WARM BODIES

Critique initialement publiée le 12 avril 2013

Film américain de Jonathan Levine    

Genre : Horreur, Comédie romantique

Interprètes : Nicolas Hout R), Teresa Palmer (Julie), Dave Franco (Perry Kelvin), John Malkovich (le colonel Grigio).

Durée : 1 h 37  

La note : 7/10

En deux mots : L’auto-fiction par un zombie bouffeur de cervelle, belle idée de comédie romantique.

Le réalisateur : Né en 1976 à New York, Jonathan Levine a été assistant réalisateur sur « Autofocus » de Paul Schrader. Il réalise quelques courts métrages, avant de tourner son premier long en 2006, «All the Boys love Mandy Lane », un film d’horreur avec Amber Hearst. Son second film, « Wackness » obtient en 2008 un premier succès critique.

Le sujet : Un mystérieux virus a détruit toute civilisation. Les rescapés vivent dans la ville de Montréal, protégés par d’épais murs en béton gardés nuit et jour. R est un zombie qui, contre toute attente, semble conscient de sa condition de mort-vivant. Un jour, il attaque un groupe de survivant et mange de cerveau de Perry, ce qui lui permet d’acquérir ses souvenirs, dont ceux portant sur sa petite amie, Julie. En tombant amoureux de celle-ci, il engage un processus de ré-humanisation.

La critique : Grâce soit rendue à cette amie aixoise, grande amatrice de zombies devant l’Éternel, qui a attiré mon attention sur cette série B improbable qui adapte Roméo et Juliette dans une humanité peuplée de zombies. Pourquoi la Terre se retrouve-t-elle envahie de Cadavres (morts-vivants classiques, démarche ralentie et saccadée, regard vide, goût alimentaire anthropophage) et d’Osseux (Zombies de niveau 2, beaucoup plus vifs et donc plus proches du vélociraptor que de « Thriller« ) ? On ne le sait pas, puisque le narrateur ne s’en rappelle pas, vu qu’il est lui-même un zombie, et qu’il ne se souvient même pas de son prénom, juste de son initiale, R. 

C’est la première bonne idée du film, déjà présente dans le roman d’Isaac Marion, que d’adopter le point de vue des zombies, habituellement cantonnés au rôle dévolu aux Indiens dans les westerns d’avant « La Flèche brisée« , à savoir celui d’excités menaçants et donc de simples cibles mouvantes. Heureusement, et même s’il reste parfois un peu nébuleux, le monologue intérieur de R s’avère nettement plus construit que sa capacité d’élocution, tout du moins au début du film, ce qui nous vaut une scène assez savoureuse de présentation de M, le meilleur ami de R, exercice de style autour du grognement guttural. Car R est quand même dès le départ un zombie atypique, collectionneur de vinyles des années 70 et gardant la nostalgie de la vie d’avant, représentée par une vision du hall de l’aéroport peuplé d’humains tous vissés à leur Smartphone… 

Cela ne l’empêche quand même pas de partager le même régime alimentaire que ses camarades, et c’est en boulottant la cervelle du futur ex de Julie qu’il découvre les images vaporeuses de leur bonheur passé. Effet immédiat, puisqu’il ingurgite par la même occasion l’amour pour Julie, coup de foudre unidirectionnel souligné à coup de ralentis au milieu du massacre ambiant. Pas facile de se faire aimer par la fille dont on a tué le boy friend, dévorant au passage sa cervelle. C’est un principe de base de la comédie romantique que de confronter deux êtres que tout oppose, et là il faut reconnaître que c’est un bon point de départ. Plus qu’à deux clans ennemis, R et Julie appartiennent à deux espèces incompatibles, d’autant plus que pour rester dans la métaphore du western, pour le père de Julie un bon zombie est un zombie avec la tête explosée par une balle. La référence à Shakespeare est transparente : les noms des personnages, le baiser romantique, le balcon, jusqu’à la transformation de R en Ophélie dans la scène finale. 

Cluny

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