LE MYSTÈRE LUCY LOST

Film français d’Olivier Clert

Genre : Animation, Aventure, Film historique

Interprètes de doublage : Charlie Rosenzweig (Lucy), Zach Valentin-Dattas (Alfie), Jessica Monceau (Marie).

Durée : 1 h 29

Note : 8/10

En deux mots : Une nouvelle merveille de l’animation française, beau comme un Miyazaki.

Le réalisateur : Né en 1981 en France, Olivier Clert se forme à l’animation aux Gobelins à Paris. Il travaille ensuite comme animateur sur des films oniriques comme “Un monstre à Paris” (2011), “Lorax” (2012), “Le Petit Prince” (2015) ou “Klaus” (2019).

Le sujet : Lucy vit avec sa famille dans un village sur une petite île isolée. Ses dons extraordinaires suscitent le rejet des habitants. Lorsqu’elle rencontre Milly – une petite fille qu’elle seule peut voir – Lucy embarque dans une grande aventure pour percer le secret de ses mystérieux pouvoirs.

La critique : L’auteur britannique Michael Morpurgo a écrit plusieurs classiques de la littérature de jeunesse, dont certains ont déjà été adaptés au cinéma, à commencer par son “Cheval de Guerre” réalisé par rien moins que Steven Spielberg. C’est un de ses derniers livres publié en 2016, “Listen to the Moon” que le producteur Marc du Pontavice a décidé d’adapter, et d’en confier la réalisation à Olivier Clert. Ce dernier a décidé de modifier un aspect de l’histoire originale, en faisant interagir directement Lucy et Millie. Michael Morpurgo a rendu hommage à cette idée, en assurant qu’il aurait “écrit l’histoire autrement s’il avait vu le film avant !”

Le récit est très situé dans le temps et dans l’espace. L’histoire se passe essentiellement sur les îles Scilly, un archipel au large de la Cornouaille anglaise. Olivier Clert s’est rendu en reconnaissance là-bas, ramenant des éléments qu’il a intégré à l’histoire, comme l’îlot isolé servant autrefois de lieu de quarantaine, ou la légende qui attribue aux enfants aux cheveux blancs la qualité de sorcière, dimension absente dans le livre.

Il se déroule durant la première guerre mondiale, et ce sont des événements liés à ce conflit qui servent de cadre à l’histoire, comme la haine antiallemande des habitants de l’archipel, la présence des U-boot ou le torpillage du Lusitania au large de l’Irlande. Les reconstitutions sont soignées, comme le Londres de 1915 ou les cursives et salles de réception du Lusitania, qui rappellent furieusement celles d’une autre paquebot de la même époque promis au même sort, et on se dit qu’Olivier Clert a lui aussi vu et revu “Titanic”.

Dans la salle de la séance de 14 heures en pleines vacances de la Toussaint, il y avait moitié-moitié de familles et de spectateurs adultes. “Le Mystère de Lucy Lost” peut se voir à tous les âges, et nécessite sans doute quelques discussions entre enfants et adultes pour comprendre certains aspects complexes de l’histoire, comme l’identité de Lucy et Millie ; pas sûr d’ailleurs que ce soient toujours les adultes qui auront le mieux compris…

Dans dessin animé, il y a dessin. Celui de l’équipe du studio Xilam est absolument superbe, et évoque bien sûr Miyazaki : attention portée à la nature, cadrages cinématographiques, qualité des lumières (paysages nocturnes éclairés par la Lune, jeu d’ombres autour du feu), déplacement graciles des enfants à la Chihiro… J’ai sillonné cet été les chemins des îles de Batz et de Bréhat, et j’ai totalement retrouvé à l’écran la puissance de la rencontre entre la terre et la mer propre aux îles celtiques.

Film élégant et subtil, “Le Mystère de Lucy Lost” fait du bien dans cette période d’intolérance et de racisme décomplexé, en évoquant des questions comme la complexité de l’identité de chacun, le mécanisme de rejet de l’autre et le besoin de trouver un bouc émissaire à sa propre tristesse, tout en mettant en valeur des personnages humanistes comme cet officier allemand ou cette famille de pêcheurs du Land’s End offrant un amour inconditionnel à une fillette à l’identité suspecte. Après “Le Corset”, ce nouveau petit bijou confirme la vitalité de l’animation française.

Cluny

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