PRESSURE

Film américain de Anthony Maras

Genre : Guerre, historique, thriller

Interprètes : Andrew Scott (James Stagg), Brendan Fraser (le Général Eisenhower), Kerry Condon (Kay Summersby), Chris Messina (Irving P. Krick), Damian Lewis (Bernard Montgomery).

Durée : 1 h 40

La note : 4/10

En deux mots : Au théâtre ce soir” pour expliquer laborieusement les enjeux météo du D Day, et les costumes ne sont même pas de Donald Cardwell !

Le réalisateur : Né en 1981 à Adelaïde, Anthony Maras a étudié le cinéma à l’université de Californie avant de réaliser plusieurs courts métrages. Présenté au Festival international du film de Toronto 2018, son premier long métrage, “Attaque à Mumbai”  est inspiré de faits réels, relatant une partie des attaques terroristes à Bombay de novembre 2008, pendant lesquelles 10 terroristes islamistes venus du Pakistan ont attaqué 12 sites de la ville, dont le palace Taj Mahal.

Le Sujet : Trois jours avant le Jour J, une seule décision peut changer le cours de l’Histoire. Alors que les Alliés s’apprêtent à lancer le plus grand débarquement jamais organisé, une violente tempête menace de faire échouer l’opération. Le général Eisenhower et le capitaine James Stagg, météorologue, font alors face à un choix impossible : attaquer malgré l’incertitude… ou risquer de perdre la guerre.

La critique : Enfant du babyboom, la seconde guerre mondiale m’a toujours passionné, comme le prouve dans la maison familiale du Beaujolais la collection complète d’Historia-Magazine 2e guerre mondiale auquel j’étais abonné, ainsi que mes lectures d’un été : “Le jour le plus long” de Cornelius Ryan et son pendant allemand, “Sie kommen” de Paul Carell (dont j’ignorais ado qu’il avait été Obersturmbannführer SS…) Je connaissais donc dans les grandes lignes le rôle joué par les météorologues dans le report du D Day du 5 au 6 juin et dans le feu vert finalement donné entre deux tempêtes, cet épisode étant par ailleurs assez largement traité au début du film de Darryl Zanuck.

Pas besoin d’avoir fait Cambridge pour comprendre le double sens du titre : il est autant question de la pression atmosphérique mesurée en millibars que de la pression reposant sur les épaules d’un seul homme, James Stagg, chef météorologue au quartier-général allié, dont la réponse finale sur la durée de la dorsale océanique allait conditionner la réussite ou l’échec de ce qu’Eisenhower qualifiera dans son message aux 135 OOO soldats de “grande croisade”. Ce contexte posé, reste à savoir si cet enjeu aussi épais qu’un bulletin météo pouvait donner naissance à un bon film. Après tout, il n’est pas donné à tout le monde de réaliser “Le jour le plus long” ou “Il faut sauver le soldat Ryan”.

Ne tournons pas autour du Pot-au-Noir, la réponse est non, ce n’est vraiment pas un bon film. Il s’agit d’une adaptation de la pièce de théâtre créée par David Haig au Lyceum Theatre d’Édimbourg en 2012, et de nombreuses scènes sont ridiculement théâtrales, au mauvais sens du terme : simplification du discours, amplification des expressions, surjeu des acteurs : quand Eisenhower évoque le tragique échec de l’Opération Tigre, la répétition du débarquement sur les côtes anglaises en avril 1944 (en imputant au passage les 749 morts à des tirs amis, alors qu’en réalité une colonne de neuf Landing Ship Tank a été coulée par des Schnellboote de Cherbourg passés au travers des mailles du filet), il se lance dans un monologue à la Schindler-j’aurais-pu-en-sauver-plus.

Pour théâtraliser l’opposition entre la théorie américaine des analogues (comparer avec les scénarios identiques du passé pour définir des prévisions) et la méthode anglaise s’appuyant sur la théorie des fronts et les radiosondages, Anthony Maras réduit ces divergences théoriques en une opposition de caractères : l’Écossais avec un balai dans le cul, cassant comme un adjudant de l’Armée des Indes, et le Ricain qui joue au piano “Boogie Woogie Bugle Boy“ au lieu de travailler ; ben voyons. 

En réalité, si cette divergence théorique existait bien, elle opposait le service américain de l’USAAF du colonel Krick d’une part, et les deux services britanniques du Met Office de Svere Pettersen et celui de la Royal Navy, dirigé par Geoffrey Wolfe d’autre part. Les trois services travaillaient indépendamment, et le rôle de Stagg en tant que prévisionniste en chef était surtout de parvenir à une synthèse ; il avait d’ailleurs été choisi avant tout pour ses qualités administratives et organisationnelles. Les trois équipes parvinrent à la même conclusion d’une accalmie le 6 juin, et s’il y eut un devancier dans cette affirmation, c’est Pettersen et non Stagg. Mais expliquer cela nécessite de redonner vie à plus que deux caricatures, et c’est visiblement au-dessus des forces d’Anthony Maras. 

Autre exemple de ce que le réalisateur revendique comme une entorse à la réalité pour “accentuer la tension dramatique” : en plein psychodrame avec Eisenhower, Stagg reçoit un coup de téléphone l’informant que la maternité où sa femme était en train d’accoucher venait d’être bombardée, qu’il y avait des victimes mais qu’on ne savait pas si sa femme en faisait partie. Outre le fait que je pense que le peu d’avions restant à la Luftwaffe devaient avoir autre chose à faire que de bombarder des maternité, il m’a suffi de trois clics pour découvrir qu’Alexander Martin Stagg est né… en novembre 1944 ! Et que dire du montage parallèle du QG allié pendu au téléphone et des valeureux libérateurs en train d’être fauchés par la mitraille, libérateurs tous yankees : pas un britannique, pas un canadien, le révisionnisme trumpiste a des beaux jours devant lui.

Vous avez envie de voir une reconstitution élégante et nuancée d’une équipe internationale de scientifiques en train de jouer l’avenir de l’humanité coupée du monde, enfermée dans un château tout droit sorti de Downton Abbey (ou dans le désert du Nouveau-Mexique) ? Vous avez de la chance, il existe, et même en deux exemplaire : “Imitation Game” et “Oppenheimer”.

Cluny

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