Film sud-coréen de Na Hong-jin
Titre original : 호프
Genre : Action, Science-fiction
Interprètes : Jung-Min Hwang (Bum-seok), In-sung Zo (Sung-ki), Jung Ho-yeon (Sung-ae), Michael Fassbender (Ma’veyyo), Alicia Vikander (J’aur).
Durée : 2 h 37
Note : 8/10
En deux mots : Dans un film hallucinant et virtuose, Na Hong-ji passe de blagues scatologiques au registre eschatologique avec la même conviction excessive et assumée.
Le réalisateur : Né en 1974 à Séoul, Na Hong-jin obtient un diplôme d’arts de l’université nationale de Corée. Il réalise d’abord deux courts métrages, “A Perfect Red Snapper Dish” en 2006 puis “Sweat” en 2007. Il passe au long métrage avec “The Chaser” en 2008, suivi de “The Murderer” en 2010 et de “The Strangers” en 2016.
Le sujet : Ko Beom-seok est le chef de la police de Hope Harbor, un petit village peuplé majoritairement de retraités, situé près de la zone coréenne démilitarisée. Son cousin éloigné, Ko Seong-ki, lui demande d’enquêter sur le cas d’une vache morte, portant des blessures béantes. Seong-ki et ses amis chasseurs affirment qu’un tigre errant serait responsable de l’attaque, mais ils découvrent plus tard d’autres bovins morts ainsi que le corps du propriétaire.
De retour à Hope, Beom-seok découvre qu’un monstre imposant a massacré plusieurs habitants et fait des ravages dans le village. En l’absence de renforts, mobilisés pour combattre des incendies ailleurs, il s’associe au colonel à la retraite Ahn Nak-yeon pour traquer la créature.
La critique : Je me souvenais très vaguement d’avoir vu “The Chaser”, le premier film de Na Hong-jin ; l’intérêt de ces critiques, c’est aussi de me permettre de retrouver la trace précise de mes avis, quand bien même 20 ans après il ne me reste qu’un souvenir flou. Je résumais ainsi mon sentiment : “Scénario bancal, ultra-violence complaisante, humour lourdingue : on est loin de la nouvelle merveille du cinéma asiatique annoncée par certains”. Pour son cinquième film, une nouvelle fois, la presse est enthousiaste (4,1/5 de moyenne sur Allociné, un peu plus que les 3,5 des spectateurs), même si elle évoque l’humour potache et la violence extrême ; qu’en sera-t-il ? Mon avis va-t-il changer, et si oui, sera-ce la preuve d’une évolution de Na Hong-ji ou de votre serviteur ?
Scoop, même si vous avez déjà vu la note qui multiplie par deux celle de 2009 : mon avis a largement changé, et en positif. Pourtant, on retrouve bien l’ultra-violence : corps dépecés, cavalier coupé en deux, autopsie de l’alien à la tronçonneuse. On retrouve aussi l’humour lourdingue, avec force de détails sur une diarrhée malvenue face aux envahisseurs, heureusement dans un discours rapporté, ainsi que l’insulte et l’invective dans deux échanges sur trois. Mais si ces éléments déjà présents dans le premier film de Na Hong-jin sont toujours là, c’est leur démesure assumée qui finit par devenir fascinante.
En général dans les films d’invasion extraterrestre, on a le droit à une heure d’exposition de la situation et des personnages, avec une lente montée de la menace, puis un quart d’heure d’action. Na Hong-jon inverse ce découpage : les quinze premières minutes, on découvre le lieutenant Beom-sok qui rejoint son cousin chasseur Seong-Ki devant le cadavre atrocement mutilé d’un bœuf ; après des appels infructueux à l’envoi de renforts, le chef de la police rentre au village où des tirs et des panaches de fumée le rappellent.
Commence alors une course poursuite d’une heure dans la cité dévastée, où le chasseur devient chassé, filmé avec une maestria impressionnante, à grands coups de projections de voitures et de corps ensanglantés, et de parties de Pac-Man dans le dédale de la petite ville de Hope la bien mal nommée. L’inspecteur ayant vu plusieurs de ses véhicules d’emprunt pulvérisés, la cavalerie prend la forme de l’agent Sung-ae, une policière badass et lourdement armée jouée par Jung Ho-Yeon, l’actrice qui incarnait la joueuse nord-coréenne n°67 dans la première saison de “Squid Game”, et qui a une maîtrise du tête-à-queue filmé dans un traveling avant tout aussi maîtrisé.
La première moitié du film a été urbaine, la seconde sera sylvestre, à la recherche du vaisseau des aliens. Les effets numériques nous ont habitué depuis plus de vingt ans à des images folles ; mais très souvent, ils deviennent le sujet de ces scènes, quand ce n’est pas du film. Ici, rien de tel ; Na Hong-jin a une telle science du rythme et du mouvement -les deux vont ensemble- que les incrustations FX se font oublier grâce à l’utilisation optimale de tout le langage cinématographique : plans d’ensemble, raccords dans le mouvement et faux raccords, plongées et contre-plongées sur les bonds de géants des visiteurs, mouvements de caméras agiles, utilisation bienvenue de l’hors-champ…
À un moment, la policière lâche un commentaire désabusé : “Mais ça ne crève jamais, ce truc ?”, se faisant un peu l’interprète des spectateurs qui peuvent légitimement commencer à se lasser de ce shoot ’em up frénétique. Mais le scénario vient à notre secours, en introduisant progressivement une humanisation des aliens : le lieutenant croit avoir vu une larme dans l’œil du monstre du village, la médecin-légiste s’étonne de la ressemblance de leur anatomie avec la nôtre, leurs rugissements deviennent langage articulé, jusqu’à la fin où leurs échanges sont sous-titrés, et où leur identité et titre nous sont révélés, jusqu’aux acteurs européens choisis et filmés en Performance Motion, Michael Fassbender et Alicia Vikander – alors que dans le même temps la crétinerie des humains se confirme.
Le village de Hope Harbour se situe juste à côté de la zone démilitarisée à un vol d’alien de la Corée du Nord. Je me risque à une interprétation : de même que les films américains d’invasion extraterrestre de la guerre froide étaient une métaphore de la menace soviétique, je me demande si ces aliens si menaçant qui nous ressemblent tant ne sont pas la projection fantasmée du voisin du Nord. La scène où un vaisseau alien s’écrase dans un champignon de flammes me conforte dans cette supposition, la menace nucléaire étant au cœur de la rhétorique du régime de Pyongyang.
Film inclassable et protéiforme, “Hope” par sa pulsation frénétique et son appel au plaisir régressif a tout pour convaincre les amateurs de film d’action et de science-fiction, tout comme les cinéphiles heureux de retrouver du pur cinéma.
Cluny

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