Critique initialement publiée le 27 février 2009
Film américain de Clint Eastwood
Genre : Drame
Interprètes : Clint Eastwood (Walt Kowalski), Christopher Carley (le père Janovich), Bee Vang (Thao), Ahney Her (Sue).
Durée : 1 h 56
La note : 7/10
En deux mots : Clint Eastwood règle ses comptes avec le fantôme de l’inspecteur Harry, dans un western moderne qui n’évite pas la caricature.
Le réalisateur : Né en 1930 à San Francisco, Clint Eastwood commence comme acteur dans des petits rôles dans les séries B, puis un des rôles phares de la série TV « Rawhide ». Il est alors repéré par Sergio Leone qui l’embauche pour la Trilogie du dollar. Il interprète de nombreux rôles, dont celui de l’inspecteur Harry. Il passe à la réalisation en 1971 avec « Un frisson dans la nuit ». Il réalise près de 40 films dans tous les genres, dont « Pale Rider », « Bird », « Impitoyable », « Sur la route de Madison », « Les pleins pouvoirs », « Minuit dans le jardin du bien et du mal », « Space Cowboys », « Mystic River », « Million dollar Baby », « Mémoires de nos pères », « Lettres d’Iwo Jima » et « L’Échange ».
Le sujet : Walt Kowalski, vétéran de la guerre de Corée, est un homme inflexible, amer et pétri de préjugés. Il vit seul dans un quartier peuplé d’immigrés. Un jour, sous la pression d’un gang, un ado hmong tente de lui voler sa précieuse Ford Gran Torino…
La critique : À peine cinq mois après « L’Échange« , Clint Eastwood nous revient avec un film qui, comme le précédent, puise dans la filmographie de son auteur pour composer un patchwork mélangeant le meilleur et le franchement moins bon. Citons pêle-mêle un Walt Kowalski qui évoque à la fois l’Inspecteur Harry, les vétérans désabusés de « Mémoires de nos Pères » et les cowboys de l’espace, une maison et une rue de Detroit qui ressemblent comme deux gouttes d’eau plus défraichies à celles de Christine Collins à Los Angeles dans « L’Échange », ou encore la scène finale, écho de l’exécution de Dave dans « Mystic River« .
La figure principale de « Gran Torino » est la symétrie : symétrie des scènes d’ouverture et de fin à l’église, répétition du geste de Walt pointant son doigt comme le canon d’un pistolet, effet de miroir du plan nous montrant la famille de l’aïeul acariâtre s’enfuyant de la maison après les obsèques alors qu’afflue la famille hmong, les bras chargés de cadeaux pour célébrer la naissance du petit dernier.
Les relations entre l’écrasant héros et les autres personnages sont à l’aune de l’ensemble du film, inégaux ; celle avec la jeune voisine hmong, Sue, qui utilise une ironie subtile pour contourner les grossières défenses xénophobes du vétéran, ou celle avec le jeune curé qu’il qualifie de puceau de 27 ans suréduqué sont assez savoureuses. Celles avec Thao qu’il prend sous sa coupe tout en tentant de le faire réagir en l’humiliant sont plus conventionnelles, même si la séance d’enseignement de la virilité chez le coiffeur italien parvient à faire sourire. Par contre, les membres de la famille Kowalski, fils, brus, petite-fille piercée, émargent tous dans la caricature épaisse.
Vu le caractère de papi Walt, on peut comprendre les distances prises par ses enfants ; il n’était pas nécessaire de les montrer aussi cyniquement intéressés à chaque occasion où ils se souviennent qu’ils ont un père. De même, la description des petites frappes, latinos ou asiatiques, se résume à des silhouettes grotesques comme on en croise dans toutes les séries américaines ; visiblement, ces personnages de méchants très méchants n’intéressaient pas Eastwood qu’on a connu plus concerné par la description des apôtres du mal, du sheriff Dagett au chief James E. Davies.
Heureusement, on retrouve la maîtrise du réalisateur de « Million dollar Baby » dans de nombreux passages, comme celui où le chaman hmong lit en Walt comme dans un livre, ou certaines répliques du type « Des fois, on croise des mecs qu’on doit pas faire chier.. Ce mec, c’est moi !« . Mais le plus intéressant, et même le plus émouvant, c’est de voir l’interprète de l’Inspecteur Harry tourner en dérision l’hologramme vieilli de ce personnage qu’il a joué – et avoué avoir détesté -, jusqu’à la fin où c’est plus le réalisateur que le personnage qui va au bout de sa rédemption.
Très contextualisé dans l’Amérique d’aujourd’hui, « Gran Torino » n’en est pas moins un archétype de western, avec un héros vieillissant qui va au-devant de son destin pour affronter des gangsters dans une cité abandonnée par la loi. Attendons maintenant le 31ème film du prolixe maître de Carmel, « Invictus« , situé dans l’Afrique du Sud postapartheid, et mettant en scène Nelson Mandela et François Pienaar, le capitaine des Springboks blancs, nouvelle illustration s’il en était besoin de la fécondité et de la variété de l’œuvre d’un des grands d’Hollywood.
Cluny

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