GRAND CENTRAL

Critique initialement publiée le 28 août 2013

Film français de Rebecca Zlotowski    

Interprètes : Tahar Rahim (Gary), Léa Seydoux (Karole), Olivier Gourmet (Gilles), Denis Menochet (Toni).

Durée : 1 h 34  

La note : 4/10

En deux mots : L’amour est une contamination dangereuse, métaphore lourdingue et vide typique d’un certain cinéma de la FEMIS. 

La réalisatrice : Née en 1980 à Paris, Rebecca Zlotowski est agrégée en lettres modernes avant d’intégrer en 2003 la section scénario de la FEMIS. Son projet de fin d’études, le long métrage « Belle Epine » reçoit en 2003 le Prix Louis Delluc, et vaut à Léa Seydoux une nomination au César du meilleur espoir féminin.

Le sujet : Habitué aux petits boulots, Gary est embauché dans la société qui assure la sous-traitance de la maintenance d’une centrale nucléaire de la vallée du Rhône. Il intègre l’équipe de Gilles et s’installe dans une caravane au milieu d’eux. Il entame vite une liaison avec Karole, la compagne de Toni, le second de Gilles.

La critique : La rentrée 2013 n’aura pas été longue à m’offrir son premier emballement critique non-justifié : « Martingale gagnante » pour Les Inrocks, « Très beau film où se conjuguent avec bonheur la modernité harassante du labeur et l’éternité exaltante des sentiments » selon Marianne, « On n’avait assurément pas vu pareil mélange d’inertie fiévreuse et de trouble lyrisme depuis « La Fidélité » de Zulawski » pour les Cahiers du Cinéma, « Réalisatrice pétrie de talent » à lire 20 minutes…Il faut dire que la réalisatrice a tout pour plaire : sortie de la FEMIS, premier film couronné par le Prix Louis Delluc, sujet original mélangeant peur du nucléaire et plongée naturaliste dans le lumpen-prolétariat, voilà de quoi encanailler la critique parisienne !

Je n’avais pas vu « Belle Epine » à sa sortie, déjà rebuté par la bande-annonce laissant deviner la énième déclinaison du premier film sur la prise de risque adolescente, entre « Les Nuits fauves » et « À nos amours« , impression confirmée par la vision du film lors de son passage sur Canal +, mais aussi sensible à l’incandescence du jeu de Léa Seydoux. Il y avait déjà cette volonté de décrire de façon très littéraire, mais avec les artifices du cinéma d’aujourd’hui, le mode de vie des laissés-pour-compte de la société. Là, il s’agissait des prolos qui allaient claquer leur oseille le samedi soir sur le circuit Carole ; dans son nouveau film, c’est après avoir lu « La Centrale » d’Elisabeth Filhol que lui est venue l’idée de s’intéresser aux obscurs et aux sans-grades du nucléaire, ces intérimaires employés par des sociétés de sous-traitance pour décontaminer les centrales afin de permettre à l’aristocratie ouvrière d’EDF d’intervenir.

La dimension documentaire du film n’est pas inintéressante : les protocoles très stricts de sécurité, mais qui, en faisant peser une menace de perte d’emploi en cas d’exposition aux radiations, conduisent les employés à tricher, ou le travail d’équipe avec une hiérarchie très marquée, dans la lointaine lignée du compagnonnage. Rebecca Zlotowski est allée tourner en Autriche, dans une véritable centrale nucléaire qui n’a jamais été mise en marche et qui sert à l’entraînement des équipes d’entretien, et le choix du numérique pour les scènes dans la centrale en opposition au 35 mm pour les scènes centrées sur le couple de Gary et de Karole renforce cet aspect documentaire.

La réalisatrice a visiblement été fascinée par la solidarité communautaire de ces travailleurs précaires, traités comme dans les films américains auxquels elle se réfère, tel « Les Indomptables« , de Nicholas Ray, évoqué par la présence d’un rodéo mécanique dans le rade où se retrouvent les héroïques prolos, métaphore pachydermique des risques pris quotidiennement. Cette description de la rudesse des relations entre ces petites mains du nucléaire se concentre dans le jeu caricatural d’Olivier Gourmet, d’habitude bien meilleur, mais qui sonne aussi juste que celui de Charles Vanel et d’Yves Montand dans « Le Salaire de la Peur« , c’est dire…

Mais en plus, Rebecca Zlotowski et sa coscénariste Gaëlle Macé ont voulu greffer une histoire fictionnelle sur ce background teinté de néoréalisme social, en jouant là encore avec une lourdeur appuyée sur l’analogie entre la « dose » de radiation à laquelle sont exposés tous les protagonistes, et la toxicité de la relation adultère de Karole avec Gary. On n’y croit pas une seconde, malgré la présence électrique de Léa Seydoux, et l’absence de véritable idée de scénario étire le récit qui se répète, tant dans l’enjeu amoureux que dans les risques professionnels, deux trajectoires que l’on sait sans espoir dès les premières minutes. Comme Rebecca Zlotowski réduit ses choix de réalisation aux plans serrés en longues focales agrémentés de quelques ralentis, l’ennui nous contamine bien vite, et pas besoin de dosimètre pour s’en rendre compte !

Cluny

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