Critique initialement publiée le 13 juillet 2013
Film anglo-philippin de Sean Ellis

Interprètes : Jake Macapagal (Oscar Ramirez), Althea Vega (Mai Ramirez), John Arcilla (Ong).
Durée : 1 h 55
La note : 6/10
En deux mots : Troisième film un peu fourre-tout de Sean Ellis, entre documentaire social et polar.
Le réalisateur : Né en 1970 à Brighton, Sean Ellis se passionne dès l’enfance pour la photographie. Il devient photographe de mode dans les années 90, avant de réaliser deux courts métrages : « Left Turn » en 2001, et « Cashback » qui est nommé aux oscars en 2004. Il développe ce dernier pour en faire son premier long métrage en 2007, appelé aussi « Cashback« . Il réalise ensuite en 2008 un film fantastique, « The Broken« .
Le sujet : Oscar Ramirez, sa femme Mai et ses deux filles doivent quitter la province où il travaillait comme fermier devant l’effondrement du prix du riz. La famille arrive à Manille, où ils se font escroquer et se retrouve expulsés et sans un sou. Installés dans un bidonville, ils doivent d’urgence trouver du travail. Mai accepte une place de serveuse dénudée dans un bar, et Oscar se fait embaucher comme convoyeur de fond. là, il est pris en charge par Ong, qui lui trouve un logement et lui apprend le métier.
La critique : Après « Man of Steel« , voici un deuxième film que je vois et dont je découvre au moment d’écrire ces lignes que j’avais déjà critiqué un film du réalisateur. Mais autant l’image du dernier Superman m’avait laissé un goût de déjà-vu moche, autant peu d’éléments de ce « Metro Manila » pouvaient me rappeler « Cashback« , tant les deux films peuvent paraître dissemblables, entre un film conceptuel et arty inscrit dans la réalité britannique, et ce polar à dimension documentaire tourné à Manille, caméra à l’épaule, par Sean Ellis qui écrivait ses dialogues en anglais, les faisait traduire en tagalog par les acteurs et validait la sincérité des scènes sans comprendre cette langue.
Après l’échec commercial de « The Broken« , Sean Ellis a mis quatre ans à monter la production de ce film pourtant à petit budget, moins d’un million de dollars. Il raconte en avoir eu l’idée en 2008 en assistant à une rixe d’une très grande violence en pleine rue entre deux convoyeurs de fonds, et c’est une évidence que la violence sous-tend tout le film : violence sociale d’abord, dans une première partie quasiment documentaire, où nous suivons les péripéties de la gentille famille qui se voit chassée de sa terre, incapable de racheter des graines après avoir vendu sa récolte de riz 2 cents le kilo, alors que l’année d’avant on la lui avait achetée à 10 cents. Arrivés à Manille, ils trouvent un logement minuscule pour 1200 pesos, toute leur fortune, avant de s’en faire expulser le lendemain par la police, le soi-disant loueur n’étant qu’un escroc qui avait profité de la vacuité provisoire du logement.
Cette violence de l’exploitation se retrouve à tous les niveaux, que ce soit la tenancière du bar à l’escort girl qui reproche à Mai son manque d’entrain, et qui voyant sa fille de 9 ans, lui offre une deuxième chance si elle accepte de la mettre elle aussi au « travail », celle du patron de l’agence de transport de fonds qui envoie le coéquipier informer la veuve du décès d’un convoyeur, avec ses effets personnels et quelques billets, ou encore celle des lumpens qui s’escroquent ou se volent le travail entre eux. Il y a une dimension documentaire, non seulement dans le sujet, mais aussi dans la façon de filmer, d’aller saisir des détails comme on place des plans de coupe dans une interview.
Mais la violence est aussi au cœur du scénario, inspiré de « Training Day » que Sean Ellis résume ainsi : « Un type expérimenté prend sous son aile un bleu et le manipule« . Le film bascule alors dans un polar poisseux où la fatalité du pire se referme sur le père de famille honnête, seul de cette espèce dans un océan de turpitudes. Cette partie est moins réussie que la première, la dimension purement philippine de l’histoire laissant la place à des situations et des personnages plus habituels dans ce genre d’exercice. C’est d’ailleurs sans doute le seul point commun entre « Cashback » et « Metro Manila« , l’absence d’unité de style, ici le mélange des genres entre documentaire, polar, chronique sociale et mélodrame finissant par vouloir trop en dire. Néanmoins, ce troisième film de Sean Ellis ne laisse pas indifférent par la fenêtre qu’il ouvre sur les bidonvilles de Manille, même s’il n’échappe pas parfois à un regard d’occidental sur la misère du (tiers) monde, quelque part entre « La Cité de Dieu » et »Slumdog Millionaire« .
Clunyl
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