LA GRADIVA

Film français de Marine Atlan

Genre : Drame

Interprètes : Antonia Buresi (Madame Mercier), Colas Guignard (Toni), Suzanne Gerin (Suzanne).

Durée : 2 h 25

Note : 7,5/10

En deux mots : “Hors les murs” au pied du Vésuve, portrait sensible et juste d’une jeunesse entre expérience de la sexualité et Parcoursup.

La réalisatrice : Née en 1987, Marine Atlan est diplômée de la Femis au département image après avoir suivi un BTS Audiovisuel. Elle commence comme directrice de la photographie sur huit films. Elle réalise deux courts métrages, “Les Amours Vertes” (2016) et “Daniel fait face” (2018). “La Gradiva” est son premier long métrage.

Le sujet : Un groupe de lycéens français part en voyage scolaire à Naples pour découvrir les ruines de Pompéi et ses corps pétrifiés par le Vésuve. C’est là que le vertige les saisit brutalement. L’un après l’autre, ils se laissent submerger par le désir et la colère jusqu’à s’y abandonner complètement.

De retour à Hope, Beom-seok découvre qu’un monstre imposant a massacré plusieurs habitants et fait des ravages dans le village. En l’absence de renforts, mobilisés pour combattre des incendies ailleurs, il s’associe au colonel à la retraite Ahn Nak-yeon pour traquer la créature.

La critique : La Gradiva est le nom d’une femme sur un bas-relief de Pompéi, devenue l’obsession d’un archéologue dans une nouvelle de l’écrivain allemand Wilhem Jensen, et que cite Freud dans “L’Interprétation du Rêve”.   “Cette figure mythologique convoquait donc le fantasme, le mouvement, et avec ce mouvement comme une allégorie du destin. J’aimais cette sonorité latine, mystérieuse, j’aimais qu’elle soit en contrepoint du registre réaliste du film”, explique la réalisatrice.

Il y a d’ailleurs une scène essentielle qui se déroule devant une fresque de la Villa des Mystères où la prof de latin, l’organisatrice du voyage, questionne les élèves sur l’interprétation qu’ils font des regards des femmes où percent la menace. Un des élèves cite Bourdieu dans une autre scène, et là devant la fresque, on est au cœur du propos des Héritiers : certains manipulent des concepts élaborés et pertinents, citent des références culturelles, alors que d’autres masquent leur ennui et peut-être leur gêne de ne pas avoir les codes par des quolibets et des invectives, Madame Mercier montrant ses limites de pédagogue en s’acharnant sur Toni, qui réagit avec la phrase que chaque enseignant a entendu des centaines de fois “Comme par hasard !” – sauf que là on comprend Toni.

On comprend au détour d’une scène qu’ils proviennent d’un lycée de Montrouge où règne une certaine mixité sociale : il y a des élèves  “issus de l’immigration” pour parler comme Édouard Philippe, d’autres comme James dont on devine l’héritage culturel à sa vision du monde et à son aisance à échanger avec les profs ; il y a même un lycéen “on n’a pas encore essayé” qui lors d’une discussion à table égrène l’argumentaire du RN. Mais pour la plupart, les questions de genre, l’acceptation des différences sont des évidences, et tous se retrouvent à la soirée de fin de séjour pour s’ambiancer sur Kongolese sous BBL de Théodora. Bref, un bel échantillon de la jeunesse aux pancartes, celle qui s’apprête à voter à plus de 50% pour Mélenchon – on voit d’ailleurs une scène où la violence de l’inégalité sociale de Parcoursup saute aux yeux .

Tous s’ambiancent, sauf Toni. Lui est le vilain petit canard, celui qui a le don d’énerver les profs (“À croire qu’il le fait exprès”), qui n’en n’a pas grand-chose à faire des visites à la Villa des Mystères et au Musée archéologique National et ne pond que quelques lignes de brouillon en guise de devoir à rendre à Mme Mercier. Il est là parce qu’il y a ses potes, dont James, que c’est l’occasion d’une liaison grâce à une application de rencontre gay, et surtout parce que c’est pour lui un retour aux sources familiales, une sorte de pèlerinage sur les lieux où sa grand-mère est tombée enceinte dans une maison de famille de la noblesse napolitaine où elle travaillait, avant d’émigrer en France.

Le film commence comme un mélange de teen movie et de documentaire (Marien Atlan a suivi pendant cinq jours un véritable voyage scolaire qui a nourri son écriture), avec des enjeux propres aux ados, amours, querelles amicales, charriages ponctués de “Frère“ même si les deux protagonistes sont des filles. Mais progressivement, la forme documentaire laisse la place à des tensions qui amènent le film vers un registre dramatique. Le personnage de Suzanne, une sorte d’Hermione mal dans sa peau qui balance ses quatre vérités à celles qui la harcèlent joue un rôle central, notamment en accompagnant Toni dans la maison de la famille noble et en l’amenant à comprendre que le récit de ses origines était bien différent de la légende familiale.

Après “Le Triangle d’or” et “L’Espèce explosive”, autres premiers films, “La Gradiva” est un nouvel exemple d’œuvres de cette génération de réalisatrices qui insufflent dans le cinéma français un vent d’originalité et d’ambition dans un paysage par ailleurs bien planplan.

Cluny

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