LES HÉROS DE LOUVRE

Film français d’Élie Chouraqui

Genre : Drame historique

Interprètes : Kad Merad (Babi Maklouf Benhamou), Marie Gilain (Lucie), Bernard Lecoq (Jacques Jaujard), Jean-Hughes Anglade (Albert Ohen).

Durée : 1 h 45

La note : 3/10

En deux mots : Les Héros du Musée Grévin, qui ne s’animent que pour de la mièvrerie pleurnicharde.

Le réalisateur : Né en 1950 à Paris, Élie Chouraqui suit des études de lettres et de droit. Après avoir été assistant-réalisateur pour Claude Lelouch, il fonde sa société de production pour réaliser son premier film en 1978, “Premier Amour”. Il réalise ensuite “Paroles et Musique”(1984), “Man on Fire”(1987), “Les Marmottes”(1993), “Les Menteurs”(1996), “Harrison’s Flowers”(2000), “Ô Jérusalem”(2006), “L’Origine de la Violence”(2016). En 2000 il écrit, produit et met en scène la comédie musicale “Les Dix Commandements”.

Le Sujet : Paris 1939. Amoureux des arts, Babi Maklouf Benhamou exerce le plus beau métier du monde : il est gardien de nuit au musée du Louvre. Mais alors que la Seconde Guerre mondiale éclate et que l’invasion allemande est imminente, Jacques Jaujard, le conservateur du musée, organise le sauvetage secret des œuvres d’art afin qu’elles ne tombent pas aux mains des nazis. Il confie alors à Babi l’un des camions chargés de transporter les chefs-d’œuvre hors de Paris. Babi accepte, à une condition : que toute sa famille l’accompagne… C’est le début d’une aventure familiale épique et dangereuse à travers la France occupée, qui va lier à jamais le destin des trésors du Louvre à celui de la famille de Babi Maklouf…

La critique : Je crois n’avoir vu aucun film d’Élie Chouraqui au cinéma, et ceux que j’ai vus à la télévision ne m’ont pas laissé une trace indélébile. Mais, gardant entre autres le souvenir de la visite des fondations de Philippe-Auguste lors des travaux du Grand Louvre avec pour guide ma mère qui y travaillait comme documentaliste, et ayant un intérêt particulier pour la seconde guerre mondiale, je ne pouvais pas ne pas aller voir ce film. J’espérais que la sincérité évidente du propos – Élie Chouraqui est le petit-fils de Babi Maklouf Benhamou – allait me réconcilier avec les films actuels sur la seconde guerre mondiale après le piteux 4/10 de “Pressure’. Las, Chouraqui réussit à faire pire…

Un carton explique au début que le film est inspiré de faits réels, et que quelques événements ont été modifiés pour faciliter la narration. Je viens de lire une interview du réalisateur au “Times of Israël” où le journaliste, naturellement favorable au film, avait quand même besoin de vérifier la véracité de certains passages, comme la fausse scène de ménage lancée par la mère pour faire diversion lors du passage de la ligne de démarcation, la planque au-dessus d’un bordel accueillant les Allemands, ou l’examen gynécologique d’une des filles pour lui éviter d’être tondue à la Libération. À chaque question, Élie Chouraqui répond “Vrai !” triomphalement. 

Mais c’est bien là où le bât blesse : le cinéma est l’art de rendre réalistes des scènes fictionnelles, alors pourquoi a-t-on besoin ici de vérifier la véracité de scènes réelles ? Je m’étais posé les mêmes questions, plus celle de la réalité du happy end qui m’est apparu l’espace d’un instant comme une négation de la réalité de la Shoah, avant de me dire que je ne pouvais quand même pas reprocher au cinéaste d’avoir bénéficié d’une exception heureuse. Alors pourquoi, malgré tous les efforts déployés par Élie Chouraqui, est-ce que l’on n’y croit pas ?

Et bien justement peut-être à cause de tous ces efforts, épouvantablement visibles. Le premier réside dans le choix de filmer en plans ultraserrés sur les personnages avec une caméra portée (c’est le réalisateur qui fait le cadre, comme chez Lelouch) ; on comprend l’intention, celle de donner une impression d’immersion documentaire, mais outre le fait que c’est vite fatigant, qu’est-ce que ça apporte au récit de filmer la descente de trois tableaux dans un escalier en colimaçon comme Spielberg filmait à la Robert Capa le débarquement du commandant John H. Miller ?

On l’a compris, la famille Benhamou est unie, joyeuse et enthousiaste. Et des fois qu’on ne l’ait pas assimilé, elle nous est montrée perpétuellement dans l’un ou l’autre des états bipolaires : exaltée ou affligée. La direction d’acteurs ne suit pas, et progressivement la gêne s’installe devant la fausseté des scènes. Marie Gillain et la jeune Fantine Guyot surnagent dans ce naufrage, alors que Kad Merad nous fait regretter la rouerie de Philippe Rickwaert dans son registre de ravi de la crèche. L’absence de subtilité culmine avec la scène indispensable à tout bon navet US, celle de l’état-major de la 1ère Armée Française faisant une standing ovation au héros, faut bien justifier le titre.

Passons sur les invraisemblances ou les inexactitudes : le bus familial sillonne la France des gazogènes, le fils filme pendant quatre ans avec sa caméra, alors qu’une bobine 8mm dure 4 minutes, des miliciens contrôlent le passage de la Ligne de démarcation en juillet 1940 alors que la Milice a été fondée en janvier 1943, et Jean de Lattre de Tassigny accueille Babi avec une tignasse qui lui aurait valu huit jours de gnouf !

Quelques scènes surnagent, comme l’apparition fantomatique des motards de l’avant-garde allemande dans un tunnel où la famille se repose, le personnage du conservateur pétainiste joué par Jean-Hughes Anglade, et la bonne idée d’utiliser des images d’archives sur l’Exode, ce qui évite des reconstitutions supplémentaires. Espérons que d’ici 15 jours, “Notre Salut” d’Emmanuel Marre relèvera le niveau des films sur la WWII ; quant à ceux qui souhaitent voir ou revoir un film (très) réussi construit sur un souvenir d’enfance de la guerre,  je ne peux que recommander “Au revoir les enfants”.

Cluny

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