JUSTIN LE JUSTE

Film français d’Éric Barbier

Genre : Drame, Film historique, Film de guerre

Interprètes : Alban Ivanov (Justin), Birane Ba (Basile), Alexandra Lamy (Marie Baratier), Thierry Hancisse (Colonel Joyard), Nicolas Avinée (Tissalé)

Durée : 1 h 50

Note : 4/10

En deux mots : Fable vieillotte et invraisemblable qui nous apprend que la guerre c’est mal.

Le réalisateur :  Né en 1960 à Aix-en-Provence, Éric Barbier est diplômé de l’IDHEC. Il passe à la réalisation en 1991 avec “Le Brasier” qui est un échec. Il travaille ensuite dans la publicité, avant de revenir au grand écran en 2000 avec “Toreros”, suivi de “Le Serpent” (2006), “Le Dernier Diamant” (2014), “La Promesse de l’aube” (2017), et “Petit Pays” (2020). 

Le sujet : 1915. La guerre, c’est une terre inconnue où l’on envoie Justin, misérable paysan, à une époque où il doit s’occuper de ses champs. Il doit partir se battre, au nom d’une loi qu’il ignore, contre un ennemi qu’il n’a jamais vu, alors qu’il ne rêve que de rester dans sa ferme. Sa rencontre avec Basile, un tirailleur sénégalais, va lui ouvrir les yeux sur cette guerre qu’il ne comprend pas. C’est avec lui, qu’il va se révolter contre les injustices d’un commandement absurde, et devenir un héros pas comme les autres.

La critique : Logiquement, la première guerre mondiale a été beaucoup traitée au cinéma entre les deux guerres, avec de nombreux navets patriotiques et quelques grands films comme “J’accuse” d’Abel Gance ou “La Grande Illusion” de Jean Renoir. Après-guerre, un clou chassant l’autre, le cinéma s’intéresse surtout au conflit plus récent, et ne revient à la Der des ders que pour aborder des thématiques spécifiques comme les fusillés pour l’exemple (“Les Sentiers de la Gloire”, bien sûr, “Les Hommes contre” ou “Le Pantalon”), les conséquences de la guerre sur les familles des morts pour la patrie ou sur les gueules cassées (“La Vie et rien d’autre“, “Frantz”, “Johnny Got His Gun” ou “La Chambre des Officiers“) ou alors pour inscrire cet épisode dans une fresque plus ample (“Un long dimanche de fiançailles”, “Au revoir là-haut”).

Le film est une adaptation d’un livre de 1967 de Jean Pompougnac, “Justin le Juste ou la charrette”, du genre de ceux qui s’entassent sur les étagères des maisons de famille, et dont on se dit en les voyant un demi-siècle plus tard “Tiens ? Qui a bien pu acheter ça ?” Livre oublié (jamais réédité depuis) d’un auteur inconnu (aucune trace d’un autre livre, alors n’imaginons même pas une page Wikipédia…), on se demande vraiment pourquoi Éric Barbier a choisi ce bouquin que lui a passé un ami. 

L’intérêt de traiter un événement un siècle après est d’apporter un regard moderne, une narration différente, en utilisant éventuellement des moyens techniques récents. Mais quel est l’intérêt d’aller dégotter une histoire qui ne présente ni l’avantage de la sincérité comme les témoignages des années 20, ni l’intérêt d’introduire une approche moderne ? Parce que l’histoire que raconte le film est vieillotte, désuète, très cinéma de papa. Cette impression d’un mélange entre l’image d’Épinal et le Musée Grévin est renforcée par une photographie maronnasse, sans doute pour suggérer le sépia ?

Le réalisateur explique qu’il a choisi le ton de la fable : « L’histoire de Justin est trop décalée pour que la réalité de 14/18 soit une base de travail pour moi. Le film est une fable où Justin, que tout le monde prend pour un idiot, va apprendre à se révolter contre ses supérieurs avec son ami Basile. Il ne fallait surtout pas s’engluer dans le réel de la guerre. » Mais dans le même temps, il introduit les personnages de Basile et de Marie. Basile, c’est un tirailleur africain, instituteur dans son village, qui combat par patriotisme avant de découvrir le racisme et l’injustice – j’ai vérifié : s’il existait bien des régiments mixtes tirailleurs sénégalais – marsouins métropolitains, contrairement à ce que montre le film, les hommes étaient cantonnés dans des compagnies différentes pour éviter les mélanges.

Marie, c’est une journaliste du Canard Enchainé qui va recueillir les témoignages des malheureux poilus condamnés pour l’exemple, les publier comme si le décret du 2 aout 1914 sur l’état de siège suspendant la liberté de la presse n’avait jamais existé, et hop, l’opinion se retourne comme un crêpe, reste plus qu’à envoyer Marie Baratier comme correspondante à la maison Blanche. Ces deux ajouts sont là pour symboliser deux problématiques : la dette de la France vis-à-vis de ses anciens combattants coloniaux, et le contre-pouvoir de la presse. C’est cousu de câble blanc, et ça ne fait que rendre encore plus invraisemblable une histoire qui ne faisait déjà pas dans le réalisme.

Certains épisodes ont déjà été traités au cinéma, et il faut une bonne dose d’inconscience pour passer après Kubrick pour filmer la montée à l’assaut, le procès inique ou la parade du régiment qui encadre l’exécution des trois condamnés. “Les sentiers de la Gloire”, c’est du 35 mm, voire de l’Omnimax, et “Justin le juste”, c’est filmé avec la caméra 8mm à Papy.

Alban Ivanov ne se sort pas si mal de son “Tchao Pantin”, évitant le piège d’en rajouter à un personnage déjà assez hurluberlu. Assurément plein de bonne volonté, “Justin le juste” n’apporte pas grand-chose, mais il ne fait pas de mal non plus et, même si ça manque souvent de rythme, il peut se laisser regarder comme un gentil petit téléfilm.

Cluny

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