UNE VIE SIMPLE

Critique initialement publiée le 8 mai 2013

Film hong-kongais de Ann Hui

Titre original :  桃姐 Tào Jie 

Genre : Drame

Interprètes : Andy Lau (Roger), Deannie Yip (Ah Tao), Quin Hailu (Mme Choi).

Durée : 1 h 59  

La note : 6/10

En deux mots : Une histoire simple un peu trop étirée et édifiante, mais aussi un regard intéressant sur les mutations de la société hongkongaise.

La réalisatrice : Née en 1947 en Mandchourie, Ann Hui arrive à Hong-Kong à l’âge de 5 ans. Elle étudie la littérature avant d’aller suivre les cours du London Film Institute. De retour à Hong-Kong, elle réalise des documentaires pour la télévision. Elle réalise son premier film de fiction en 1978, « The Secret« . Elle a réalisé plus de 25 films, souvent centrés sur des questions sociales, comme « Boat People » (1982), « Song of Exile » (1990), « Summer Snow » (1995), « Ordinary Heroes » (2000) ou « The Way We Are » (2008). 

Le sujet : A Hong-Kong, Ah Tao travaille depuis 60 ans pour la famille Leung, voyant passer quatre générations. Alors que presque toute la famille a émigré en Californie, Ah Tao reste au service de Roger, producteur de cinéma qu’elle materne. Quand elle fait un infarctus, Roger lui trouve une place dans une maison de retraite, et les rôles s’inversent.

La Critique : « Une Vie simple » est inspiré de l’histoire du scénariste et producteur Roger Lee, dont l’employée de maison au service de sa famille depuis quatre générations est décédée pendant le tournage du film qui porte finalement son nom en version originale. Même s’il en a confié la réalisation à Ann Hui, les éléments autobiographiques sont évidents, à commencer par le prénom du personnage principal, son métier et même le nom du film à la production duquel il travaille, « Les Trois Royaumes« . Cette pratique auteuriste germanopratine est assez exceptionnelle dans le cinéma asiatique, mais elle trouve sa justification dans la volonté d’être le plus fidèle possible à l’histoire originale ; cela nous vaut d’ailleurs une scène de négociation de rallonge de budget avec Tsui-Hark en guest star !

Mais cette toile de fond n’est finalement qu’anecdotique, et ne sert qu’à justifier la présence à Hong-Kong de Roger, célibataire endurci toujours en vadrouille alors que le reste de la famille s’est installée à Los Angeles depuis des années. Le vrai sujet du film, c’est à la fois l’inversion d’une relation d’assistance au nom d’un transfert de la piété filiale, et la découverte pour nous autres occidentaux des effets combinés de l’enrichissement de la Chine et du vieillissement de sa population. Le premier aspect n’est pas inintéressant, mais il laisse quand même un petit arrière-goût édifiant et pour tout dire un peu impudique,  le scénariste-producteur donnant à voir sa propre générosité. On le comprend vite, dès les premières scènes où Ah Tao prépare un plantureux petit déjeuner tout en grondant Roger pour sa gourmandise, Roger est matériellement totalement dépendant de Ah Tao, comme le confirme sa perplexité devant le mode d’emploi de la machine à laver une fois qu’elle a été hospitalisée.

Se sentant redevable de celle qui est entrée au service de sa famille alors qu’elle n’était qu’une jeune orpheline comme le prouve le nom qui l’identifie comme domestique, il lui trouve une place dans une maison de retraite mais s’aperçoit qu’il est incapable de donner son âge quand il procède à son inscription. Loin de le décharger de sa responsabilité, ce placement l’amène à découvrir qui est celle qui a veillé sur ses premiers pas et qui représente de facto sa seule famille sur le bord de la Rivière des Perles. Quand une pensionnaire demande à Ah Tao si ce visiteur attentionné est son filleul, elle approuve et par la suite, lui la présente comme sa marraine lors de la première de son film.

Mais le plus intéressant dans « Une Vie simple » se situe dans ce qu’il nous permet de découvrir des effets du vieillissement de la population. On le sait, il y a 7 millions d’habitants à Hong-Kong concentrés dans 1000 km². Wong Kar Wai nous a habitués aux espaces étroits des pensions de familles, des bureaux ou des restaurants ; nous découvrons le même principe de concentration appliqué à une maison de retraite, où chaque pensionnaire n’a qu’un petit box privatif. la découverte se fait d’ailleurs à travers les yeux effarés de Ah Tao, et on se dit qu’on va avoir droit à une vision misérabiliste, avec cette rangée de pensionnaires séniles portant des bavoirs enfantins qu’une aide-soignante sur un tabouret à roulettes gave à la chaîne avec une sorte de Blédina ou la première nuit d’insomnie au son des râles et des ronflements.

Et puis, au fur et à mesure que Ah Tao apprivoise cet environnement, on découvre un personnel dévoué et compétent, des pensionnaires attachants et les effets du télescopage des traditions avec cette pratique nouvelle de la maison de retraite, comme cette fille d’une pensionnaire qui se plaint que sa mère a donné tout son héritage à son fils alors que celui-ci  ne vient jamais la voir, ou le casting que Ah Tao fait passer pour tenter en vain de se trouver une remplaçante, ses exigences s’opposant à la très faible conscience professionnelle des postulantes. « Une Vie simple » apparaît au premier abord comme un film simple sur une histoire simple, et on se demande pourquoi l’avoir étiré sur presque deux heures. Mais au-delà d’un propos un brin lénifiant, il révèle par petites touches des considérations qui confirment une nouvelle fois que le cinéma est aussi une fenêtre ouverte sur le monde.

Cluny

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