Critique initialement publiée le 29 septembre 2013
Film italien de Valeria Golino

Interprètes : Jasmine Trincka (Irène), Carlo Cecchi (Carlo Grimaldi), Libero De Rienzo (Rocco)
Durée : 1 h 36
La note : 7/10
En deux mots : Premier film subtil et réussi sur un sujet grave.
La réalisatrice : Née en 1966 à Naples, Valeria Golino commence une carrière de mannequin à 14 ans, avant de devenir actrice en Italie (« Storia d’Amore« , en 1986, « Respiro » en 2002), en France (« Dernier Eté à Tanger » en 1987, « 36 Quai des Orfèvres » en 2004, « Olé » en 2005) ou à Hollywood (« Rain Man« , en 1988, « Hot Shots ! » en 1991, « The Indian Runner » en 1991. En 2010, elle réalise un court métrage, « Amandino e il madre« . « Miele » est son premier long métrage comme réalisatrice.
Le sujet : Irène vit seule dans une maison au bord de la mer non loin de Rome. Son père et son amant la croient étudiante. En réalité, sous le nom de code MIELE, elle aide clandestinement des personnes en phase terminale à mourir dignement en leur administrant un barbiturique puissant. Un jour elle procure une de ces doses mortelles à un nouveau « client », Monsieur Grimaldi. Elle découvre cependant quʼil est en parfaite santé mais quʼil veut mettre fin à ses jours, ayant perdu goût à la vie. Bien décidée à ne pas être responsable de ce suicide, elle va tout faire pour l’en empêcher.
La critique : Présenté à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, « Miele » est le premier film de Valeria Golino, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’a pas choisi la facilité en s’attaquant au thème de l’euthanasie, qui plus est dans un pays où s’exerce encore autant l’influence du Vatican. Le scénario ne se rapporte pas comme de nombreux premiers films à une histoire personnelle portée depuis des années ; il s’agit de l’adaptation d’un roman intitulé « Vi Perdono » d’Angela del Fabbro, qui comme Miele, s’avéra être un pseudonyme dissimulant un auteur connu en Italie, Mauro Covacich.
Ce thème de l’euthanasie a été traité récemment dans deux films français : « Rendez-vous avec un Ange« , de Sophie De Daruvar et Yves Thomas, et « Quelques Heures de Printemps« , de Stéphane Brizé. Dans le premier, ce thème se diluait derrière l’histoire du délitement du couple d’Isabelle Carré et de Sergi Lopez ; dans le second, il était abordé du point de vue de l’entourage d’une personne malade qui décide de faire le voyage en Suisse où cette pratique est réglementée. La force du film de Valeria Golino, c’est de traiter ce sujet du point de vue de celle qui administre le produit létal.
Point de vue est d’ailleurs un terme inapproprié, puisqu’on ne sait rien des motivations d’Irène, alias Miele, à exercer cette « activité », comme la nomme faute de mieux Monsieur Grimaldi. Le film débute par un plan fixe sur une porte vitrée au verre dépoli, derrière laquelle on devine une calme agitation. Puis la porte s’ouvre, et apparaît Miele qui enlève des gants chirurgicaux, et qui, suivie par un traveling arrière, marche d’un pas d’automate dans le long couloir de cet appartement avant de sortir un MP3 et de s’effondrer sur une chaise. Par la suite, on assistera au rituel qu’exerce cet ange de la mort programmée, et on comprendra en la voyant mettre des gants en latex qu’elle vient d’administrer le barbiturique vétérinaire à un de ses patients, à moins qu’on ne doive dire client ?
Car cette activité est la seule qu’exerce Irène, qui fait croire à son entourage qu’elle est étudiante. Elle se fait payer, il faut dire que le flacon à tête de labrador a un coût, puisqu’elle doit se fournir au Mexique. Pourquoi a-t-elle choisi cette vie de clandestinité, symbolisée par sa double identité contenue dans le titre ? Est-ce une motivation mercenaire, comme lui balance au visage la sœur d’un de ses « clients » au moment de la payer ? Est-ce un effet de la mort de sa mère dix ans plus tôt, dont on ne saura rien, exceptée une évocation fugace sur fond de neige, digne de « La Maison du Docteur Edwardes » ? La colère qui s’empare d’elle quand elle s’aperçoit que Monsieur Grimaldi a une santé de fer et sa volonté farouche d’empêcher son suicide montre qu’elle a bien une éthique, cadrée par les « règles » auxquelles elle fait si souvent référence.
Quoi qu’il en soit, « Miele » impressionne pour un premier film par sa maîtrise, tant narrative que formelle. Une très belle photographie contrastée et dans les teintes froides, un indéniable sens de la composition et du montage interne permettent de mettre à distance l’émotion facile, comme l’illustre le passage au plan large lors de l’absorption de la potion, et servent d’écrin au jeu intense et énigmatique de Jasmine Trinca, vue dans « La Chambre du Fils » (où elle s’appelait déjà Irène) et « Romanzo Criminale« . Dans la suggestion et non dans la démonstration, « Miele » apporte bien plus de questions que de réponses, et n’est-ce pas là le rôle exact du cinéma ?
Cluny
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