Critique initialement publiée le 31 août 2013
Film belge de Felix Van Groeningen

Interprètes : Johan Heldelberg (Didier), Veerle Baetens (Elise ), Nell Cattrysse (Maybelle).
Durée : 1 h 52
La note : 6/10
En deux mots : Mélodrame parfois pesant, sauvé par la musique Bluegrass qui apporte les respirations nécessaires.
Le réalisateur : Né en 1977 à Gand, Felix Van Groeningen est titulaire d’une licence de cinéma de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Gand. Son film de fin d’étude « 50 CC » attire l’attention du producteur Dirk Impens, et il réalise plusieurs courts métrages avant de tourner son premier long métrage en 2004, « Steve + Sky« , suivi en 2007 de « Dagen Zonder Lief« . Il est aussi metteur en scène de théâtre. En 2010, il présente « La Merditude des Choses » à la Quinzaine des Réalisateurs.
Le sujet : Didier est fermier et joueur de banjo dans un groupe de bluegrass, Elise tient un salon de tatouages. Ils se rencontrent, et ils ont une petite fille, Maybelle. Quand celle-ci atteint ses six ans, on lui découvre un cancer. La lutte contre la maladie s’engage.
La critique : Moi qui pleure chaque fois à la mort de la mère de Bambi, comment se fait-il que je ne sois pas enthousiasmé par le nouveau film de l’auteur de « La Merditude des Choses » à l’instar de la plus grande partie de la critique et des spectateurs d’Allociné ? Alors qu’il y a tous les ingrédients pour faire un grand film : une histoire poignante, une construction assez savante, un contexte original et deux acteurs formidables, pourquoi suis-je ressorti de la salle avec l’empreinte plus appuyée de mon agacement que de l’émotion que j’ai quand même ressentie à trois ou quatre moments du film ?
La mort d’un enfant est un sujet casse-gueule, car on ne pardonne pas l’émotion facile, en tous les cas pas moi, il suffit de se remémorer ma critique de « Du Vent dans mes mollets« . Quand on ajoute à ce qui est sans doute le summum de la douleur l’impossibilité du deuil, le refus de l’idée qu’il n’y aurait rien après et la déréliction qui creuse le fossé au sein du couple des parents, on comprend que Felix Van Groeningen n’a pas choisi la facilité, et qu’on ne peut devant un tel sujet qu’enclencher le détecteur à facilités lacrymales.
Bilan, le détecteur s’est bien déclenché, mais pas forcément là où on l’attendait. Les scènes se déroulant à l’hôpital sont traitées avec pudeur, avec des ellipses subtiles et bienvenues sur les moments déterminants, comme l’annonce de la maladie ou l’issue du combat, et le chant « Go Sleep You Little Baby » entonné a capela par le groupe de Didier et Elise lors des obsèques de Maybelle produit l’effet attendu, le choix d’un plan fixe large rendant possible la sincérité de l’émotion de l’instant. Cela dit, la scène finale tombe à plat, bis repetita…
Non, les facilités sont plus dans les à-côtés, comme la scène étirée à l’infini du chagrin de Maybelle devant la mort de l’oiseau, qui deviendra un fil rouge dans l’histoire de l’implosion du couple de Didier et d’Elise, ou dans la violence surjouée de la colère de Didier qui s’oppose au désespoir d’Elise. Il y avait pourtant une idée là-dessous, la contradiction entre la fascination de Didier pour l’Amérique, ce « pays de rêveurs » et la réalité du dogmatisme néo-conservateur de Bush qui retarde la recherche sur les embryons, mais la volonté de monter cette colère comme le morceau de bravoure du film rend le propos bien pesant.
Le choix de placer l’intrigue dans ce milieu des amateurs flamands de musique bluegrass s’avère par contre très judicieux, parce qu’il permet de donner des ponctuations musicales qui trouvent toute leur place dans le récit et apporte une légèreté bienvenue dans une histoire souvent plombante, mais aussi par ce que ça nous dit aussi des deux héros, conformistes anticonformistes, à la marge de leur société et tentant de vivre un ailleurs rêvé. Entre « La Chambre du Fils » et « Walk the Line« , « Alabama Monroe » aurait pu être le film qu’il prétend être avec un peu plus de courage au montage : vingt minutes de moins et quelques scènes raccourcies ou supprimées.
Cluny
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