THE CHASER

Critique initialement publiée le 21 mars 2009

Film sud-coréen de Ha Hong-jin

Titre original : 추격자

Genre : Thriller

Interprètes : Kim Yoon-seok (Joong-ho), Ha Jeong-wo (Young-min Jee), Yeong-hie Seo (Mi-jin Kim)

Durée : 2 h 03

La note : 4/10

En deux mots : Scénario bancal, ultra-violence complaisante, humour lourdingue : on est loin de la nouvelle merveille du cinéma asiatique annoncée par certains.

Le réalisateur : Né en 1974, Na Hong-jin a étudié les Arts Industriels à l’Université d’Hanyang et possède un diplôme d’Art de l’Université Nationale de Corée. Il a réalisé deux courts métrages, °A Perfect Red Snapper Dish » et “Sweat« . « The Chaser » est son premier long métrage.

Le Sujet : Ancien flic devenu proxénète, Meng-ho part sur la trace d’un mystérieux personnage qui s’avère avoir été le dernier client de deux de ses filles disparues depuis, et qui a emmené avec lui Mi-jin, une autre de ses filles. Il tente de faire appel à ses anciens collègues, mais ceux-ci sont mobilisés par une agression contre le maire de Séoul, et il se retrouve seul à essayer de sauver la nouvelle victime du psychopathe.

La critique : Pour un premier film, « The Chaser » présente au moins l’avantage de ne pas décalquer les scénarios typiques du genre serial killer, de « Se7en » à “Zodiac”  en passant par le local “Memories of Murder« . La première scène nous montre le meurtrier montant dans la voiture d’une de ses victimes, et au bout d’un petit tiers du film, le voilà qui est arrêté par la police la plus inefficace du monde, et qui mieux, passe aux aveux alors qu’il a été conduit au poste comme victime d’un tabassage en règle du proxénète ex-ripoux.

On le constate, point de suspense autour de l’identité du monstre, de traque en forme de jeu de piste ni même de mystère autour des motivations du psychopathe : on sait qui il est, comment il procède et les raisons du choix de son mode opératoire (le burin substitut phallique). Non, le seul suspense provient de l’incohérence et de la complaisance du scénario : qu’est-ce que Na Hong-jin va encore nous inventer ?

Depuis le classique « Si dans 12 heures, malgré ses aveux circonstanciés, on n’a pas de preuves, le proc’ va le libérer » jusqu’au plus inédit le-policier-qui-laisse-une-gamine-de-sept-ans-en-pleine-nuit-entre-les-pattes-du-proxénète, les rebondissements n’ont pour seul autre but que de permettre au psychopathe de continuer à jouer du marteau en toute Impunité, histoire de justifier de jolies scènes de massacre où le sang et les morceaux de cervelle giclent bien au ralenti.

Je ne connais pas les règles de civilité en vigueur au pays du matin calme, mais force est de constater que les nuits y semblent bien agitées – entre lancer d’excréments sur le maire de Séoul, poursuites à pied dans les ruelles de Mangwon et bavures policières -, et que les rapports de travail quotidiens, que ce soit chez les souteneurs ou chez les flics, sont perpétuellement ponctués d’invectives et d’insultes. Ces dialogues caricaturaux, dits par des acteurs en roue libre, renforcent l’impression de gêne devant l’absence de cohérence de style ; plutôt malvenus dans un film de ce genre (l’enjeu est juste de savoir si la gamine de 7 ans va devenir orpheline), les effets soi-disant comiques relèvent d’un humour potache bien lourdingue.

La réalisation montre la même absence d’unité : la maîtrise technique « moderne » (caméra portée, plans très courts affranchis des règles de raccord, montage parallèle d’actions trépidantes, photographie glauque) tourne la plupart du temps à vide et n’évite pas la lassitude par la répétition des effets. Seule une scène réussit à s’imposer, celle muette où l’on voir à travers les vitres de la Jaguar inondée de pluie la fille de Mi-jin hurler sa douleur tandis que Joong-ho crie son Impuissance au téléphone.

Si « The Chaser » était un film hollywoodien, il y a fort à parier que la critique aurait remarqué les incohérences, l’humour pipi-caca et la fascination malsaine pour la violence, au lieu de voir « un suspense diabolique« , « une réussite sur tous les tableaux » ou « un modèle absolu du genre« . Le cinéma asiatique, et notamment coréen, nous a donné suffisamment de chefs-d’œuvre pour qu’on ne se sente pas obligé de crier au génie à chaque premier film roublard, quand bien même a-t-il réalisé 5 millions d’entrées là-bas.

Cluny

Réponse

  1. […] Perfect Red Snapper Dish” en 2006 puis “Sweat” en 2007. Il passe au long métrage avec “The Chaser” en 2008, suivi de “The Murderer” en 2010 et de “The Strangers” en […]

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