JIMMY P. (PSYCHOTHERAPIE D’UN INDIEN DES PLAINES)

Critique initialement publiée le 12 septembre 2013

Film français de Arnaud Desplechin    

Interprètes : Mathieu Amalric (Georges Devereux), Benicio Del Toro (Jimmy Picard), Gina McKee (Madeleine).

Durée : 1 h 56  

La note : 5/10

En deux mots : Trop d’artifice dilue l’intérêt initial d’un projet original.

Le réalisateur : Né en 1960 à Roubaix, Arnaud Desplechin est diplômé de l’Idhec dans la section « réalisation et prises de vues ». Il commence comme directeur de la photographie avant de réaliser en 1991 son premier moyen métrage, « La Vie des Morts« , qui reçoit le Prix Jean Vigo. Son premier long, « La Sentinelle« , est présenté en compétition à Cannes en 1992. Suivent « Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) » (1996), « Esther Kahn » (2000, tourné en anglais), « Léo en jouant « Dans la Compagnie des Hommes » (2004), « Rois et Reines » (2004), et son premier documentaire, « L’Aimée » (2007). En 2008, il présente à Cannes « Un Conte de Noël« .

Le sujet : Indien de la tribu des Blackfeet, Jimmy Picard est blessé en France pendant la seconde guerre mondiale. Victime de migraines et d’étourdissements, il perd son travail et sombre dans l’alcool. Sa grande sœur qui l’héberge le conduit à Topeka dans un hôpital pour vétérans, où tous les examens démontrent qu’il n’y a rien de physiologique. Le Dr Menninger, chef de la clinique, fait alors appel à un anthropologue et analyste français, Georges Devereux.

La critique : Je n’ai jamais été un grand fan d’Arnaud Desplechin, assez symptomatique à mes yeux d’un certain cinéma intellectuel et nombriliste adulé par la critique française et superbement ignoré par le reste du monde. Pourtant, le sujet et la démarche de ce « Jimmy P. » me tentait lors de sa présentation à Cannes au printemps dernier. Le sujet, l’adaptation du livre « Psychothérapie d’un Indien des Plaines » de Georges Devereux, un des fondateurs de l’ethnopsychanalyse, semblait une gageure séduisante ; quant à la démarche, elle était le produit de conditions externes : la limitation du budget américain obligeait Arnaud Desplechin à la simplicité, et notamment à renoncer à son habitude de multiplier les prises.

Simplicité formelle, donc, pour un sujet extrêmement complexe, à savoir résumer en moins de deux heures les 80 séances conduites par Georges Devereux, tout en les inscrivant dans les histoires des deux hommes. L’histoire de Jimmy nous est située par l’ouverture du film, qui nous montre une de ses crises d’étourdissement dans le ranch de sa sœur, puis son arrivée au Winter Veterans Hospital de Yopeka, avant d’être illustrée à coup de flashbacks au fur et à mesure de son analyse. L’histoire de Georges Devereux nous est juste suggérée par quelques échanges avec Karl Menninger ou Madeleine, tel son origine juive roumaine ou sa non-reconnaissance par les institutions psychanalytiques françaises.

Seulement voilà, une analyse, c’est beaucoup de paroles, et encore plus de silences. Comment donc maintenir l’intérêt pendant presque 120 minutes sur une telle matière, quand bien même les méthodes de Devereux sont bien plus interventionnistes que celles d’un lacanien moyen ? Devant cette contrainte consubstantielle à l’idée même d’analyse, Desplechin a choisi de fractionner le récit, intercalant entre les séances des petits événements censés décrire la condition des Indiens, la morne vie des pensionnaires du centre ou la vie sentimentale de Devereux, et d’illustrer les moments forts de l’analyse par des flashbacks où il fait jouer une même scène de l’enfance par différents acteurs représentant Jimmy, procédé qui ne fonctionne pas, parce qu’insuffisamment assumé.

Ce fractionnement et cette illustration n’allègent pas le récit psychanalytique, ils se contentent de le diluer et de faire diversion d’un essentiel déjà compliqué à saisir. Et puis, la volonté de vérisme a poussé les deux acteurs à composer leurs personnages dans le sens de la performance chère aux candidats aux Oscars : Benicio Del Toro a travaillé avec des véritables Blackfeets pour saisir leur accent, et Mathieu Amalric a travaillé avec un coach hongrois pour attraper un accent d’Europe Centrale. Résultat, cet artifice supplémentaire finit de distraire du propos et de donner une impression de théâtralité exagérée ; cette mise à distance ne produit finalement qu’un ennui larvé devant un double sentiment de répétition et de subterfuge, qui explique certainement l’accueil très moyen du film à Cannes.

Cluny

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