Film français de Stéphane Demoustier
Genre : Thriller, Drame psychologique
Interprètes : Hadrien Hussein (Marouane), Tristan Richard (Noé), Martina La Manna (Giulia), Marguerite Demoustier (Marguerite), Cécile Ducroq (La mère de Marouane)
Durée : 1 h 32
La note : 6/10
En deux mots : Dans un film effectivement étouffant, Stéphane Demoustier tente de percer le mystère adolescent, mais n’y parvient que par bribe.
Le réalisateur : Né en 1977 à Lille, Stéphane Demoustier est diplômé de sciences politiques et de HEC. Il commence au ministère de la Culture, où il réalise des documentaires. Il suit une formation organisée par la FEMIS et la Filmakademie du Bade-Wûrttenberg. Il réalise son premier film en 2014, « Terre battue ». Suivront « Allons enfants » (2018), « La Fille au bracelet » (2019) avec sa sœur Anaïs, « Borgo » (2023) et « L’inconnu de la Grande Arche » (2025).
Le sujet : Il fait anormalement chaud sur les plages des Landes et Marouane, 17 ans, passe sa dernière journée au camping avec une angoisse : le corps qu’il a enseveli la veille sur la plage va-t-il apparaitre au grand jour ? Marouane se demande par ailleurs s’il n’est pas en train de tomber amoureux de la charmante Giulia.
La critique : Alors que nous nous installons dans la troisième vague de canicule de l’année avant même d’avoir atteint le 14 juillet, est-ce une si bonne idée pour se changer les idées que d’aller voir une film qui s’intitule « La Chaleur » ? Bon, au moins, il y a des chances que la salle soit climatisée… J’avais prévu de commencer ma critique par une évocation de ce genre particulier qu’est le film de plage, mais je me suis fait griller par Jacques Mandelbaum dans Le Monde, qui résume ce genre spécifique ainsi : « C’est l’ombre portée de Marivaux sur une étendue de sable fin ». Si on doit chercher l’inspiration du côté du théâtre, ce serait plutôt du côté de « Huis clos », tant la légèreté de l’auteur de « La Double Inconstance » semble loin de l’état mental de Marouane dans lequel veut nous faire entrer Stéphane Demoustier, qu’il décrit comme « impression de flottement dont il ne peut plus se départir ».
Je comprends pourquoi Stéphane Demoustier a été attiré par le projet d’adapter le premier roman de Victor Jestin, vu que Marouane semble un double de Lise, l’adolescente suspectée de meurtre dans « La Fille au bracelet » ; d’ailleurs, la scène d’ouverture de ce dernier film montre une famille heureuse qui joue sur une plage de l’Atlantique, jusqu’à ce que deux gendarmes arrivent pour interpeller Lise. Marouane et elle partagent une forme de mutisme adolescent, d’incapacité à manifester des émotions, avec des parents qui ne voient pas ou ne comprennent pas ce que vivent leurs enfants.
Dans mon expérience de spectateur, il y a trois sortes de films : ceux dont je sais dès les premières images que je vais les adorer, ceux dont je sens très vite que je vais les détester, et ceux pour lesquels l’avis positif ou négatif met du temps à se former, parfois fluctue, et parfois même ne se forme jamais. « La Chaleur » est de cette dernière catégorie, avec un balancement constant entre des moments de grâce, souvent sur des scènes courtes, comme celle où Marouane fait écouter sur la plage le Prélude de Lohengrin à Giulia, ou celle où la petite sœur de Marouane lui prend la main dans la voiture familiale à l’heure du choix décisif, et des scènes qui s’étirent en suivant la déambulation erratique de Marouane, avec des acteurs qui débitent sans conviction des répliques trop écrites. Ce n’est pas un hasard si les moments où nait l’émotion sont ceux où les acteurs sont silencieux, tant le jeu doinelien fait obstacle à l’acceptation, voire à la compréhension des scènes.
Stéphane Demoustier assume son choix de faire appel à des acteurs non professionnels : « Je souhaitais des visages inconnus. J’ai vu des jeunes gens trop confiants, trop assurés, déjà techniques. Ils ne me touchaient pas. Ce que j’ai cherché avec Hadrien Hussein dans le rôle de Marouane, c’est une sensibilité, une ignorance, une candeur. Non pour me jouer de cette candeur mais au contraire, pour la saisir. » Pari raté, puisqu’on en arrive à imputer les caractéristiques du personnage à l’absence de présence de l’acteur -ou à son trop-plein, s’agissant de Tristan Richard qui joue Noé, le copain bien en chair qui ne pense qu’à tirer son premier coup.
Dans « La Fille au bracelet », film de procès, l’enjeu était de savoir si Lise était ou non coupable. Ici, pas de whodunit, vu que sans spoiler, on sait au bout d’un quart d’heure qu’il y a un mort, l’odieux petit caïd supporter de l’OM dont la sonnerie de téléphone est Jump de Van Halen, tombé par accident en plein harcèlement de Marouane. L’enjeu se situe plus du côté du traitement de la culpabilité chez Hitchcock, entre « La loi du silence » et « Mais qui a tué Harry ? » : retrouvera-t-on le corps ? quelle issue pour le sentiment de culpabilité de Marouane ?
Quand il élargit le cadre, comme dans le premier plan qui part de Marouane dans son éternel t-shirt pour attraper les corps qui s’éclatent dans les rouleaux de l’Atlantique, Stéphane Demoustier retrouve la justesse teintée d’ironie démontrée dans « L’inconnu de la Grande Arche », notamment dans sa capacité à dépeindre la violence des relations adolescentes, l’injonction à la fête symbolisée par un animateur déguisé en poulet totalitaire, l’entassement étouffant dans ce H.L.M. à plat au milieu de l’immense forêt landaise qu’on ne fait que traverser avec Giulia, seul personnage adulte malgré ses 17 ans. Dans ces moments, on entrevoit le film qu’aurait pu être « La Chaleur », et qu’il n’est pas. Dommage.
Cluny

Laisser un commentaire