Critique initialement publiée le 19 mai 2013
Film français de Patrick Rotman
Genre : Documentaire

Interprète : François Hollande
Durée : 1 h 40
La note : 4/10
En deux mots : Rotman filme l’Élysée de François Hollande comme Philibert filme le Louvre : très beau, mais à côté de son sujet.
Le réalisateur : Né en 1949, Patrick Rotman passe un doctorat d’histoire. Avec Hervé Hamon, il mène une carrière d’écrivain enquêteur : « Les Porteurs de valises« , « Tant qu’il y aura des profs« , « Génération« . Il réalise dès 1988 des documentaires : « Génération« , « La Guerre sans nom« , « François Mitterrand ou le roman du pouvoir« , « L’Ennemi intime« . Il a aussi signé le scénario de « La Conquête« .
Le sujet : Entre l’investiture de François Hollande et janvier 2013, Patrick Rotman a planté ses caméras dans le Palais de l’Élysée, suivant le nouveau président dans ses réunions avec ses conseillers, au conseil des ministres, dans ses déplacements officiels.
La critique : Soyons rassurés, le Président est un homme courtois. En effet, tout au long des 100 minutes du documentaire de Patrick Rotman, nous le voyons claquer des bises et serrer des louches, y compris aux gardes républicains qu’il croise dans les couloirs de l’Élysée ; de même, Patrick Rotman décline tous les angles de caméra possibles pour filmer le balai des berlines sur le gravier de la cour du palais présidentiel. Dans son discours d’accueil destiné à ses conseillers, François Hollande qui a lui-même exercé cette fonction du temps de François Mitterrand, les mettait en garde sur la pesanteur du protocole et sur le confort écrasant du Palais qui pouvaient rapidement les couper du monde réel. Patrick Rotman aurait été bien inspiré d’écouter ce conseil, car à force d’accumuler les plans de coupe sur les maîtres d’hôtel dressant les tables des dîners de gala ou sur la garde d’honneur se mettant en place, il finit par filmer un vide, un à-côté qui renforce encore la vacuité de son entreprise.
Car la question qui s’impose devant un tel projet est : qu’est-ce qu’un documentaire, qui plus est présenté en salle, peut apporter qu’on ne sache déjà ? Alors oui, il a obtenu l’autorisation de se glisser dans des réunions de cabinet, des conseils des ministres, des petits déjeuners avec Ayrault, Fabius ou Moscovici. Mais on avait déjà vu cela, notamment du temps de Mitterrand et dans une moindre mesure de Chirac, et comme pour ces films-là, la caméra s’éclipse dès qu’on rentre dans le vif du sujet, et on doit se contenter finalement d’un contrechamp filmé depuis l’intérieur de l’Élysée plusieurs mois après les images présentés aux J.T, mais sans en apprendre tellement plus.
On constate simplement que Jospin le vouvoie alors que certains conseillers le tutoient, qu’il trouve que les discours que lui préparent ses conseillers sont mal écrits et trop longs, et que prévoir de le faire intervenir à la journée d’hommage aux victimes du terrorisme sans en entendre les témoignages est pour le moins peu habile : constat à double tranchant, car s’il confirme que le président garde bien la main loin de l’image du capitaine de pédalo, il renforce aussi l’impression d’amateurisme de son entourage élyséen et souligne combien cet homme prend ses décisions seul. Et puis le temps même court écoulé depuis la réalisation du film peut être cruel, la preuve en est devant l’éclat de rire de la salle quand Hollande souligne avec admiration à propos des questions d’actualité : « Il s’en est bien sorti, Cahuzac !«
Patrick Rotman ne prétend pas avoir de point de vue, ni politique, ni, plus grave, cinématographique. Du point de vue politique, il confie le commentaire à Hollande lui-même, dont l’interview en voix off sert de guide au montage, le président dissertant sur la durée du quinquennat qui distingue le temps de l’Élysée de celui de Matignon, sur la différence entre l’amitié et la familiarité, sur le pays qui n’est pas encore conquis, « et qui ne le sera sans doute jamais« . Quant à la dimension cinématographique, Rotman se contente d’une illustration plate : lorsque François Hollande explique qu’à l’Élysée, le temps donne l’impression d’être à l’arrêt, Rotman filme des pendules ! La photographie léchée de Romain Winding, qui avait signé celle des « Adieux à la Reine« , et la musique raffinée de Michel Portal ne font qu’accentuer cette impression de revue sur papier glacé qui ne s’intéresse qu’à l’enveloppe des choses, nous laissant finalement encore plus dans l’interrogation sur l’homme qui gouverne notre pays.
Cluny
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