Critique initialement publiée le 12 août 2013
Film américain de Gore Verbinski

Interprètes : Johnny Depp (Tonto), Armie Hammer (John Reid), Tom Wilkinson (Latham Cole), William Fichtner (Butch Cavendish).
Durée : 2 h 29
La note : 6/10
En deux mots : Jack Sparrow s’est réincarné sous les traits d’un indien coiffé d’un corbeau, les trains remplacent les galions, mais on retrouve le même scénario foutraque, le même humour pas toujours très fin et la même demi-heure de trop.
Le réalisateur : Né en 1964 aux Etats-Unis, Gregor Verbinski obtient une licence de cinéma à l’UCLA. Il réalise de nombreuses publictés, et crée notamment la grenouille de Budweiser. Il tourne son premier long-métrage en 1997, « La Souris », une comédie familiale produite par Dreamworks. En 2001, il réalise « Le Mexicain« , avec Brad Pitt et Julia Roberts. Après avoir signé le remake américain de « The Ring« , il touche le jackpot avec « Pirates des Caraïbes » en 2003, dont il signe les deux suites en 2006 et 2007.
Le sujet : Los Angeles en 1933, Tonto le vieux guerrier indien raconte à un petit garçon l’histoire de sa rencontre avec John Reid, jeune Texas Ranger idéaliste. Le combat qu’ils vont mener tous les deux contre des bandits sanguinaires acoquinés avec des entrepreneurs et des militaires va transformer l’homme de loi en un justicier légendaire.
La critique : Lone Ranger, Naissance d’un héros » est l’adaptation d’une série américaine des années 50, elle-même tirée d’un feuilleton radiophonique créé en 1933, date à laquelle est censé se terminer l’histoire du film. Si les deux personnages de Tonto et de John Reid sont inconnus en Europe, ils font partie de l’inconscient collectif américain, et c’est sans doute là-dessus que comptaient Disney et Jerry Bruckheimer, les producteurs du film, en s’appuyant sur la recette à succès de la franchise « Pirates des Caraïbes« . Las, la sortie US du film a été désastreuse, n’engrangeant que 29 millions de $, alors qu’il a coûté 260 millions, la faute à une mauvaise critique, à moins que ce ne soit le rejet par le public du transfert sur le sol américain de la dérision et du second degré postmoderne de Gore Verbinski.
Car ce western n’est que le décalque de ce qui a fait les qualités et les défauts des aventures de Jack Sparrow : un personnage improbable joué par Johnny Depp, une intrigue alambiquée mélangeant film d’action, fantastique et humour décalé, et un rythme endiablé tenu pendant près de 2 h 30. Cette fois-ci, Johnny Depp s’est réservé le personnage de l’Indien comanche Tonto, et il s’est inspiré pour le créer avec le maquilleur Joel Harlow du tableau de Kirby Sattler, « I’m a Crow« . Banni par son peuple, il sillonne le Texas à la recherche des deux hommes qui ont fait son malheur. Si Tonto est un peu moins lâche que Sparrow, il partage avec le pirate maquillé une face keatonienne et un sens de la réplique à contre-temps.
Mais Johnny Depp se retrouve bien seul, Armie Hammer n’ayant pas, loin s’en faut, l’envergure d’un Orlando Bloom, et ne parlons pas de la jeune première défraîchie Ruth Wilson, qui ne peut rivaliser avec Keira Knightley ou Penelope Cruz ; ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on retrouve plutôt sur l’affiche Helena Bonham-Carter, pourtant créditée d’un rôle secondaire. Sans atteindre le niveau de Geoffrey Rush ou de Jonathan Pryce, William Fitchner en chef de gang cannibale et Barry Pepper en une sorte de Custer abruti sont davantage à la hauteur, mais la distribution reste quand même bien faiblarde.
Gore Verbinski connaît ses classiques, de John Ford à Sergio Leone, à qui il emprunte les longs manteaux, les dialogues interminables et les gros plans sur des trognes patibulaires. Maisil fait surtout du Gore Verbinski en emboîtant scènes d’action sur scènes d’action, dans un toujours plus qui finit par devenir fatigant, et en jonglant d’un registre à un autre, de l’épique au burlesque, du second degré à l’émotion, ce qui finit par donner cette impression de patchwork criard et impersonnel. Reste pour justifier une note finalement pas si mauvaise que ça un côté potache iconoclaste assumé (déclencher la bagarre finale au milieu du Star Spangled Banner, par exemple), que les »Cahiers du Cinéma » inscrivent avec justesse dans la filiation d’un Joe Dante. Enième tentative de remettre au goût du jour le premier genre de film américain après « World Wild West » ou « Cowboys et Envahisseurs« , « Lone Ranger » semble promis au même échec, le dernier western digne de ce nom étant sans doute « Dead Man ».
Cluny
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