Critique initialement publiée le 22 mai 2013
Film danois de Nicolas Winding Refn
Genre : Drame, Action

Interprètes : Ryan Goslin (Julian), Kristin Scott-Thomas (Crystal), Vithaya Pansringarm (Chang).
Durée : 1 h 30
La note : 5/10
En deux mots : Le brio et la témérité de la forme ne suffisent pas à sauver le film d’un certain ridicule et d’une complaisance renouvelée pour la violence.
Le réalisateur : Né en 1950 à Copenhague, Nicolas Winding Refn quitte le Danemark après ses études secondaires pour aller à New York afin de suivre des cours d’art dramatique. Renvoyé au bout d’un mois pour avoir lancé un bureau en plein cours, il retourne au Danemark où il réalise un court métrage, « Pusher« . Un producteur le remarque et lui permet de le transformer en long métrage en 1996, suivi en 2004 de « Pusher 2 » et en 2005 de « Pusher 3« . Il tourne en 2006 son premier film en langue anglaise, « Valhalla Rising« . En 2009, il réalise « Bronson« , mais c’est avec « Drive » en 2011 qu’il rencontre le succès auprès du grand public.
Le sujet : À Bangkok, Julian, un Américain qui a fui la justice de son pays, tient une salle de boxe thaï qui sert de couverture à un trafic de drogue. Son frère Billy viole et tue sauvagement une très jeune prostituée. Chang, le chef de la police, pousse le père de la victime à se venger et à tuer Billy. Crystal, la mère de Julian, arrive à Bangkok pour rapatrier le corps de Billy. Elle décide de se venger à son tour.
La critique : 5/10, c’est la moyenne. La moyenne entre 8/10 et 2/10, les deux notes extrêmes entre lesquelles j’ai fluctué tout le long du film, et qui différencie ce 5-là de celui que j’attribue souvent aux films sans relief. Car s’il est un reproche qu’on ne peut pas faire à « Only God Forgives« , c’est celui de la médiocrité consensuelle, tant il tranche avec la production moyenne, et justifie à ce titre sa présence à Cannes. Alors, par quoi débuter cette critique ? Par ce qui peut enthousiasmer ou par ce qui finit par exaspérer ? Think positive, commençons par ce qui justifie qu’on ne quitte pas la salle comme j’ai pu l’être tenté une ou deux fois, à savoir une tranquille cohérence dans le too much seventies qui fait de la vision de ce film un voyage sensoriel dans le passé du cinéma.
Pour cadre de sa sombre histoire de vengeances, Nicolas Winding Refn a choisi un Bangkok où s’oppose la blancheur violente de la lumière du jour et les couleurs rouges et noires de la vie nocturne, entre club de boxe thaï, grand hôtel international et claque glauque. Il a fait appel au directeur de la photographie de « Eyes Wide Shut« , Larry Smith et on retrouve des cadres et des travelings typiquement kubrickiens, particulièrement du côté de « Shining« . Une nouvelle fois après « Drive« , la musique est signée Cliff Martinez, le batteur des Red Hot Chili Peppers, qui compose une partition planante au synthé agrémenté de clochettes et de « Tzzziiiinnng » chaque fois que Vithaya Pansringarm dégaine son sabre, c’est-à-dire très souvent.
Nicolas Winding Refn dédie son film à Alejandro Jodorowsky, l’inventeur du western métaphysique, et de fait, on peut qualifier « Only God Forgives » de film de karaté transcendantal ; il raconte être parti de l’idée d’un homme qui décide de se battre contre Dieu, représenté par un chef de la police vengeur et impitoyable : « La foi est fondée sur le besoin de trouver une réponse transcendante alors que, la plupart du temps, nous ignorons quelle est la question. Lorsque la réponse surgit, par conséquent, il nous faut faire un retour complet sur notre vie afin de trouver la question. Ainsi, le film est conçu comme une réponse, mais ce n’est qu’à la fin que la question est révélée. » Diantre ! Je crois encore moins comprendre le film après ça…
Les références ne s’arrêtent pas à Kubrick et Jodorowsky, puisqu’on peut évoquer l’apparition de Kurtz dans « Apocalypse Now« , Wong Kar Wai sur le déplacement félin des personnages accordé sur la musique, et Gaspard Noé, à la fois du côté de « Irréversible » pour la chorégraphie de l’ultraviolence et de celui d’ » Enter The Void » pour l’expérience sensorielle. Si le hiératisme et la composition sulpicienne frise souvent le ridicule (le chef de la police poussant la chansonnette sirupeuse après chaque exécution devant un parterre de policiers statufiés), il y a quelques scènes qui resteront, comme ce règlement de compte dans un club où le sbire de Chang annonce « Mesdames, gardez les yeux fermés, et vous messieurs, regardez bien » avant un déchainement de violence froide filmé à travers les tressautements des filles paupières baissées.
Ryan Gosling réussit à être encore plus ectoplasmique que dans « Drive« , et du coup il laisse une autoroute à Kristin Scott-Thomas, définie par le réalisateur comme un croisement entre Lady McBeth et Donatella Versace, tellement à contre-emploi que j’ai mis une heure à l’identifier, épatante en mère castratrice qui compare la taille des organes de ses fils dans une scène de repas hallucinante.
Mais ce qui finalement me pousse vers une notation très négative, c’est une forme d’échec du projet même du film : annoncé comme une réflexion sur la foi et la place de l’homme face à Dieu, « Only God Forgives » se résume sur l’écran à une suite de scènes plastiquement époustouflantes mais tellement distanciées par une distorsion du rythme, de la musique et du jeu des deux protagonistes principaux et que ne reste à la fin qu’une gêne pesante devant une telle complaisance à filmer la violence, à moins que ce ne soit juste la volonté d’épater le festivalier.
Cluny
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