Film français de Géraldine Nakache
Genre : Drame psychologique
Interprètes : Monia Chokri (Gil), Niels Schneider (Jacques), Clémentine Célarié (Annah), Christian Benedetti (Alain)
Durée : 1 h 34
Note : 7/10
En deux mots : Film éprouvant mais nécessaire qui décrit cliniquement l’emprise au sein du couple.
La réalisatrice : Née en 1981 à Puteaux, Géraldine Nakache est la sœur d’Olivier Nakache. Après un bac littéraire, elle travaille à Canal+ puis -sur la chaine Comédie ! où elle franchit tous les échelons pour devenir productrice exécutive. Elle commence sa carrière de comédienne en 2006 dans le film “Comme tu es belle”. Elle réalise avec Hervé Mimran en 2010, “Tout ce qui brille” qui obtient le César du meilleur premier film. Avec le même coréalisateur, elle tourne en 2012 “Nous York” puis en solo “J’irais où tu iras” en 2019.
Le sujet : Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Mais l’intensité des débuts laisse place à une relation où elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu’à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle qu’il exerce sur sa vie…
La critique : Le film s’ouvre par une série de gros plans avec une faible profondeur de champ pour isoler des gestes mécaniques de Gil : nettoyer le vernis à ongle, enlever bague, boucles d’oreille, colliers avant d’appuyer sur le bouton 7 pour signaler qu’elle est prête à s’immerger dans le mikvé, le bassin d’eau naturelle conçu pour la purification spirituelle qui s’impose aux femmes juives à de nombreuses occasions. Cette scène se répètera plusieurs fois dans le film, aux différents moments du récit construit sur six ans à coups de flashbacks et de flashforwards, séparés par des panneaux associant les nombres en jeu à la gematria, la numérologie hébraïque.
Gil et Jacques sont pratiquants, à des niveaux différents au moment de leur rencontre, comme l’illustre là où ils placent la mezouzah : à l’intérieur de la maison pour Gil (“On est en France, quand même”), à l’extérieur pour Jacques, comme le conseille le rabbin. On sent que chez Gil la pratique religieuse fait partie d’un ensemble, d’un héritage et qu’elle ne doit pas l’empêcher de vivre dans la modernité. Elle a un métier qui la passionne, assistante du chef opérateur, un travail en équipe qui la maintient loin du foyer pendant les longues périodes de tournage.
Pour Jacques au contraire, la stricte observance religieuse se combine avec une représentation patriarcale : lui travaille, ramène l’argent (beaucoup), ce qui lui donne l’occasion d’avoir une maison de 300 mètres carrés près de Fontainebleau et d’offrir un cadre à son épouse qui lui permet de se consacrer entièrement à son foyer et à leur fille. Mais attention, “C’est toi qui choisis”. Car Jacques sait être adorable avec sa gueule d’ange (Niels Schneider, quand même), et on comprend que Gil ait craqué, puis que progressivement elle fasse des concessions, renonçant notamment à son métier. Géraldine Nakache explique : « Elle accepte une chose pour avoir la paix, puis une autre pour préserver la famille et elle se laisse doucement isoler. Son mari la rend dépendante et la rabaisse constamment jusqu’à la faire douter d’elle-même. »
Si le judaïsme sert de toile de fond à cette histoire, elle est universelle. On imagine sans problème la même situation dans un couple musulman ou chrétien, et même dans un couple agnostique ou athée. La référence à la religion n’est qu’un outil supplémentaire à la disposition de Jacques pour culpabiliser Gil et lui reprocher les manquements à ses devoirs. Il utilise toutes les armes du pervers narcissique : la victimisation, la culpabilisation, l’isolement progressif, le dénigrement de son entourage, l’alternance entre la menace, voire la violence et la séduction qui finit par plonger Gil dans un sentiment d’arbitraire complet.
Parce qu’il est extrêmement bien réalisé, avec une construction subtile et un recours appuyé au montage cut, le film de Géraldine Nakache est très efficace, et donc éprouvant à regarder. Par le montage des épisodes aux différents moments de l’histoire, on sait très vite dans quel piège Gil va tomber, et on n’a qu’une envie, c’est de lui crier de fuir. Mona Chokri, qui a déjà joué une relation amoureuse avec Niels Schneider dans “Les Amours imaginaires” de Xavier Doilan, est parfaite pour incarner un mélange de fragilité, de doute et de détermination ; Niels Schneider quant à lui est effrayant à souhait dans sa capacité à passer de la cajolerie à l’intimidation.
Cluny

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