Critique initialement publiée le 15 mai 2013
Film américano-australien de Baz Luhrmann
Titre original : The Great Gatsby
Genre : Drame

Interprètes : Leonardo DiCaprio (Jay Gatsby), Tobey McGuire (Nick Carraway), Carey Mulligan (Daisy Buchanan), Joel Edgerton (Tom Buchanan).
Durée : 2 h 22
La note : 5/10
En deux mots :Trop respectueux du monument littéraire, Baz Luhrmann ne va pas au bout de son outrance et finit vite par ennuyer.
Le réalisateur : Né en 1962 à Sidney en Australie, Baz Luhrmann. Il suit les cours du National Institute of Dramatic Arts. En 1992, il réalise son premier film en Australie « Ballroom Dancing« . En 1996, il tourne à Hollywood « Romeo+Juliette » avec Leonard DiCaprio puis en 2001 « Moulin Rouge« . En 2008, il retourne dans son pays natal pour réaliser « Australia« .
Le sujet : Été 1922 ; agent de change à Wall Street, Nick Carraway loue une petite maison à Long Island juste à côté du château de Jay Gatsby, un milliardaire dont la rapide fortune suscite de nombreuses rumeurs. Celui-ci donne des fêtes somptueuses qui attirent tout New York. À sa grande surprise, Nick découvre qu’il suscite l’attention de Gatsby, et il finit par comprendre : Gatsby espère que Nick lui permettra de rencontrer la cousine de ce dernier, Daisy Buchanan, épouse d’un riche héritier qu’il a aimé avant son départ à la guerre.
La critique : Autant l’avouer tout de suite : je n’ai pas lu le roman de Scott Fitzerald, et je n’ai même pas vu le film de 1974 de Jack Clayton avec Robert Redford. C’est donc sans a priori particulier et avec une virginité de spectateur que je suis allé voir ce film qui marque le coup d’envoi de la quinzaine cannoise, et, l’espérai-je, la fin de la diète pré-Festival. Aux côtés de « L’Attrape-Cœur« , « Les Raisins de la colère« , « Ni tirez pas sur l’oiseau moqueur » ou « American Psycho« , « The Great Gatsby » fait partie des « grands romans américains », et il fallait un certain toupet pour s’y attaquer, mais après tout, Baz Luhrmann a déjà à son palmarès des réinterprétations baroques de « Romeo et Juliette » et de « La Dame aux Camélias« , alors, pourquoi pas ?
On connaît le style du réalisateur australien, inspiré du music-hall et jouant sur l’anachronisme d’une bande-son très contemporaine, ici Jay Z, Beyoncé, Fergie et Lana del Rey. La première partie du film est fidèle à ce style, avec une camera en mouvement perpétuel et une débauche de décors clinquants et d’effets 3D bien voyants, dans une volonté frénétique d’illustrer le concept d’ »Années Folles ». Les fêtes de Gatsby donnent le prétexte à des tableaux où ne subsiste que le sentiment d’esbroufe, avec un curieux décalage entre l’intention du mouvement et la réalité du résultat finalement très artificiel. Et là, on se demande comment on va faire pour supporter 142 minutes de clip…
Et puis, à partir du moment où Gatsby met fin aux teufs dans son Xanadu, Baz Luhrmann doit ranger son gros matériel et recentrer l’action sur le quintet de ses personnages principaux, et on en vient rapidement à regretter l’outrance et la boursoufflure du début, tant les procédés deviennent apparents avec le renvoi backstage des centaines de figurants : ralentis, couleur sépia pour les flashbacks, musique violonneuse, alors qu’en même temps le choix narratif de la voix off de Nick écrivant ses souvenirs dans le cadre d’une thérapie finit par étirer le récit et souligner pesamment les émotions des personnages.
Depuis très longtemps je considère que Leonardo DiCaprio est un immense acteur, que ce soit avec Sam Mendes, Scorsese ou Tarantino. J’ai lu qu’il s’est inspiré de « Trimalchio« , la première version plus sombre de Scott Fitzgerald : cela se voit malheureusement dans toutes les scènes, avec crispation de mâchoires et regard sombre, et le peu de temps que lui laisse Luhrmann dans chaque plan l’oblige à surligner son jeu. Tobey McGuire s’en sort mieux, avec son regard de Candide et son physique lunaire qui correspondent à son personnage d’entremetteur ébloui. Pour le rôle de Daisy Buchanan, on avait parlé d’Amanda Seyfried et surtout de Scarlett Johannsson qui aurait sans doute été plus convaincante que Carey Mulligan, plus crédible comme next door girl qu’en femme fatale. De même, Ben Affleck évoqué pour Tom Buchanan est remplacé par Joel Edgerton, son clone australien pas très probant non plus.
Choix plus people qu’artistique, espérons que la présence de ce « Gatsby le Magnifique » en ouverture (hors compétition) du 66° Festival de Cannes ne donne pas le ton à la sélection à venir. Remarquez, le Festival de l’année dernière s’était ouvert sur l’excellent « Moonrise Kingdom« , pour déboucher finalement sur un cru bien décevant. Réponse très vite, dès vendredi avec le très attendu « Le Passé » d’Ashgar Farhadi…
Cluny
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