Film américain de Aaron Sorkin
Genre : Drame biographique
Interprètes : Mikey Madison (Frances Haugen), Jertemy Allen White (Jeff Horwitz), Jeremy Strong (Mark Zuckerberg), Wunmi Mosaku (Raya Akinola).
Durée : 1 h 52
Note : 7,5/10 (Je transgresse ma résolution de ne plus employer de décimales, juste pour marquer un mini-cran en-dessous du film de 2010)
En deux mots : 16 ans après, coucou revoila Mark Zuckerberg passé à la moulinette d’Aaron Sorkin, avec des enjeux bien plus considérables que la propriété des droits d’un tout nouveau réseau social, dans un film palpitant.
Le réalisateur : Né en 1961 à Manhattan, Aaron Sorkin commence comme acteur au théâtre, puis très vite il se met à écrire des pièces. Repéré par Hollywood, il devient scénariste et écrit “Des Hommes d’Honneur” (1992), “Le Président et Miss Wade” (1995), “La Guerre selon Charle Wilson” (2007), “The Social Network” (2010), “Steve Jobs” (2016. Il est le producteur de plusieurs séries télévisées, dont “À la Maison-Blanche” (1999-2006). Il devient réalisateur en 2017 avec “Le Grand Jeu”. Suivent “Les Sept de Chicago” (2020) et “Being the Ricardos” (2021).
Le sujet : Le film s’inspire de l’histoire vraie de Frances Haugen, une jeune ingénieure chez Facebook, qui sollicite l’aide de Jeff Horwitz, journaliste au Wall Street Journal. Ensemble, ils se lancent dans une enquête pleine de dangers qui les mènera à révéler au grand jour les secrets les mieux gardés du puissant réseau social.
La critique : L’affiche du film montre Jeremy Strong incarnant un Mark Zukerberg hiératique surmonté du slogan : “Nous ne sommes plus là pour nous faire des amis”. Le “plus” a une signification particulière, il fait référence à l’épisode précédent, à savoir l’excellent “The Social Network” de David Fincher sorti en 2010 et qui racontait l’ascension du fondateur de Facebook, depuis sa chambre d’étudiant à Harvard jusqu’au son premier milliard. Si le film était réalisé par Fincher, c’était déjà Aaron Sorkin qui en avait signé le scénario. On s’en souvient, il se terminait par un MZ seul dans son grand bureau en train de rafraichir sa page Facebook pour voir si son ex l’avait enfin accepté comme ami.
16 ans plus tard, même si on ne sait pas s’il a enfin de vrais amis, Mark Zukerberg n’est plus seul. Il est perpétuellement entouré d’une cour qui attend ses avis comme les prêtres entourant la pythie. Il a toujours un grand bureau, avec des canapés en kevlar pour se protéger d’une éventuelle attaque, comme le remarque Frances Haugen quand elle y pénètre au dernier rang d’une délégation du service d’intégrité civique, service qui sera dissous peu après. Elle y exerce les fonctions d’ingénieure et travaille plus particulièrement sur la lutte contre la désinformation et l’ingérence politique.
Le déclencheur de son parcours qui va la conduire à devenir lanceuse d’alerte, c’est une vidéo publiée sur Instagram (dans le groupe Facebook devenu Meta) où une conductrice blonde et fortement alcoolisée déverse des torrents de haine raciste et suprémaciste envers les deux policiers racisés qui lui proposent de l’aide. Or cette fille, Frances l’avait connue quatre ans avant quand elles militaient ensemble pour un candidat démocrate, et entretemps, elle a passé plus de 9h par jour sur Facebook. Cet épisode glaçant constitue le prologue du film et nous montre la toile de fond du récit, celle des États-Unis à l’ère de MAGA -le film se terminant avec l’insurrection du Capitole.
Dans le même temps arrive à San Francisco dans les locaux du Wall Street Journal un spécialiste de l’investigation, Jeff Horwitz, qui se fixe pour mission de pénétrer les arcanes de l’algorithme de Facebook. Il va chercher des sources, en sachant que l’entreprise de Zuckerberg fonctionne dans une opacité paranoïaque et un flicage constant de ses employés. Il repère le service de l’intégrité civique, envoie un message via Linkedin à tous ses membres. Une seule y répond : Frances.
“The Social Reckoning” (qu’on peut traduire par l’heure des comptes sociaux) est un film d’un genre particulier, très présent dans le cinéma américain, celui du film d’enquête (“Les Hommes du Président”, “Erin Brockovich”, “Spotlight”), avec une spécificité plus récente, celle des lanceurs d’alerte (“Révélations”, “Pentagon Papers”). On le sait depuis “L’impossible Monsieur Bébé”, le succès d’un duo d’acteurs repose sur l’opposition des caractères.
Là, on est servi : lui, avec sa dégaine d’étudiant prolongé, s’il est rompu aux enquêtes, ne sait pas se servir d’un GPS. Par contre, il est d’une ténacité redoutable et c’est une bête de travail. Elle, elle « croit » encore à Facebook, à l’idée d’un réseau pour rapprocher les gens ; ingénieure brillante et cultivée, elle a dû subir le même harcèlement que toutes les Hermione du monde. Et comme l’un et l’autre ont un sens de la répartie affuté, ça nous donne des dialogues assez savoureux.
L’enquête nous permet de comprendre comment et pourquoi Facebook favorise les contenus haineux et clivants. Comment : en repérant les like et les partages de chacun pour lui proposer des contenus allant dans le même sens et en les poussant à l’extrême. Pourquoi : parce qu’à l’heure du vieillissement et du désinvestissement des inscrits, un membre radicalisé va dynamiser la fréquentation de la plateforme, surtout si aucun fact-checking n’est fait : “Nous ne sommes qu’un tableau d’affichage”, répète le boss.
Je ne suis pas convaincu par la composition plutôt monolithique de Jeremy Strong en Zuckerberg-Lex Luthor, bien moins intéressante que celle de Jessie Eisenberg en geek assoiffé de revanche sociale. Par contre, j’ai beaucoup aimé le jeu subtil de Jeremy Allen White en Jeff Horwitz, et particulièrement celui de Mikey Madison, première actrice de la Gen Z oscarisée pour “Anora”. Utile par son propos, “The Social Reckoning” est surtout un film d’enquête très bien construit qui se regarde comme un thriller passionnant.
Cluny

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