DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE

Film français de Martin Darondeau et Bertrand Usclat

Genre : Comédie (française)

Interprètes : Pauline Clément (Nina Cardi), Laurent Stocker (Philippe), Marina Hands (Émilie), Julien Frison (Antoine), Christian Hecq (Jacques), Danièle Lebrun (Nadine), Benjamin Lavernhe (Molière) -tous de la Comédie-Française, est-il besoin de le dire ?

Durée : 1 h 15

La note : 8/10

En deux mots : « To be or not to be » au Français, les nazis en moins (quoique). Très réussi.

Les réalisateurs : Né en 1986, Bertrand Usclat fait le Conservatoire, puis fonde le collectif Yes vous aime avec cinq élèves de sa promo, dont Pauline Clément. Il écrit et joue (toujours avec Pauline Clément) la série parodique Broute. 

Martin Darondeau a réalisé des épisodes de Broute, et de la série Fleur Bleue avec Enya Baroux. « De la Comédie-Française » est leur premier film.

Le sujet : Dans trois heures, aura lieu la première de Macbeth à la Comédie-Française, première mise en scène de Nina. Rien ne va : un comédien ne veut pas jouer en vert, le régisseur refuse de modifier un éclairage qui projette une ombre interdite par l’article R. 645-1 du Code pénal, Lady Macbeth se tape Malcolm pendant l’italienne, et Nina se retrouve avec son gamin d’un an à gérer. Pourtant, elle va devoir mener à bien sa mise en scène d’autant plus que la règle d’or de l’institution est de ne jamais annuler une représentation.

La critique : Le décret no 95-356 du 1er avril 1995 dans son article 13 stipule : « Ils (les comédiens) ne peuvent exercer hors de la Comédie-Française une activité quelconque, notamment en matière de mise en scène, de cinématographie, de synchronisation, de radiodiffusion ou de télévision, qu’avec l’accord préalable et écrit de l’administrateur général. » Le règlement intérieur écrit la même année a rendu obligatoire ce qui était déjà une pratique répandue, à savoir la mention « de la Comédie-Française » au générique des films auxquels ils participent. Et au générique ici aussi, cette règle est scrupuleusement appliquée pour tous les comédiens, y compris en faisant apparaitre la mention avant le nom de l’acteur.

Il faut dire qu’ils sont tous là, jusqu’à Denis Poldalydès qui fait sur une phrase la voix de Radio Molière dans l’ascenseur. La rencontre entre l’institution plus que tricentenaire et la joyeuse bande (Bertrand Usclat, Martin Darondeau et Pauline Clément) s’est faite par l’entremise de cette dernière, pensionnaire depuis 2015 et devenue en 2026 la 546° sociétaire. Amusé par les pastilles Instagram de Broute, Éric Ruf, l’administrateur général (ici il s’appelle Thibault Fur) avait pris contact avec eux pour produire une série parodique sur les coulisses de la Comédie-Française. Quand il a été annoncé que la Salle Richelieu serait libre pendant cinq jours, ce qui est exceptionnel, la décision a été prise d’en faire un film de cinéma.

Le début du film porte sans doute la marque de cette origine : on assiste à une suite de scènes qui font sketchs, et ce d’autant plus qu’on démarre avec la scène -très drôle – du refus du gardien (Guillaume Gallienne) de laisser entrer Nina faute de badge, mais qui avait été utilisée in-extenso comme bande-annonce. Et puis, heureusement, les scènes se succédant, les personnages prennent leur place, et la mécanique des situations catastrophiques se met en route avec une précision horlogère.

Si la Comédie-Française est un personnage à part entière, que ce soit le bâtiment ou l’institution, au cœur du film il y a la troupe, collectivement, et les comédiens individuellement. Tous sont excellents : Laurent Stocker en comédien tête à claques, sûr de lui et méprisant, Christian Hecq en régisseur pédagogue qui met trois heures à expliquer pourquoi ce que demande Nina est impossible, Florence Vialat en costumière sans filtre plombant le peu d’estime de soi qui reste à Nina, Marina Hands en épouse adepte du polyamour, Julien Frison en acteur superstitieux, ou encore Séphora Pondi, à qui on a confié le rôle -ça ne s’invente pas – de maquilleuse venue d’une émission avec pleins de chroniqueurs, suivez mon regard,  jusqu’à Benjamin Lavernhe qui incarne le premier des membres de la troupe prestigieuse.

Le spectateur se réjouit de voir leur plaisir à lancer des répliques comme : « Et il te l’a abandonné pour baiser des putes à Beyrouth ! », ou celui de Danièle Lebrun qui joue la vieille sociétaire qui trompe son trac avec du cannabis, ce qui lui a valu le surnom de Médée-foncée. Mais au-delà de ces personnages de comédie affleurent d’autres questions plus graves, comme celle de la charge mentale des actrices mères de famille, symbolisée par ce plan où Nina dans sa splendide robe de Lady Macbeth doit pousser le landau de son fils que le père lui a collé au dernier moment.

Coscénariste du film, Pauline Clément met sa dégaine d’oiseau tombé du nid, son parler enfantin et sa démarche parfois à la limite du burlesque (Nina et son vélo) au service du beau personnage de Nina, metteuse en scène à l’opposé des Stanislavski de pacotille qui pullulent dans le milieu, une femme qui écoute et prend en compte les autres, accepte de se remettre en question, et finit par réaliser l’impossible.

Cluny

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