AMERICAN GANGSTER

Critique initialement publiée le 15 novembre 2007

Film américain de Ridley Scott

Genre : Biopic, Thriller, Film de gangster

Interprètes : Denzel Washington (Frank Lucas), Russel Crowe (L’inspecteur Richie Roberts), Chiwetel Ejiofor (Huey Lucas), Josh Brolin (L’inspecteur Trupo), Ted Levine (Le Commissaire Lou Toback).

Durée : 2 h 37  

La note : 7/10

En deux mots : Biopic sur l’ascension d’un caïd de Harlem dans une Amérique empêtrée dans une guerre qui n’en finit pas.

Le réalisateur : Né en 1937 en Angleterre, Ridley Scott est le frère aîné de Tony Scott. Il commence par tourner des publicités. Il est révélé à la fin des années 70 par trois blockbusters : « Alien, le huitième passager » (1979), « Blade Runner » (1982) et « Legend » (1985). Il réalise ensuite, entre autres,  « Thelma et Louise » (1991, « 1492 : Christophe Colomb » (1992), « Gladiator » (2000), « Kingdom of Heaven » (2005), « Prometheus » (2012).

Le sujet : En 1970, dans le quartier de Harlem à New York, Frank Lucas décide de prendre la relève du trafic de drogue, suite à la mort du caïd local dont il était le chauffeur et confident depuis quinze ans. Jeune, ambitieux et intelligent, il ne veut dépendre de personne et met son propre réseau sur pied. Utilisant les avions de l’armée américaine, il importe des quantités massives d’héroïne et amasse rapidement une fortune colossale.

La critique : « American Gangster« , ce titre n’a été choisi qu’en post-production, de préférence à « Tru Blu’ » ou « The Return of Superfly« , en référence au film de la Blacksploitation inspiré de Frank Lucas. Pourtant, l’adjectif American est bien le nœud de l’intrigue de ce biopic particulier. Alors que les Etats-Unis s’enfoncent dans un conflit interminable, celui du Vietnam (ça ne vous rappelle rien ?), nous assistons à la résistible ascension d’un parrain d’un nouveau genre, adepte d’une approche de businessman dans le trafic d’héroïne.

Pourtant, la première scène du film, très brève, ne nous laisse aucune illusion sur la nature de Frank Lucas, que l’on voit immoler un type attaché sur une chaise avant de l’achever à bout portant. Contrepoint à cette violence brute, la seconde scène nous montre son patron distribuer aux miséreux des dindes de Thanksgiving, puis tenir un discours conservateur sur la disparition des valeurs nationales, pester contre la raréfaction des petits commerces aux profit des McDonald, et dénoncer ces « Chinetoques qui mettent les Américains au chômage« . Ce souci d’agir en notable de la communauté et de reprendre à son compte les fondements de la civilisation américaine, Frank Lucas le modélisera et en fera la pierre angulaire de sa success story. 

À la réception qui suit les funérailles de Bumpy Johnson, le costume sobre de Lucas tranche avec les costards rutilants des autres postulants à la succession. Car c’est son credo : pour vivre heureux, vivons caché ; la seule fois où il l’oubliera, lors du match Ali-Frazier, la sanction sera immédiate : il se retrouvera avec dans ses pattes et le flic pourri, et le flic incorruptible.

Frank Lucas va à l’église, dit les grâces en famille et professe devant ses frères des prêchi-prêchas du style : « L’important en affaire, c’est l’honnêteté, l’intégrité et la famille« , juste d’avant de flanquer en pleine rue une balle dans le crâne d’un malfrat qui avait osé réclamer son pourcentage. Quand le parrain italien l’invite dans son manoir ramené pierre par pierre du Gloucestershire, l’argument que le gentleman-farmer d’un jour avance pour obtenir une alliance, c’est que le monopole, « c’est anti-américain« .

Dans une société où un policier qui restitue à son administration un million de dollars se retrouve au banc de la profession, où l’armée a décidé de ne pas procéder au dépistage de la drogue dans ses rangs au Vietnam, et où artistes, sportifs et politiciens se pressent pour bénéficier des largesses des parrains, l’attitude rigoriste de Lucas apparaît presque comme une posture morale. Lucas et Roberts sont frères par leur isolement dans leur propre camp, et c’est clairement ce que nous montre la fin.

« American Gangster » est un film de producteur, et Ridley Scott n’a été choisi par Universal qu’après que le projet ait déjà bien avancé. Mais il a visiblement pris beaucoup de plaisir à reconstituer cette époque à la fois si proche et si lointaine, cette ère d’avant le téléphone portable, internet et le village mondial ; il ne manque pas un accessoire pour restituer cette ambiance seventies : costumes disco et coiffures afro, rouflaquettes et lunettes sarkoziennes. Il a aussi amené dans ses bagages son acteur fétiche, Russel Crowe, empruntant au passage l’acteur fétiche de son frère Tony, Denzel Washington.

Comme de nombreux films de ce format, « American Gangster » aurait pu être écourté d’un ou deux quarts d’heure, même si on n’a pas le temps de s’ennuyer, grâce à un rythme assez relevé et à une construction classique, mais efficace : le montage parallèle des destins des deux protagonistes qui ne se rencontrent qu’après une heure de film.

S’il n’y avait pas déjà eu « Le Parrain« , « Les Affranchis » et « Scarface« , « American Gangster » aurait pu postuler au rang de film-culte. Il y a bien une impression de déjà vu, mais grâce à un scénario habile, une réalisation enlevée et un duel de stars certes un peu cabotines, ce film constitue un agréable divertissement.

Cluny

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