Critique initialement publiée le 16 juillet 2013
Film français de Reem Kherici

Interprètes : Reem Kherici (Maya), Cécile Cassel (Alex), Tarek Boudali (Tarek), Shirley Bousquet (Emma).
Durée : 1 h 35
La note : 5/10
En deux mots : Les bons sentiments ne font pas les bons films, le retour.
La réalisatrice : Née en 1983 à Neuilly dans une famille d’origine italo-tunisienne, Reem Kherici débute en 2002 sur Fun Radio, avant d’animer une émission sur FunTV. Elle participe avec la Bande à Fifi au Grand Journal de Canal+. Elle joue dans quelques films à partir de 2007, dont « OSS117 : Rio ne répond plus« .
Le sujet : Maya, Marocaine d’origine, vit à Paris depuis 20 ans. Elle travaille auprès d’un grand couturier qui la met en concurrence avec une autre styliste pour obtenir un CDI. Un soir, suite à une infraction routière, elle est arrêtée et placée en centre de rétention : ses papiers ne sont plus en règle. Expulsée au Maroc, elle se retrouve à Marrakech dans sa famille avec une seule idée en tête : revenir le plus vite possible à Paris.
La critique : Voilà encore un film qu’on aurait envie d’aimer, mais à qui après vision, l’honnêteté exige d’accorder la note très moyenne qu’il mérite. L’idée de départ était séduisante : une pure Parisienne qui a juste oublié un détail trivial, à savoir renouveler sa carte de séjour, se retrouve plongée du jour au lendemain dans la condition d’une sans papiers expulsée. Working girl espérant devenir It-girl, Maya ressemble à une Lila en passe de réussir cinq ans après « Tout ce qui brille« , avec pour étalon du bonheur le nombre de Louboutin dans sa garde-robe. Reem Kherici a raconté qu’elle a choisi le monde de la mode comme métaphore de ce qu’elle connaît le mieux, le milieu du cinéma, avec ses coups en douce, ses traitrises et ses faux-semblants.
Le début du film sert à nous exposer ce monde superficiel où Maya se meut avec l’aisance d’une carpe royale dans un bassin de Versailles, mais la caricature est quand même bien grossière, avec vannes appuyées et rires faux, et une impression de malaise s’installe vite devant une telle grosseur des ficelles. Le couple des meilleurs amis de Maya, joués par Cécile Cassel et Philippe Lacheau, un autre membre de la Bande à Fifi, vise à apporter un contrepoint à la frivolité ambiante, mais là-encore, la finesse manque cruellement à l’appel. Comme le comique de situation ne fonctionne pas vraiment, la vanne vient en renfort, du type de la réplique que fait Maya à son avocat qui refuse sa proposition de mariage blanc au centre de rétention : « Bien sûr il y a de l’amour : toi tu m’aimes !«
L’arrivée au Maroc apporte une rupture de ton, avec l’évocation d’un passé douloureux entre le père et la fille au sujet de la mort de la mère. Malheureusement, ce basculement ne signifie pas un passage à la nuance, bien au contraire, la découverte de sa chambre de petite fille l’amenant à revoir sa mère encourager ses rêves de princesse sur fond de musique sirupeuse. Dans cette partie centrale du film, le récit exerce un mouvement pendulaire entre l’émotion facile et un comique pas vraiment drôle, basé sur la crédulité de la bimbo qui va faire ses besoins dans le jardin, ayant cru son frère qui lui a expliqué que par manque d’eau on n’avait pas construit de toilettes dans la maison familiale…
La sincérité de Reem Kherici n’est pas en cause ; mais c’est justement cette bonne volonté, cette envie de raconter une histoire édifiante qui explique l’échec du film, pas assez cruel pour fonctionner comme comédie, trop mièvre pour émouvoir vraiment. « Paris à tout prix » porte à la fois les tares d’un premier film (manque de maîtrise du rythme, absence de style propre), et celles des comédies françaises qui tentent poussivement d’imiter Judd Apatow, et faute d’avoir fait un choix plus radical, ne parvient à atteindre réellement aucun de ses objectifs, à commencer par le premier d’entre eux pour une comédie, faire rire.
Cluny
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