Film suédo-danois de Anders Thomas Jensen
Titre original : Den Sidste Viking
Genre : Comédie, Drame, Thriller
Interprètes : Mads Mikkelsen (Manfred/John), Nikolaj Lie Kaas (Anker), Lars Brygmann (Lothar), Sofie Grabøl (Margrethe).
Durée : 1 h 56
La note : 7/10
En deux mots : « Rain Man » gore en Scandinavie. Inégal mais attachant.
Le réalisateur : Né en 1972 au Danemark, Anders Thomas Jensen remporte l’oscar du meilleur court-métrage en 1999 avec « Soirée d’élections ». Il tourne son premier long-métrage en 2000, une comédie intitulée « Flickering Lights ». Il réalise ensuite « Les Bouchers verts » (2003), « Adam’s Apple » (2005), « Men and Chicken » (2016) et « Riders of Justice » (2020).
Le sujet : Anker, un braqueur de banques, sort de prison après 15 ans de détention. Il va alors tenter de faire retrouver la mémoire à son frère aîné, Manfred, car il est le seul à savoir où est enterré le butin. Malheureusement, Manfred présente depuis quelque temps un trouble dissociatif de l’identité et pense ainsi être John Lennon.
La critique : Le film débute par un conte en dessin animé, présentant un chef viking au concept d’égalité assez radical, et qui n’est pas sans rappeler le Conte des Trois frères dans « Harry Potter et les reliques de la mort » ; puis on passe à un flashback, celui d’Anker qui vient de commettre un holdup et qui, juste avant son arrestation, se débarrasse de son butin en confiant à Manfred, son frère qui souffre d’un trouble autistique, la mission de l’enterrer. On se doute bien que le conte reviendra à un moment ou à un autre pour connaître sa conclusion, et on a raison.
Entre-temps, Anker a purgé sa peine, et retrouve sa sœur et son frère, qui maintenant se prend pour John Lennon. Anker pense qu’il simule, mais la répétition de tentatives de suicide chaque fois qu’il l’appelle Manfred l’amène à changer d’avis, et de tactique, puisqu’il a impérativement besoin de lui pour retrouver l’endroit où il est censé avoir enterré le magot dans la forêt près de la maison de leur enfance. Un psychiatre (tout du moins le croit-on) de l’établissement où Manfred-Jones a été interné a alors une idée : regrouper d’autres patients souffrant de troubles dissociatifs de l’identité dans les hôpitaux scandinaves et se prenant pour Ringo, Paul et Georges, afin de reconstituer le groupe et favoriser la socialisation de John.
On le voit -et encore, ce n’est que le début de l’intrigue -Anders Thomas Jensen n’a pas peur de pousser ses situations jusqu’au bout de leur logique de l’absurde, un peu comme chez le voisin finlandais Arto Paasilinna, et les catastrophes s’accumulent sur le chemin d’Anker, avec une probabilité du pire toujours confirmée. Cette fatalité de l’exagération donne du rythme à l’histoire, et malgré quelques épisodes prévisibles, nous réserve pas mal de surprises. Elle est moins heureuse dans le traitement de la violence, où on n’est pas loin de la complaisance : chaque coup (de poing, de pelle, de poêle) est ponctué par un bruit d’os brisé, et le budget hémoglobine au maquillage a dû atteindre des sommets.
Mais dans l’ensemble, cette absence de certitude dans le genre et surtout le registre de narration (dramatique, parodique, humoristique) a son charme, et permet de ne pas s’appesantir sur les moments où on frôle le pathos, particulièrement dans l’évocation de l’enfance de la fratrie. Et puis, comment ne pas évoquer la performance de Mads Mikkelsen, lointain descendant de Dustin Hofman dans « Rain Man ». Les personnages qui changent d’identité sont légion au cinéma, bien avant que la clinique vienne mettre dessus le diagnostic de trouble dissociatif de l’identité : il suffit de penser à toutes les adaptations de Docteur Jekyll and Mister Hyde, à « Psychose » ou à tous les films de superhéros du type « Hulk ». Depuis la définition en 1994 dans le DSM du Dissociative Identity Disorder, citons « Split », « Fous d’Irène » et « Le Complexe du Castor ». Ici, Mads Mikkelsen joue à merveille les perturbations de sa personnalité, tout en intériorisation douloureuse ponctuée d’explosions de colère. Rien que pour sa performance, ce film mérite le détour.
Cluny

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