Critique initialement publiée le 6 janvier 2007
Film américain de Ridley Scott
Genre : Comédie Romantique
Interprètes : Russell Crowe (Max Skinner), Marion Cotillard (Fanny Cheval), Albert Finney (Oncle Henry), Abbie Cornish (Christie Roberts), Didier Bourdon (Francis Duflot).
Durée : 1 h 58
La note : 6/10
En deux mots : Ce n’est assurément pas un grand cru, mais pas non plus l’horrible piquette décriée par la critique : un petit vin de pays, prévisible et rafraichissant.
Le réalisateur : Né en 1937 en Angleterre, Ridley Scott est le frère aîné de Tony Scott. Il commence par tourner des publicités. Il est révélé à la fin des années 70 par trois blockbusters : « Alien, le huitième passager » (1979), « Blade Runner » (1982) et « Legend » (1985). Il réalise ensuite, entre autres, « Thelma et Louise » (1991, « 1492 : Christophe Colomb » (1992), « Gladiator » (2000), « Kingdom of Heaven » (2005), « American Gangster » (2007), « Mensonges d’État » (2008).
Le sujet : Max Skinner, un banquier d’affaires anglais, hérite du vignoble provençal où il passait autrefois ses vacances d’été aux côtés de son oncle. Il y retrouve Francis Duflot, le vigneron qu’il a connu enfant et qui veille depuis trente ans sur les cépages.
Alors qu’il prend possession de ses terres, Max apprend qu’il est suspendu suite à une de ses transactions douteuses. Il se résout à s’installer quelque temps dans la propriété. Sachant qu’un château et un vignoble peuvent valoir plusieurs millions de dollars si le vin est bon, il envisage de vendre. Pourtant, il faut se rendre à l’évidence : le domaine ne produit qu’une horrible vinasse.
Max commence peu à peu à goûter la douceur de la vie provençale, mais une jeune Californienne, Christie Roberts, débarque soudain et prétend qu’elle est la fille illégitime de l’oncle décédé, ce qui pourrait faire d’elle l’héritière du domaine…
La critique : Dans ses interviews télévisées, Marion Cotillard m’avait mis la puce à l’oreille : ses explications alambiquées pour prouver que la vision de la Provence présentée par Ridley Scott ne relevait pas du cliché m’avaient autant convaincu que les protestations d’innocence d’un libero allemand après un tacle à la carotide.
Des clichés, il y en a. Mieux, le film en est une déclinaison, tant dans la représentation de la France, de la Provence et de la viticulture, que dans le respect scrupuleux des lois du genre de la comédie romantique. Concernant la carte postale, tout y est : le maillot (crasseux) de l’Ohème pour le vigneron (mais quand même le modèle à 75 € de la saison en cours…), la 4L pour la restauratrice, et quand Max obtient enfin « a date » avec Fanny, c’est sur une place provençale où un chanteur braille du Trénet devant un écran où défilent des images de Bardot et de Tati (déjà affiché aux murs de la villa californienne de Cameron Diaz dans « The Holiday« ). Quant à la propriété dont hérite Max, c’est un croisement entre « Le Château de ma Mère » et « Le Château des Oliviers ».
Même poncifs concernant l’histoire : le scénario adapté du livre éponyme du romancier britannique Peter Mayle nous ressert la fable de la rédemption du héros perverti par l’argent qui retrouve le bonheur dans la vie pastorale (avec quand même une rente de quelques millions de livres…), doublée de la rencontre avec celle qu’apparemment tout oppose, excepté le détail enfoui dans le subconscient d’avoir partagé le vert paradis des amours enfantines. Une fois cela posé, il reste une film qui bénéficie de l’indiscutable savoir-faire de Ridley Scott, synthèse de l’humour british et de l’efficacité hollywoodienne. Malgré d’indiscutables longueurs et quelques redites, il y a une nervosité revigorante dans la façon de traiter certaines scènes. Pour avoir vécu exactement la même situation sur le parking Europcar de Toulouse-Blagnac, la découverte par Max de sa Smart de location à boîte automatique m’a beaucoup fait rire, et Ridley Scott a su filmer le match de tennis entre Russel Crowe et Didier Bourdon comme un combat de gladiateurs.
Russel Crowe incarne plutôt subtilement ce personnage de « salopard reptilien insensible qui découvre qu’il n’est pas celui qu’il croyait être« , selon ses propres dires. Marion Cotillard est une nouvelle fois parfaite, après « Toi et Moi » et en attendant de la voir jouer Piaf dans « La Môme » (sortie le 14 février). Didier Bourdon a plus de mal à rendre crédible son personnage qui accumule à la fois toutes les idées reçues et beaucoup d’invraisemblances, vigneron tennisman citant Proust et murmurant à l’oreille d’Ampélopsis.
Petite cuvée sans prétention plutôt que grande année, ce film peut remplacer avantageusement le citrate de betaïne en attendant des mets plus roboratifs comme les prochains opus de David Lynch, Steven Soderbergh ou Clint Eastwood, annoncés pour début février.
Cluny

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