Critique initialement publiée le 30 juin 2013
Film français de Vianney Lebasque
Genre : Drame, Sports

Interprètes : Paul Bartel (JB), Reda Kateb (Reza), Eddy Mitchell (Le coach), Ralph Amoussou (El Malah).
Durée : 1 h 30
La note : 7/10
En deux mots : Premier film assez réussi sur le milieu des centres de formation du football.
Le réalisateur : Après des études à l’ESRA Paris où il co-réalise sa première comédie, Vianney Lebasque expérimente différentes formes de mise en scène en réalisant des films corporate, des clips et des court-métrages. En parallèle, Vianney exerce le métier de monteur. Il est spécialisé dans les formats courts : bandes-annonces, clips, web-séries et programmes courts Tv. En 2007, il réalise un court métrage, « Unza Unza« , qui le fait remarquer par Marc-Etienne Schwartz, qui produit « Les Petits Princes« .
Le sujet : JB, 16 ans, s’apprête à intégrer le centre de formation d’un club professionnel de football après avoir été repéré grâce à une vidéo de lui. La veille de son arrivée, il apprend qu’il a une malformation cardiaque qui lui interdit de jouer au haut niveau. Il truque son dossier médical pour pouvoir rejoindre le centre de formation. Là, il se fait progressivement sa place malgré la concurrence et les jalousies. Il est notamment pris en charge par Reza, l’entraîneur adjoint qui sent son potentiel.
La critique : Vianney Lebasque a fréquenté dans son adolescence les centres de formation, et il a dû arrêter à la suite d’une blessure. Cette connaissance personnelle explique à la fois les raisons de son choix d’un tel sujet, mais aussi la précision quasi-documentaire et la justesse de nombreuses situations. Pourtant, il ne s’agit pas d’un docu-fiction, ni d’un remake scénarisé d’ »À la Clairefontaine » ; le film démarre par un événement qui introduit d’emblée un suspens dramatique, la révélation de la malformation cardiaque de JB. À la lumière des décès sur le terrain de Marc-Vivien Foë, de Miklos Feher ou d’Antonio Puerta, on comprend vite l’enjeu du récit : peut-on aller jusqu’au bout de son rêve au risque d’y laisser sa vie ?
Issu de la campagne, fils d’agriculteur, JB a plus le profil d’un cycliste ou d’un footballeur des années 50, et quand il débarque dans le centre de formation où règne le charriage, c’est naturellement qu’aux « Gitan !« , « Chinois ! » ou « Cousin ! » vient s’ajouter un « Paysan ! » peu accueillant, d’autant que dans ce milieu concurrentiel, un nouveau venu talentueux est avant tout perçu comme une menace. Heureusement, JB est pris en charge à la fois par El Malah, son camarade de chambre qui est lui immédiatement accepté parce qu’un autre Togolais le protège, et par Reza, l’adjoint de l’entraîneur qui a fréquenté le centre par le passé, et qui a visiblement connu un accident de carrière qui explique qu’il ne soit pas en équipe professionnelle.
Dans un tel cadre, difficile d’éviter les clichés, et Vianney Lebasque n’y parvient pas toujours. Des situations convenues s’enchaînent, comme la rivalité de JB avec le petit frère de la star de l’équipe professionnelle, la mise à l’écart du bizut digne du teen movie moyen, l’amitié trahie-mais-non-finalement-pas avec El Malah, ou le rejet de son origine paysanne par le petit prince menacé par la grosse tête. Mais le film parvient à dépasser les lois du genre grâce à d’autres qualités que n’avaient pas par exemple « Comme un Lion« , autre film récent se passant dans un centre de formation : l’humour et un vrai savoir-faire pour tourner les scènes de football. Exemple de l’humour des dialogues, le médecin du club annonce que les joueurs devront aller chez le cardiologue, et il leur indique où c’est : « À côté du nouveau théâtre… » – silence interloqué – « ... En face du McDo » – approbation massive…
Vianney Lebasque a choisi ses acteurs en tenant compte de leurs qualités de footballeur, et cela permet de les filmer en action sans faire des plans de coupe sur les jambes ou les visages comme dans « Joue-la comme Beckham » ou « Les Seigneurs« , ce qui donne beaucoup de dynamisme aux scènes de match. Le casting s’avère assez judicieux, avec Eddy Mitchell en vieil entraîneur bourru mais au grand cœur, Reda Kateb qui met beaucoup de subtilité pour jouer un éducateur qui vit par procuration l’ascension de JB, et le jeune Paul Bartel qui rappelle le Jérémie Rénier des Frères Dardennes. Le film possède deux fins : celle du happy end qui nous est montré par l’image, et le retour au réel suggéré par des panneaux qui nous annoncent le destin à venir des apprentis footballeurs, histoire de nous rappeler que tout cela n’était qu’un conte… « Les Petits Princes » possède les qualités et les défauts de nombreux premiers films : une implication évidente de l’auteur, la justesse de l’obervation issue de son expérience, et l’énergie d’un projet porté depuis longtemps, mais aussi la volonté de trop en dire et une certaine dispersion du propos. Néanmoins, le positif l’emporte largement, et nous donne envie de voir ce que Vianney Lebasque saura faire pour son second film dans un contexte plus éloigné de lui.
Cluny
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