Film français de Félix de Givry
Genre : Drame
Interprètes : Milo Machado-Cramer (Otto), Jane Beever (Léna), Emmanuelle Desstremeau (Sophie), Maïa Sandoz (Anne), Françoise Lebrun (La narratrice).
Durée : 1 h 33
La note : 7/10
En deux mots : Joli premier film dans le registre du conte sur les amours adolescentes, refuge contre la violence du monde.
Le réalisateur : Né en 1991 à Paris, Félix de Givry fait ses études à Sciences Po Paris. En 2018 il cofonde la société de production Remembers. Il réalise quelques clips et trois courts métrages. “Adieu monde cruel” est son premier long métrage.
Le Sujet : Otto Vidal, 14 ans, a disparu après avoir adressé une lettre d’adieu aux élèves de sa classe. Alors que tout le monde le croit mort, Léna, une fille de son lycée, le reconnaît une nuit en train d’errer dans les rues de la ville.
La critique : Le film démarre sur un plan large fixe, quelques lumières dans la nuit d’un paysage rurbain vallonné. Quand cesse le générique, la caméra part en un long panoramique pour essayer de rattraper dans cet espace ouvert les personnages dont on distingue les voix juvéniles : un qui appelle à l’aide, et trois autres qui récitent la tirade éternelle des harceleurs de cours d’école, viriliste et brutale. Puis le jour survient, toujours dans un plan de grand ensemble qui dévoilent une ville de province sans charme aux reflets chabroliens, et résonne alors une voix empreinte de gravité teintée de fatalisme : “Certaines histoires commencent par le début, celle-ci commence par la fin…“ Pas besoin de “Il était une fois”, on l’a compris, nous sommes dans le registre du conte.
Cette narratrice omnisciente, c’est Françoise Lebrun, qui met sa diction impeccable au service de ce rôle de chœur antique. Initialement, Félix de Givry n’avait pas prévu de voix off. Elle s’est imposée à lui au montage, et c’est assurément une bonne idée parce qu’elle renforce la dimension de conte initiatique, et qu’elle permet d’apporter une structure littéraire à une action assez erratique, à l’image de la cavale improvisée d’Otto et Léna : un suicide qui se transforme en exercice de survie en milieu urbex, une fugue qui s’enterre à une pâté de maisons du collège.
Félix de Givry explique que “Adieu monde cruel” a une dimension autobiographique : “J’ai subi du harcèlement au collège, pendant trois ou quatre années très intenses. À cette époque, il y a eu aussi plusieurs suicides dans ma famille. C’était une période très sombre. Le film est un mélange de tout ça et une volonté d’expier cette noirceur.” Il y parvient, grâce à la photographie vaporeuse en 16 mm de Tara-Jay Bangalter -encore un nepo baby-, à des dialogues plutôt bien écrits (“La mort c’est une fois, la vie c’est tous les jours”), et à la musique très seventies (et parfois un peu envahissante) d’Arnaud Toulon, qui m’a rappelé celle de Philippe Sarde dans “Le Train”.
La crédibilité de l’histoire repose aussi sur le jeu des acteurs, et particulièrement des deux jeunes héros. Pour Otto, si le nom de Milo Machado-Cramer ne vous dit rien, il vous suffira de quelques secondes pour l’identifier : c’est lui qui jouait – si bien – le fils dans “Anatomie d’une chute”. Quant à la jeune actrice belgo-britannique Jane Beever, elle n’avait joué qu’un petit rôle dans le teen movie “Dead Dad Girl” ; elle a révélé qu’elle avait vécu le suicide d’une fille de sa classe, ce qui a amené Félix de Givry à modifier certaines scènes. Par la fragilité de leur jeu, la place laissée aux silences, les deux jeunes acteurs sont particulièrement touchants.
“Adieu monde cruel” à un univers de référence assez classique : on a déjà évoqué Chabrol, on peut aussi penser à Truffaut et à Téchiné qui ont su eux-aussi si bien dépeindre le mal-être adolescent. Par la fugue d’un jeune couple vivant pleinement leur dimension romanesque, j’ai aussi pensé plus près de nous à “Ava”, de Léa Mysius. Avec toutes ses qualités, et même ses quelques défauts, ce premier film nous engage à suivre d’un œil intéressé ce que nous proposera à l’avenir Félix de Givry.
Cluny

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