénieurs…). Cette nécessité de cohérence afin d’expliquer l’origine des bébêtes rend le synopsis aussi limpide que les explications du Pr Miloch dans SOS Météores, et on se perd un peu dans les poupées russes biologiques et narratives.
Par ailleurs, Ridley Scott a choisi de reprendre de nombreux éléments de la trame d’«Alien, le huitième passager » : l’hibernation de l’équipage, la présence d’un androïde dans ce même équipage, le secret sur le but réel de la mission, l’arrivée sur une planète hostile, la découverte du sanctuaire, le débat pour savoir si on ramène les membres infectés, le rôle du lance-flamme, et les différentes étapes de mutation des créatures. Le personnage d’Elizabeth Shaw jouée par Noomi Rapace correspond à celui d’Ellen Ripley, et même si elle endosse un habit de scientifique, on retrouve chez elle la même prémonition de la nécessité absolue d’éliminer les aliens, ponctuée par une scène d’auto-opération redoutable.
Non content de se citer lui-même, Tony Scott fait référence à deux films essentiels : « Lawrence d’Arabie», que regarde en boucle David, l’androïde de l’équipage joué par un Michael Fassbender qui s’est fait la tête de Peter O’Toole, et qui se construit ainsi sa personnalité via le cinéma, et « 2001, l’Odyssée de l’espace». La référence à Kubrick est partout, à commencer par le thème central, la recherche des origines de l’humanité, à la petite différence près que le monolithe amenait la connaissance aux humanoïdes, alors qu’ici les ingénieurs apportent la destruction. Mais on retrouve aussi de nombreuses citations dans les détails : la personnalité du même David qui dans sa douceur cauteleuse évoque HAL, les sarcophages d’hibernation, le maquillage de Guy Pearce qui rappelle celui de David Bowman sur son lit de mort…
La réalisation souvent pachydermique de Ridley Scott (notamment l’omniprésence de la musique tsapoum-tsapoum, même sur les dialogues) n’aide pas à rendre bien digeste cette surcharge narrative et ces références voyantes, et tout cela confirme que l’aîné des frères Scott est bien un faiseur de film efficace et éclectique, mais pas un des grands réalisateurs de sa génération. Néanmoins, les 120 mn de ce « Prometheus » passent relativement vite, et c’est déjà assez réconfortant après les deniers pensums cannois que j’ai dû ingérer.
Cluny
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