OKLAHOMA HONEY

Film américain de Andrew Patterson

Titre original : The Rivals of Amziah King

Genre : Drame 

Interprètes : Matthew McConaughey (Amziah King), Angelina LookingGlass (Kateri), Jake Horowitz (Remmick), Scott Sheperd (Chimmy), Kurt Russel (Dod McCoy).

Durée :  2 h 10

La note : 6/10

En deux mots : Néo-western sur des rednecks adeptes de l’apiculture et du bluegrass, successivement agaçant et touchant.

Le réalisateur : Né en 1982 dans l’Oklahoma, Andrew Patterson travaille à l’adolescence comme projectionniste. Après le lycée, il crée une société de production de clips et de publicité, et avec ses bénéfices il finance en 2019 son premier long métrage de science-fiction, « The Vast of Night ». « Oklahoma Honey » est son deuxième film.

Le Sujet : Au cœur des terres reculées de l’Oklahoma rural, Amziah King, personnage charismatique au talent musical hors du commun, veille sur une bande de marginaux passionnés de bluegrass tout en supervisant la plus importante exploitation apicole de la région. Lorsque sa fille adoptive, dont il était éloigné depuis des années, réapparaît soudainement, Amziah y voit l’occasion de renouer les liens et de bâtir avec elle une entreprise familiale. Mais le monde du miel est sans pitié, et les rivaux d’Amziah menacent de détruire tout ce qu’il a construit.

La critique : J’avoue, je suis parti voir « Oklahoma Honey » sans aucune idée préconçue : je ne connais pas le réalisateur, ma défiance de principe vis-à-vis des grosses productions hollywoodiennes ne s’applique pas ici puisque ce film est indépendant, à tel point qu’il a bénéficié d’une dérogation du syndicat SAG-AFTRA lors de la grève des acteurs de 2023, et enfin je ne suis ni apiculteur, ni fan de country !

Le film s’ouvre par un gros plan sur un panneau demandant aux clients de surveiller leurs enfants, puis un traveling latéral sur des santiags qui avancent d’un pas résolu : nous voilà d’emblée dans le bain. Amziah et sa bande de potes donnent un concert de bluegrass, banjo et contrebasse, dans un drive où les spectateurs dégustent leurs hamburgers avachis au volant de leurs pickups. Puis le générique défile, avec une façon saccadée de freezer l’image comme je ne l’avais plus vu depuis les années 80. Andrew Patterson a fait ses classes en produisant et réalisant des clips musicaux et des publicités, et il a conservé de cette expérience un goût du montage épileptique, avec deux à trois plans par seconde, ce qui peut se justifier dans un spot de 20 secondes ou un morceau de 3 minutes, mais qui devient très vite saoulant sur un long métrage.

Cette impression d’agitation compulsive est renforcée dans la première partie du film par le jeu de Matthew McConaughey, qui incarne dans un style très Actors Studio – pour ne pas parler de cabotinage – un type de personnage déjà vu cent fois chez Tarantino ou les frères Coen, notamment dans « O’Brother ». Cette ouverture est censée planter le décor : Amziah est un petit démerdard charismatique qui s’est entouré de nombreux canards boiteux, dans un milieu de la production de miel dont je ne soupçonnais pas jusqu’à ce jour qu’il était aussi sauvage que le grand ouest de la nouvelle frontière. Des péripéties à l’humour lourdingue s’enchainent, et si on a compris qu’une menace pesait sur nos héros, on ne voit pas bien les réels enjeux de l’histoire, jusqu’à un double switch qui survient après une heure de film.

La seconde partie est assez différente, et pour tout dire bien plus intéressante. Par la force des choses, Amziah laisse sa place à Kateri, la jeune fille d’origine choctaw qui avait vécu chez sa femme et lui deux ans de répit dans une enfance cabossée. Jouée par une actrice « native » dont c’est le premier rôle, Kateri écoute avec intensité, mais ne parle que quand elle estime que cela servira à quelque chose. Animée par un désir de justice, pour ne pas dire de vengeance, elle va entamer la lutte de David contre Goliath, en l’occurrence un gros producteur de miel aux multiples affaires et aux nombreux appuis, joué par un Kurt Russel odieux à souhait.

Dans un film où on dépouille son prochain sans vergogne (tout en allant chanter à l’office le dimanche matin), et où il est facile de trucider ses rivaux, le caïd apprendra à ses dépens qu’il y a une règle sur laquelle on ne peut transiger : « On ne vole pas le pick-up d’un bonhomme ». Cette immersion dans l’électorat MAGA met une distance difficile à surmonter, et il faut le personnage d’une américaine présente sur le continent des siècles avant Trump et sa police de l’immigration pour parvenir à nous faire ressentir enfin de l’empathie.

Cluny

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