Critique initialement publiée le 14 juillet 2013
Film français de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine

Interprètes : Benoît Poelvoorde (Philippe), Fred Testot (Henri), Kad Merad (Louis), Charlotte Le Bon (El Natacha).
Durée : 1 h 47
La note : 7/10
En deux mots : La Psychanalyse des Conte de Fées passée à la moulinette du marivaudage comique versaillais, plutôt réussi.
Les réalisateurs : Tous deux nés en 1970, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine réalisent des clips musicaux et des films publicitaires à la fin des années 1990. Sur Canal+, ils réalisent des mini-séries dans le cadre du Grand Journal : « Amour, gloire et débat d’idées » et « Messages à caractère informatif« , ainsi que le série « Bureau« . En 2008, ils tournent leur premier long métrage, « La personne aux deux personnes« , une comédie avec Daniel Auteuil et Alain Chabat.
Le sujet : Maya, Marocaine d’origine, vit à Paris depuis 20 ans. Elle travaille auprès d’un grand couturier qui la met en concurrence avec une autre styliste pour obtenir un CDI. Un soir, suite à une infraction routière, elle est arrêtée et placée en centre de rétention : ses papiers ne sont plus en règle. Expulsée au Maroc, elle se retrouve à Marrakech dans sa famille avec une seule idée en tête : revenir le plus vite possible à Paris.
La critique : « Le Grand Méchant Loup » est l’adaptation libre d’un film québécois de Patrick Huard (qui jouait David Wosniak dans « Starbuck« ) appelé « Les 3 P’tits Cochons« , dont la sortie en France en août 2008 était restée confidentielle, et que je n’avais donc pas vu. Le titre original semble plus adapté au sujet du film, puisque les trois fères saisis par le démon de la quarantaine sont comparés par leurs compagnes aux trois petits cochons du conte, et l’analogie est soulignée visuellement par les trois maisons de Philippe, Henri et Louis, dont les façades sont respectivement couvertes de bois, de paille et de pierre (de Bourgogne !).
Le film s’ouvre sur des images en super-8 montrant trois gamins en train de jouer devant une R12 avec une vignette de 78, dans un mouvement et une ambiance qui évoque fugacement « The Tree of Life« . Mais très vite, on se rend compte qu’on est plus près des Inconnus que de Terrence Malick, puisqu’on retrouve les trois bambins une trentaine d’années plus tard, au moment même où ils apprennent l’infarctus de leur mère : Philippe dans son couple heureux à la « Truman Show« , Henri en train de mater un film porno, et Louis se renseignant sur l’emploi du temps de ses enfants et épouse avant de rappeler le rendez-vous commun de 19 h 15 à l’aumônerie. Car on est dans un environnement très versaillais, ville d’origine des réalisateurs, qui ont d’ailleurs invité un autre régional de l’étape, Denis Podalydes, pour un cameo assez jubilatoire où il incarne le médecin qui leur annonce l’état végétatif de leur mère en pleine joie d’avoir retrouvé ses anciens copains scouts Riri, Fifi et Loulou, et qui termine son bilan de santé en demandant « Et elle avait quel âge ?« .
Le Grand Méchant Loup, comme le suggère l’affiche qui émarge aussi du côté de Blanche-Neige, c’est donc Natacha la tentatrice innocente, celle qui par les hasards d’une rencontre entre le monospace dont Philippe a oublié de serrer le frein à main et son scooter va mettre un coin dans la fidélité qui sert de base aux mariages des trois frangins. On se dit qu’on va donc se retrouver donc dans une énième comédie française sur la crise du couple et l’infidélité conjugale, et certes, les clichés ne manquent pas. Mais heureusement, il y a une douce folie filée jusqu’au bout qui parvient à rendre originales des situations mille fois vues, comme l’utilisation dans le récit de la fonction de policière municipale de Patoche, jouée par Léa Drucker, ou le gag récurrent du chien qui doit servir de lien à la famille de Louis.
Il y a aussi des scènes qui fonctionnent très bien, comme cette plongée de Philippe dans un reportage sur les Amish, où, tel Belmondo dans « Le Magnifique » ou Danny Kaye dans « La Vie secrète de Walter Mitty« , Poelvoorde s’imagine en train de vivre sa polygamie au grand jour dans la communauté anabaptiste, ou une courte scène burlesque autour du lit médicalisé de leur mère. Certes, les personnages sont caricaturaux, et chaque acteur plutôt dans son registre, mais les dialogues sont assez savoureux, comme quand Louis s’exclame : « Je vais envoyer un mini-message-texte sur mon cellulaire !« . Certes aussi, les personnages féminins sont réduits à leurs fonctions de bobonnes ou d’ensorceleuses, mais la qualité de la distribution, tant masculine que féminine, réussit à faire oublier la grosseur de certaines ficelles. Comédie sans prétention, film estival par essence, « Le Grand Méchant Loup » renoue avec la tradition des comédies à la Dabadie et ce n’est déjà pas si mal.
Cluny
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