Film français de Armand Foëx et Clément Devilliers
Genre : Comédie dramatique
Interprètes : Louise Labèque (Maeva), Sara Montpetit (Louise), François Le Bris (Grégoire), Jules Poirier (Corentin), Olivier Rabourdin (Patrice).
Durée : 1 h 22
La note : 6/10
En deux mots : Premier film à quatre mains, un peu foutraque, un peu mou mais attachant.
Les réalisateurs : Âgés tous deux de 22 ans, Clément Devilliers et Armand Foëx se rencontrent en classe de quatrième. Clément écrit déjà des histoires, et Arnaud réalise et monte des vidéos sur YouTube. En sept ans, ils réalisent cinq courts métrages, et décident de passer à un long métrage, « Un grand raccourci ».
Le sujet : Quand le restaurant familial menace de fermer, deux cousins bretons relâchent des rats pour s’improviser dératiseurs. Le même été, deux jeunes femmes trafiquent le concours de beauté local pour promouvoir leurs bijoux. Embarqués dans leurs stratagèmes chaotiques, ces quatre débrouillards en quête d’avenir finissent par se percuter.
La critique : À l’automne 2024 et après cinq courts métrages autoproduits, Clément Devilliers et Armand Foëx prennent une décision : dans neuf mois, ils tourneront leur premier long métrage. À cet instant, ils n’ont ni scénario, ni financement. Avec leur producteur de 21 ans, ils démarchent les producteurs, les distributeurs et les professionnels du secteur. Ils découvrent les agréments de production, le crédit d’impôt, les conventions collectives, les aides publiques ou encore le rôle du distributeur. Le premier devis était à 30 000 € ; le budget final a atteint 260 000 €, en faisant aussi largement appel à des solutions innovantes d’autofinancement.
Longtemps, les réalisations en duos étaient très rares, et limitées aux fratries : Taviani, Coen, Dardenne, Wachowski, Larrieu. Signe des temps, ces réalisations à plusieurs voix ont tendance à se multiplier, et presque tous en-dehors du binôme familial : Nakache et Toledano, Kwan et Scheinert, Liatard et Trouilh, Nicolas et Bruno. Faut-il y voir un effet de Me too, avec la remise en cause du réalisateur de droit divin ? Armand Foëx et Clément Devilliers ont longtemps cru qu’ils devaient tout faire ensemble pour être légitimes. « Résultat : on était lents et moins bons. Aujourd’hui, on assume une spécialisation naturelle. Clément a l’initiative sur la structure dramatique et les dialogues, tandis que je (Armand) porte la vision du montage et du cadre.«
Ce premier film a des qualités prometteuses : une peinture naturaliste de la Bretagne de l’intérieur, une immersion dans le monde des élections régionales de miss qui évite plutôt les clichés, une certaine maîtrise du plan-séquence, une distribution composée d’acteurs associés au projet et habitués au travail des deux réalisateurs – avec une mention spéciale pour le binôme composé de la Québecoise Sarah Montpetit (vue dans « Maria Chapedeleine » et « Vampire humaniste cherche suicidaire consentant ») en clown blanc et Louise Labèque (révélée par Bertrand Bonello) en Auguste.
Je me suis demandé pendant tout le film quel genre j’allais renseigner pour ce film : drame ou comédie ? Les éléments dramatiques sont là : la faillite prévisible du restaurant familial, le deuil de la grand-mère, les conséquences des petites combines de Corentin, qui va libérer des rats dans les fermes pour qu’on fasse appel à lui. Mais il faut le reconnaître, la plupart des enjeux ont l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes : Louise va-t-elle être démasquée pour ses trois centimètres manquant dans son concours de miss ? Grégoire va-t-il accepter le poste de cuisinier en ville ? Jules va-t-il finir par accepter de louer la maison de la mamie ? Le rythme en pâtit, et la répétition des disputes entre cousins finit par lasser.
On n’est pas vraiment dans la comédie non plus. On sourit souvent, on rit deux ou trois fois de situations ou de dialogues marqués par un absurde à la Podalydès, mais d’autres scènes font flop, trop soulignées ou trop prévisibles. Pour le genre, j’ai coupé la poire en deux : comédie dramatique. Premier film atypique, que ce soit dans son processus de réalisation ou dans son résultat, et en prenant en compte la grande jeunesse des deux réalisateurs, « Un grand raccourci » nous donne quand même envie d’en voir un peu plus.
Cluny

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