LA MARQUE DES ANGES MISERERE

Critique initialement publiée le 29 juin 2013

Film français de Sylvain White    

Genre : Thriller

Interprètes : Gérard Depardieu (Lionel Kasdan), JoeyStarr (Franck Salek), Héléna Noguerra (Angela Colson), Thierry Lhermitte (Vernoux).

Durée : 1 h 46  

La note : 4/10

En deux mots : Adaptation poussive du roman de Grangé, une de plus.

Le réalisateur : Né en 1971 à Paris d’un basketteur américain et d’une hôtesse de l’air française, Sylvain White étudie le droit à la Sorbonne avant de poursuivre ses études au Pomona Collège de Los Angeles. Il écrit pour Spike Jonze et Michel Gondry. Il réalise son premier long métrage en 2005, « Three : The Escort« , suivi de « Souviens-toi l’été dernier 3 » (2006), « Steppin’ » (2007) et « The Losers » (2010).

Le sujet : À Paris, Lionel Kasdan, commissaire de la BRI à la retraite, est appelé par le curé de sa paroisse pour mener sa propre enquête sur le meurtre du chef de chœur, un Chilien nommé Goetz retrouvé les tympans percés dans l’église. De son côté, Franck Salek, agent d’Interpol, se voit menacé de suspension à cause de sa violence alors qu’il mène une enquête sur une affaire de kidnapping d’enfants. Rapidement, leurs enquêtes vont se croiser et ils vont devoir collaborer.

La critique : Je le confesse, j’aime bien Jean-Christophe Grangé. Bon, d’accord, ce n’est pas de la grande littérature, et il a tendance à appliquer systématiquement la même recette : deux enquêteurs que tout oppose, une affaire aux ramifications multiples mêlant adroitement sujets d’actualité, face sombre de l’histoire et un soupçon d’ésotérisme, mais ça se lit facilement et c’est le genre de bouquin qu’on dévore d’une traite en vacances, avec l’envie de parvenir au dénouement. Assez logiquement, l’imagination à l’américaine de Grangé a vite intéressé les producteurs français, et « Miserere » est le sixième passage à l’écran d’un de ses scripts, si on prend en compte « Les Rivières pourpres 2 » d’Olivier Dahan, écrit spécialement pour le cinéma et bien raté (Ah, les hormones de guerre nazies qui transforment des moines en Tortues Ninja !!!) et « Le Vol des Cigognes » tourné par Jan Kounen pour Canal + et que je n’ai pas vu.

La seule adaptation qui a tenu ses promesses est celle de Kassovitz, « Les Rivières Pourpres« , et ce malgré un fin en queue de poisson. Les autres, « Le Concile de Pierre » de Guillaume Nicloux et « L’Empire des Loups » de Chris Nahon étaient déjà tombées dans le piège de l’adaptation de ce style de roman : photographie glauque, musique à la Eric Serra et jeu d’acteur tout en crispation de mâchoires. Je dis « déjà », car c’est malheureusement de ce même syndrome que souffre le film de Sylvain White, et qui montre qu’un projet de producteur ne peut parvenir à une œuvre de cinéma s’il n’y a pas une appropriation farouche de l’histoire par le réalisateur, comme ce fut le cas pour Mathieu Kassovitz. Je parle de recette de producteur, car on retrouve pour ces trois films la même démarche : miser sur des acteurs réputés bankables (Depardieu prend la place de Reno, JoeyStarr celle de Cassel), choisir un jeune réalisateur au style américain, et découper le roman au sécateur pour en faire un scénario.

Sauf que quand on lit que le chant d’un enfant peut tuer, on s’imagine mille images, mais quand on le voit en train de s’époumoner comme un goret, c’est tout simplement ridicule. L’adaptation littérale met à jours les grosses ficelles de l’invraisemblance, et il manque à ce film ce que Kassovitz avait su faire, à savoir recréer visuellement le malaise du campus et suggérer le mal qui se cache derrière par les effets du cinéma, et non par la mise en scène balourde, la palme revenant au repaire hyper sécurisé de la secte néo-nazie tourné dans la salle du comité central du PC déjà utilisée pour «  L’Écume des Jours« , dans lequel Gérard Depardieu se glisse comme dans du beurre et caché derrière un pilier (déjà, ça c’est drôle !), entend les comploteurs raconter tous leurs projets criminels avec le didactisme d’un Olrik dans les planches d’Edgar P. Jacobs.

Et puis surtout, c’est lent et mou du genou, à l’image d’un Depardieu qui se lance dans une poursuite au rythme de Rüdiger Vogler (condamné une nouvelle fois ici à faire « ce qu’il y a de pire pour un acteur allemand, un nazi dans un film français« ) et Jean Dujardin dans « OSS 117 : Rio ne répond plus« . Trop simpliste pour ambitionner le polar psychologique, trop cheap pour lorgner du côté du thriller à l’américaine, « La marque des Anges » tourne à la série B franchouillarde, avec des répliques téléphonés (« C’est beau, n’est-ce pas, la beauté des voix, l’innocence de l’enfance ?« ) et un affrontement mollasson entre le plus grand acteur de la Mordovie et la moitié de NTM qui peinent à donner corps à des personnages stéréotypés, la faute à un montage hypotendu qui étire des dialogues déjà bien pesants. Bref, d’un synopsis potentiellement intéressant, Sylvain White est parvenu à faire un film poussif, prévisible et pour tout dire, bien ennuyeux.

Cluny

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