MÉMOIRES DE NOS PÈRES

Critique initialement publiée le 28 octobre 2006

Film américain de Clint Eastwood

Titre original : Flags of Our Fathers

Genre : Drame, Film de guerre    

Interprètes : Ryan Phillipe (John Doc Bradley), Jesse Bradford (René Gagnon), Adam Brach (Ira Chief Hayes), Barry Peppers (Mike Strank).

Durée : 2 h 15

La note : 5/10

En deux mots : Point de vue américain du diptyque d’Eastwood sur la bataille d’Iwo Jima, emberlificoté et peu incarné.

Le réalisateur : Né en 1930 à San Francisco, Clint Eastwood commence comme acteur dans des petits rôles dans les séries B, puis un des rôles phares de la série TV « Rawhide ». Il est alors repéré par Sergio Leone qui l’embauche pour la Trilogie du dollar. Il interprète de nombreux rôles, dont celui de l’inspecteur Harry. Il passe à la réalisation en 1971 avec « Un frisson dans la nuit ». Il réalise près de 40 films dans tous les genres, dont « Pale Rider », « Bird », « Impitoyable », « Sur la route de Madison », « Les pleins pouvoirs », « Minuit dans le jardin du bien et du mal », « Space Cowboys », « Mystic River », « Million dollar Baby ».

Le sujet : Pendant la bataille d’Iwo Jima, un drapeau est planté par une patrouille de Marines sur le mont Suribachi, afin de signaler que cette position est prise. Le secrétaire d’État à la Marine voulant garder ce drapeau, tout comme le corps des Marines, un second drapeau est planté au même endroit par six autres soldats, tandis que le premier est mis de côté par le commandant des Marines. Le film décrit l’évolution des trois soldats survivants, devenus aux États-Unis des marionnettes de propagande.

La critique : Et bien ça y est, on le sait maintenant : même Clint Eastwood peut rater un film. Pourtant, de nombreux ingrédients nous laissaient présager le meilleur. Le sujet, tout d’abord : comment une image, ici une photo, peut à la fois modifier le destin d’une nation et bouleverser la vie des hommes qui en sont les « héros », bien plus Fabrice à la bataille de Waterloo que John Wayne. Tourner un film aujourd’hui aux Etats-Unis sur la mise en scène et la manipulation de l’information à des fins de propagande n’est pas neutre à l’heure où plus un Américain ne croit à la présence d’armes de destruction massive dans l’Irak de Saddam. 
Les scénaristes, ensuite : Paul Haggis, déjà auteur du scénario de « Million dollar Baby » et réalisateur de l’oscarisé « Collision« , grand spécialiste de la narration labyrinthique, et William Broyles Jr, scénariste de « Jarhead« , un beau film sur une autre guerre, celle du Golfe. 

La démarche, enfin : celle qui a consisté à tourner deux films sur cette bataille décisive dans l’issue de la guerre (c’est la résistance acharnée de ses défenseurs qui convainquit Truman de faire usage de la bombe atomique), le second, « Letters from Iwo Jima« , dont la sortie est prévue en janvier, racontant le point de vue des Japonais. 
Alors, qu’est-ce qui a manqué à ce film pour répondre à nos attentes ? Un peu de fluidité narrative, d’abord. Une construction faisant appel à différents moments du récit, avec des flash-backs nombreux et souvent syncopés, cela peut apporter dynamisme et mystère à la présentation d’une histoire. Là, comme on a compris au bout d’un quart d’heure quel va être le propos du film, ce dédale ne fait que perdre le spectateur et étirer une durée déjà trop longue. 

Il y a ensuite quelque chose autour de la direction d’acteurs qui pose problème : est-ce le casting bien trop anonyme (cette fois-ci, pas de Sean Penn, de Tim Robbins ou de Morgan Freeman au générique), ou une exagération parfois caricaturale du jeu des acteurs, et particulièrement celui d’Adam Beach qui joue le soldat indien, le plus tourmenté par la mauvaise conscience et le sentiment d’imposture. Et puis, des choix de réalisation laissent perplexe : une image sépia assez laide, qui peut se justifier sur les scènes de combat mais qui tourne au truc pour le reste du film ; une façon de filmer la guerre déjà vue, notamment dans « Il faut sauver le Soldat Ryan » ou dans « Stalingrad » ; une complaisance pour les images gore, qui paradoxalement affaiblissent l’horreur par leur exagération grand-guignolesque. 

Il y a bien ça et là quelques scènes où l’on retrouve la touche du vieux maître de Carmel : la mère d’un soldat qui reconnaît son fils de dos sur la photo, l’étreinte de Ira et de la mère d’un de ses camarades tué au combat, une façon de nous montrer que ces GI’s hier comme les soldats aujourd’hui en Irak n’étaient que des gosses. C’est peu. Espérons que les lettres japonaises permettront à Clint Eastwood de retrouver le souffle de ses dernières œuvres et de nous sortir de l’ennui légèrement agacé avec lequel nous avons vu « Mémoires de nos Pères« .

Cluny

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