INI AVAN, CELUI QUI REVIENT

Critique initialement publiée le 13 juillet 2013

Film sri-lankais de Asoka Handagama   

Genre : Drame

Interprètes : Dharshan Dhamaraj (Lui), Subashini Balasubramaniyam (Sa femme), Maheswary Ratnam (Sa mère)

Durée : 1 h 44  

La note : 6/10

En deux mots : D’accord, c’est beau, c’est inaccoutumé, mais qu’est-ce que c’est lent !

Le réalisateur : Né en 1962, Asoka Handagama, après des études de mathématiques et d’économie à Colombo puis à Coventry, a commencé par la mise en scène de théâtre et la réalisation à la télévision. Il réalise son premier film en 1994, « Chanda Kinnarie« , remarqué pour son style hyper réaliste. Il réalise sept autres films, dont deux sortent en Europe, « This is my moon » (2002) et « Flyng with one wing » (2004). Son film suivant, « Goodbye Mum« , a été interdit par le gouvernement sri-lankais.

Le sujet : Après deux années passées en camp de rééducation, un homme, ancien combattant des Tigres Tamouls, revient dans son village. Les habitants lui reprochent d’avoir enrôlé leurs fils qui sont tous morts alors que lui a survécu. La jeune femme qui l’aimait a dû épouser un vieil homme qui lui a fait un enfant avant de mourir, et son père refuse qu’elle revoit son ancien amour.

La critique : Bon, j’avoue ma motivation première pour aller voir ce film : ajouter un 53° pays aux critiques clunysiennes, quand bien même il m’a fallu dix minutes de plus pour écrire le nom des acteurs. Je l’ai souvent écrit ici, le cinéma est une fenêtre ouverte sur le monde, et après des films philippins et thaïlandais, il est intéressant de découvrir une autre cinématographie asiatique aux côtés des mastodontes indien, chinois, japonais et sud-coréen. De plus, le sujet semblait intéressant, le retour d’un combattant vaincu d’une guerre sans nom de 30 ans qui a fait 100 000 morts, et la difficile reconstruction de celui à qui tous reprochent d’avoir survécu.

Après des panneaux qui nous rappellent le contexte de la fin de la guerre de 30 ans qui opposa le gouvernement cingalais aux Tigres de la minorité tamoule du nord-est de l’île, le film s’ouvre par un plan fixe de l’homme (il n’est jamais nommé, un peu à l’image des Tupamaros dont la dictature uruguayenne avait interdit qu’on prononce le nom ?) assis au fond du car qui brinqueballe sur la route qui le ramène à son village, la tête penchée sur le carreau au-dessus d’un corps massif dont on devine l’usage qu’il en fit du temps où il combattait dans les rangs de l’armée de Prabhakaran. La photographie est légèrement sous-exposée, dans des teintes brunes assorties à la peau de ces hommes et de ces femmes de la région de Jaffna, et le choix fréquent du plan fixe suggère la difficulté du mouvement dans une société ankylosée par le souvenir et les rancœurs de la guerre et les magouilles de la reconstruction.

Quand il arrive au village, on est bien loin du retour du héros cher au cinéma hollywoodien, même des héros vaincus de « Voyage au bout de l’enfer« . Clairement, il n’est pas attendu, et certainement pas le bienvenu, comme le montre la succession de champs-contrechamps sur son visage qui espère et sur les réactions de sidération des villageois face au retour du fantôme, ou mieux encore le long travelling arrière sur l’ancien combattant qui avance sur le chemin de sa maison avec les gens qui descendent de bicyclette après l’avoir croisé ou vont chercher les enfants comme à l’approche d’un ogre.

Cette dimension portant sur la réinsertion d’un combattant vaincu est la plus intéressante du film, par la façon dont un passé gommé officiellement au nom de la réconciliation imposée par le vainqueur rejaillit dans tous les moments de la vie quotidienne. Lui n’est ni un fanatique, puisqu’on sent qu’il a dû commettre des actes qu’il regrette, comme le racket que lui rappelle l’épicier de son village, ni un repenti honteux, puisqu’il lance plusieurs fois à la face de ceux qui l’accablent qu’il a combattu pour leur liberté. Il a assumé ses actes en purgeant sa peine, et il n’a pas tenté de fuir à l’étranger comme d’autres de ses anciens compagnons qui reviennent faire des affaires sur le dos de la reconstruction du pays.

Asoka Handagama ne s’est pas limité à cette dimension documentaire ; bien au contraire, il assume tranquillement le choix de la fiction, et plus précisément celui du mélodrame. C’est là que réside sans doute l’intérêt, mais aussi la limite du film. Il y a une tentative de résumer l’histoire de ce peuple à travers le destin des trois femmes qui entourent le héros : sa mère, qui représente l’ancrage et la fidélité, son ancienne fiancée qui revient à lui avec l’enfant d’un autre, qui symbolise la difficulté de la réconciliation, et la femme du garde qui a été licencié à cause de lui et qui va incarner une sorte d’ange de la rédemption.

Si ce personnage est indéniablement intéressant, son inscription dans la complexité du scénario finit par dérouter, et ce qui peut sembler comme des évidences pour un spectateur tamoul parait bien elliptique, la faute aussi à une narration qui s’étire et qui se perd dans des péripéties confuses. Est-ce un décalage par rapport à des codes que je ne possède pas, et notamment ceux du cinéma populaire inspiré par Bollywood ? Toujours est-il que je me suis senti partagé entre l’envie d’aimer un tel film, et le même sentiment d’extériorité et d’ennui que j’avais ressenti à la vision d’ »Oncle Boonmee« .

Cluny

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