Critique initialement publiée le 28 septembre 2013
Film américain de Ron Howard

Interprètes : Chris Hemsworth (James Hunt), Daniel Brühl (Niki Lauda), Olivia Wilde (Suzy Miller), Alexandra Maria Lara (Marlene Lauda)
Durée : 2 h 03
La note : 7/10
En deux mots : Quand il s’agit de filmer des duels historiques, Ron Howard semble trouver le souffle épique nécessaire qui lui manque dans ses fictions.
Le réalisateur : Né en 1954 dans une famille de comédiens, Ron Howard joue son premier rôle à 18 mois. Richie Cunningham dans « Happy Days » de 1974 à 1980, il passe à la réalisation en 1976, et rencontre son premier succès avec « Cocoon » en 1985, suivi notamment de « Backdraft » (1990), « Appolo 13 » (1995), « Ed TV » (1999), « The Grinch » (2000). En 2001, il obtient l’oscar du meilleur réalisateur avec « Un homme d’exception« . Il est choisi en 2006 pour réaliser l’adaptation du « Da Vinci Code« . Il tourne aussi « Frost/Nixon, l’heure de vérité » en 2009.
Le sujet : En 1970, le pilote de Formule 3 anglais James Hunt rencontre pour la première fois l’espoir autrichien Niki Lauda. Ils sont à l’opposé l’un de l’autre : Hunt est issu de l’aristocratie et brûle la vie par les deux bouts, séducteur et provocateur ; Lauda vient d’une lignée d’hommes d’affaires et calcule tout, réussissant à s’imposer dans les équipes BRM puis Ferrari grâce à son talent de metteur au point et à un emprunt conséquent. Après le premier sacre mondial de Lauda en 1975, l’année 1976 voit l’opposition des deux hommes pour la conquête du titre.
La critique : Parmi mes nombreux vices, il en est un que je n’ai pas encore avoué aux lecteurs de ces critiques : je suis, ou plutôt, j’ai été un passionné de Formule 1, du genre à réciter dans l’ordre les champions du monde : 1950, Guiseppe Farina, 1951, Juan-Manuel Fangio, 1952, Alberto Ascari, 1953, Alberto Ascari… J’avais attrapé le virus lors du grand Prix de Monaco 1970, lorsque la remontée de la Lotus de Jochen Rindt avait poussé dans le dernier tour le leader Jack Brabham à s’envoyer dans le rail. C’est dire si le souvenir du duel entre Niki Lauda et James Hunt reste présent dans ma mémoire, et c’est donc avec curiosité que je suis allé voir ce film réalisé par un Américain sur ce sport si européen, à l’image d’un Clint Eastwood s’intéressant dans « Invictus » à ce football américain sans casque et sans combinaisons alambiquées qu’on appelle le rugby.
Il faut dire que les bons films sur le sport automobile ne sont pas légions. Soit le réalisateur s’attache avant tout à mettre en valeur les images de course, et on se retrouve avec un scénario de la minceur d’une feuille de papier à cigarette comme « Le Mans » (1970) ou « Michel Vaillant » (2003), soit il prend le milieu de la course comme un prétexte et ça nous donne des comédies sentimentales à l’eau de rose, le pilote de Formule 1 ayant forcément un cœur d’artichaut comme dans « Bobby Deerfield » (1975) ou « Grand Prix » (1966). En choisissant de partir d’une histoire vraie, et notamment en s’appuyant sur l’autobiographie de Niki Lauda, Ron Howard a trouvé le bon équilibre : une histoire solide, la rivalité de deux hommes que tout oppose, dans un contexte précis, celui de la formule 1 du début des années 70 qui vit mourir -entre autres- Jochen Rindt, Pedro Rodriguez, Jo Siffert, François Cevert, Peter Revson et Mark Donohue, ce que souligne James Hunt quand il explique : « Plus on frôle la mort, plus on se sent vivant« .
Première réussite du film, celle de parvenir à nous intéresser pendant deux heures à l’évolution de la rivalité entre ces deux hommes, préfiguration de cet autre duel mythique entre le flambeur et le professeur, celui entre Ayrton Senna et Alain Prost. James Hunt se force à vomir avant chaque course, puis se rince la bouche au champagne. Célèbre pour ses conquêtes féminines, il traverse les paddocks pieds nus, en t-shirt et les cheveux longs. Ce jouisseur flamboyant ne pouvait avoir que du mépris pour le petit Autrichien calculateur et froid, qui roule comme une mamie sur la route à partir du moment où il n’a pas un rendez-vous urgent. Daniel Brühl (nom ironique quand on sait ce qui arrive à Niki au Grand Prix d’Allemagne !) incarne avec un rigueur toute germanique le triple champion du monde, affublé d’une prothèse dentaire qui lui donne le sourire qui justifiait de surnom de « rat » que lui a attribué James Hunt dès leur première rencontre.
Autre réussite, la façon de filmer les courses. En 1970, Steeve McQueen, acteur et producteur du film « Le Mans » avait impressionné en plaçant des caméras partout sur le circuit et dans les voitures. Depuis, la réalisation de la télédiffusion des grands prix a vulgarisé ce type d’images, et il fallait inventer un nouveau langage pour parvenir à encore impressionner. C’est ce qu’a fait Ron Howard, en plaçant des caméras partout, dans la chambre de combustion des cylindres, sur le pédalier, à l’intérieur de la visière du casque, et en jouant sur un montage ultra découpé qui fait la part belle aux sensations qui font la force de la formule 1, bruit, odeurs, vibrations. Avec « Appolo 13 » et « Frost/Nixon, l’heure de vérité« , « Rush » est sans doute une des meilleurs films de Ron Howard, définitivement plus inspiré quand il s’agit de magnifier une réalité des seventies que de mettre en images un polar ésotérique.
Cluny
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