MUD – SUR LES RIVES DU MISSISSIPI

Critique initialement publiée le 4 mai 2013

Film américain de Jeff Nichols  

Genre : Drame

Interprètes : Matthew Mc Conaughey (Mud), Tye Sheridan (Ellis), Reese Whiterspoon (Juniper), Sam Shepard (Tom).

Durée : 2 h 10  

La note : 6/10

En deux mots : Conte initiatique au rythme de l’écoulement du Mississipi, assez beau mais sans surprise.

Le réalisateur : Né en 1978 à Little Rock, Arkansas, Jeff Nichols suit les cours du département cinéma de la North Carolina Schooh of the arts. En 2007, il réalise son premier film, « Shotgun Stories » avec Michael Shannon qu’il retrouve en 2011 pour « Take Shelter » qui obtient le Grand Prix de la semaine internationale de la critique à Cannes.

Le sujet :Ellis et Neckbone, deux copains inséparables de 14 ans, découvrent au cours d’une de leurs balades sur une île au milieu du Mississipi un homme, Mud, qui se cache dans un bateau perché dans un arbre à la suite d’une crue. Ils découvrent vite que Mud est en fuite après avoir abattu un homme qui maltraitait Juniper, son amour depuis l’adolescence. Ellis, qui vit sa première histoire d’amour et qui subit la séparation de ses parents, décide d’aider Mud à s’enfuir.

La critique : J’ai manqué « Take Shelter » à sa sortie, et depuis je ne l’ai toujours pas vu, malgré les excellentes critiques dont il a bénéficié. Les critiques à nouveau très positives pour ce troisième film de Jeff Nichols ainsi que l’évocation de l’inspiration de Terrence Malick m’ont donc encouragé à aller le voir sans a priori mais avec une curiosité bienveillante. Bilan, voilà un des films dont je sors sans trop savoir ce que j’en pense, ni enthousiasmé ni non plus agacé d’où la note légèrement au-dessus de la moyenne. C’est face à ce genre de film que s’impose la limite de la subjectivité de l’exercice critique : est-ce de la faute du film s’il m’a laissé sur la berge, sans jeu de mots, ou est-ce parce que j’avais la tête ailleurs que je n’ai pas fait l’effort de m’immerger dans cette histoire ?

Quoi qu’il en soit, j’ai vu le film et je peux quand même en dire quelques mots. L’histoire se déroule en Arkansas sur les bords du Mississipi, et Jeff Nichols ne cache pas s’être inspiré de deux autres ados célèbres le long du fleuve, Tom Sawyer et Huck Finn ; il a notamment repris l’idée de la croix dans l’empreinte de la botte de Mud au personnage du vieux Finn. On retrouve d’autres similitudes, comme le fait que Neckbone soit élevé par son oncle (joué par Michael Shannon), pendant de la Tante Polly, ou l’île au milieu du fleuve où Tom, Joe et Huck jouent aux pirates. J’ai pour ma part plutôt pensé à « Suttree« , le chef d’œuvre de Cormac McCarthy, qui se passe le long d’un autre fleuve, le Tennessee, et où la géographie des lieux impose aussi les conditions de l’histoire, avec la pauvreté et la difficulté de vivre des petits boulots dépendant de l’économie de la rivière.

J’ai lu que certains évoquaient Speilberg, sans doute sur la place des enfants dans le récit comme dans « E.T. », « L’Empire du Soleil » ou « A.I. ». La scène introductive montrant Ellis et Neckbone s’échappant de chez eux pour accomplir leur expédition m’a plutôt évoqué « Stand by Me » de Rob Reiner, car si les deux adolescents ne vont pas à la découverte d’un cadavre mais d’un bateau perché dans un arbre, la dimension initiatique de ce voyage est tout aussi évidente. Parce qu’il découvre vite que Mud est en fuite à cause d’un meurtre qu’il a commis par amour, et alors que lui-même vit à la fois la désillusion d’une première histoire d’amour et la séparation de ses parents qui annoncent la destruction du logement flottant où il habite, Ellis projette sur lui ce que les autres modèles adultes ne peuvent lui offrir.

Jeff Nichols a choisi de filmer pour la première fois en steadycam : « Je déteste la caméra à l’épaule, l’image qui bouge dans tous les sens. J’avais besoin que la caméra se déplace élégamment. Je voulais réaliser un film qui semble plus facile à regarder : le Mississippi coule à une vitesse de 5 km/h et est le plus sinueux au monde« . Sans atteindre la dimension élégiaque du style de Malick, ce choix s’avère judicieux, par la fluidité languissante qu’il donne aux déplacements des personnages, avec deux accélérations sur les scènes de la morsure et celle de la fusillade. Mais cette langueur a aussi une conséquence néfaste sur un étirement du récit qui finit par lasser, d’autant que les rebondissements sont finalement assez attendus. Le jeune Tye Sheridan, qui jouait un des fils dans «  The Tree of Life » donne de la vérité à son personnage, de façon plus convaincante que Matthew McConaughey et Sam Shepard qui ont du mal à sortir de la dimension très stéréotypée de leur interprétation. Pris un à un, les ingrédients de « Mud » sont très séduisants, mais le lien ne se fait pas vraiment, entre un excès d’écriture et une absence de réelle surprise, et on ne trouve pas au final la fascination qui s’imposait dans cet autre film aquatique et sudiste, «  Les Bêtes du Sud sauvages« .

Cluny

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