Critique initialement publiée le 24 août 2013
Film français de François Ozon

Interprètes : Marine Vacht (Isabelle), Géraldine Pailhas (Sylvie), Frédéric Pierrot (Patrick), Charlotte Rampling (Alice).
Durée : 1 h 34
La note : 8/10
En deux mots : Nouvelle plongée de François Ozon dans le mystère de l’adolescence, portée par une actrice très prometteuse.
Le réalisateur : Né en 1967 à Paris, François Ozon intègre la FEMIS en 1990 et rédige une maîtrise sur Pialat. Il réalise de nombreux courts métrages, avant de tourner son premier long en 1998 « Sitcom« . Il enchaîne ensuite « Les Amants Criminels » (1999), « Gouttes d’eau sur une pierre brûlante » (2000), « Sous le sable » (2001), « 8 Femmes » (2002), « Swimming Pool » (2003), « 5×2 » (2004), « Le Temps qui reste » (2005) et « Angel » (2007), « Ricky » (2009), « Le Refuge » (2010), « Potiche » (2010) et « Dans la Maison » (2012).
Le sujet : Isabelle vient d’avoir 17 ans. Elle fait pour la première fois l’amour avec Félix, une rencontre de vacances. A son retour à Paris, elle commence à se prostituer après le lycée, retrouvant des hommes riches qui la contactent via internet et son portable. Jusqu’au jour où un événement va tout faire basculer…
La critique : François Ozon est un des réalisateurs les plus prolixes et les plus intéressants du cinéma français contemporain. Pas étonnant qu’il soit avec Jean-Pierre Jeunet le seul réalisateur hexagonal à figurer dans le dernier chapitre de l’ »Histoire du Cinéma » du National Geographic. Dans une filmographie débutée il y a seulement quatorze ans figurent des films de genres très différents, comédie musicale, fantastique, drame psychologique, pure comédie… Avec « Jeune & jolie« , il poursuit dans la lignée des films du type « Swimming pool » ou « Dans la Maison« , dont il dit que c’est le plaisir de tourner avec des acteurs adolescents qui l’a poussé vers ce projet consacré cette fois à une fille de cette tranche d’âge.
Même s’il s’est très sérieusement documenté sur la question de la prostitution occasionnelle chez les étudiantes, notamment auprès du psychanalyste Serge Hefez à qui il fait jouer justement le rôle du psy que doit voir Isabelle, ce serait un contresens de dire que le sujet de son film porte sur cette question. D’ailleurs, dans le cadre du découpage du film en quatre chapitres correspondant aux quatre saisons, on retrouve Isabelle à l’automne directement à son premier rendez-vous, et ce n’est que par le biais de l’enquête et de l’analyse qu’on reviendra par la suite sur les raisons qui ont pu pousser la jeune fille à accepter la proposition qu’un homme lui avait faite à la sortie du lycée.
Non, le sujet du film, c’est l’adolescence et le mystère du passage à l’acte. Quand je dis mystère, c’est bien intentionnellement, tant les motivations d’Isabelle semblent insondables, rappelant en cela l’obstination de « La Fille du R.E.R. » de Téchiné. Jeune, incontestablement, et jolie, encore plus incontestablement, la débutante Marine Vacht, visage à la Maïwenn, porte tout le film sur ses épaules, mélange d’une force obstinée et de fractures secrètes. « Jeune et jolie« , c’était le titre d’un mensuel superficiel pour jeunes filles arrêté en 2010. On ne peut pas dire d’Isabelle qu’elle soit superficielle, bien au contraire, puisqu’elle ne laisse pas remonter grand-chose en surface, et que les motivations de son passage à l’acte ne sont qu’évoquées, notamment par la ponctuation apportée par quatre chansons de Françoise Hardy.
À l’été et à la première fois correspond « L’Amour d’un garçon » : « Tu as fait de moi, je le vois bien, tout autre chose« . L’automne et ses premières passes sont illustrés par » À quoi ça sert » : « Si l’on doit se faire mal, c’est la vie qui veut ça, à quoi ça sert de rester seule ? ». L’Hiver et le brutal retour à la réalité est rythmé par « Première rencontre » : « Je restais seule dans ma chambre, rêvant de celui qui viendrait me sortir de l’enfance « . Enfin, le printemps et le début de l’acceptation se chante sur l’air de « Je suis moi » : « Dans la ville je me perds, je m’oublie je m’abandonne. »
Sujet casse-gueule que celui-ci, et pourtant François Ozon le traite avec toute la subtilité requise et même une certaine forme d’élégance. Il n’y a pas une scène de trop dans ce « Jeune & jolie« , et chacune ainsi que chaque ellipse, permet de présenter une facette du mystère d’Isabelle, comme ces commentaires d’élèves d’Henri IV sur le poème de Rimbaud, « Roman » (« On n’est pas sérieux, quand on a 17 ans« ) filmés sur le vif ou ces détails des rencontres avec les clients déclinant toute la gamme des humiliations qu’ils s’obligent à faire subir à Léa/Isabelle. Les différents membres de la famille d’Isabelle, que ce soit sa mère, son beau-père (Frédéric Pierrot, comme toujours excellent) ou son petit frère complice et inquiet sont formidables de justesse. Dans une sélection française pour une fois très riche, « Jeune & jolie » n’a pas pu trouver sa place au palmarès de Cannes, et c’est bien dommage tant Ozon aurait mérité un petit quelque chose, tant pour ce film-là que pour l’ensemble de son œuvre.
Cluny
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