MAGIC MAGIC 

Critique initialement publiée le 1er septembre 2013

Film américano-chilien de Sebastian Silva      

Interprètes : Juno Temple (Alicia), Michael Cera (Brink), Emily Browning (Sara), Catalina Sandino Moreno (Barbara)

Durée : 1 h 37  

La note : 5/10

En deux mots : Idée intéressante, mais le personnage principal nous maintient à distance de son processus d’immersion dans la folie.

Le réalisateur : Né en 1979, Sebastian Silva a suivi une école de cinéma à Santiago, avant d’étudier l’animation à Montréal. Peintre, il expose ses œuvres et fonde un groupe de musique, CHC. En 2007, il réalise son premier film, « La Vida me mata« , suivi en 2009 de «  La Nana » et « Les Vieux Chats« . Il a aussi été assistant réalisateur sur « Babel » et « À la Merveille« .

Le sujet : Étudiante californienne, Alicia vient rejoindre sa cousine Sara au Chili. Avec le copain de Sara, la sœur de ce dernier et un ami américain qui vit au Chili, ils partent au Sud à 12 heures de route de Santiago dans une maison de campagne sur une île loin de tout. À peine arrivée, Sara doit repartir, laissant Alicia désemparée au milieu de ces gens qu’elle ne connaît pas. Progressivement, elle se sent rejetée et perd le contact avec la réalité.

La critique : Sebastian Silva a raconté s’être inspiré de l’histoire de deux Chiliennes parties en vacances au Brésil où l’une a commencé à développer des signes de schizophrénie sans que personne ne s’en aperçoive. Sujet intéressant, et dans le prolongement de « La Nana« , qui déjà portait sur une forme d’enfermement ; en choisissant cette maison sur une île perdue au milieu de nulle part, il s’offre même un huis clos des grands espaces, les balades des adolescents se terminant immanquablement par cette maison qui apparaît d’abord comme un refuge pour progressivement devenir une sorte d’Amityville mentale pour Alicia.

Quand elle arrive à Santiago après plusieurs heures de vol depuis la Californie, Alicia tombe sur la petite troupe prête à partir, et sa demande légitime de prendre une douche contrarie ses futurs colocataires qui la cataloguent d’emblée comme l’empêcheuse de s’éclater entre potes. Ces plans de la première rencontre sont filmés à hauteur de taille, et les têtes n’apparaissent qu’au bout d’une trentaine de secondes, teasing du processus de perte d’identité que va subir Alicia. L’arrivée dans le Sud du Chili est filmée à travers le regard d’Alicia qui voit défiler les arbres le long de la route, qui prennent petit à petit un aspect inquiétant, comme des gibets, entourés de vols de corbeaux.

Quand Alicia se plaint de la musique, Barbara lui enjoint de mettre un CD de son choix ; ne connaissant pas les disques, elle met le premier venu qui déplait aussi tôt à la conductrice, et reste bloqué en lecture : comme dans de nombreux films d’horreur, les objets ne font pas ce qu’il est prévu qu’ils fassent, et même s’il est normal qu’une carabine tue un oiseau, quand Brink en abat un, c’est la stupeur qui s’empare de la petite troupe. Sebastain Silva s’est visiblement amusé à jouer avec les codes des films d’horreur adolescents du type « Scream » et « Souviens-toi l’été dernier« , mais l’intérêt du projet réside dans l’ambigüité du processus de perte de contact d’Alicia avec la réalité : est-elle vraiment la tête de Turc du groupe, ou bien se construit-elle dans sa tête tous ces signes qui la pousse vers la folie ?

Projet intéressant, mais qui n’atteint jamais son but. Alors que tous les ingrédients sont là pour faire un film à la « Rosemary’s Baby« , la sauce ne prend jamais. La faute au personnage d’Alicia lui-même, joué par Juno Temple (« Kaboom« , «  Killer Joe« ), petite musaraigne effarouchée qui est tellement peu agréable qu’on finit par ne ressentir aucune empathie pour elle, juste de l’agacement, puis du désintérêt pour terminer par de l’ennui. Soit il s’agit de montrer les phénomènes de groupe qui peuvent amener à la mise à l’écart et à la victimisation d’un de ses membres, soit il s’agit de décrire un processus mental d’auto-isolement, mais cette entre-deux ne fonctionne ni dans un registre, ni dans l’autre.

Michael Cera (« Juno« ) avait été engagé pour jouer dans un autre film de Sebastian Silva tourné à la même époque au Chili, « Crystal Fairy« . C’est lui qui a insisté pour jouer le rôle de Brink, prenant des cours intensifs d’espagnol parce qu’il était important que son personnage maîtrise la langue afin de participer au processus d’exclusion linguistique d’Alicia. Insistance justifiée, car il est parfait dans le rôle du gars qui est soulagé de trouver plus boulet que lui dans un groupe. Mais cela ne suffit pas à sauver ce « Magic Magic » qui bénéficie pourtant de la superbe photographie de Christopher Doyle d’un processus de mise à distance qui frappe le spectateur en même temps qu’Alicia, et il n’y a malheureusement pas de guérisseur mapuche pour tenter de nous tirer de là !

Cluny

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