Critique initialement publiée le 15 août 2009
Film américain de Quentin Tarantino
Genre : Film de guerre uchronique
Interprètes : Brad Pitt (Lieutenant Aldo Raine), Mélanie Laurent (Shosanna Dreyfus), Christoph Waltz (Colonel SS Hans Landa), Diane Kruger (Bridget von Hammersmark), Michael Fassbender (Lieutenant Archie Hicox), Daniel Brühl (Frederick Zoller).
Durée : 2 h 33
La note : 5/10
En deux mots : C’est toujours rigolo de faire cramer Hitler, encore faudrait-il se distinguer d’une division SS dans le traitement de la violence.
Le réalisateur : Né en 1963 à Knoxville, Quentin Tarantino passe son enfance à regarder des films de tous les genres : kung-fu, blaxpoitation, western spaghetti… Il suit des cours de théâtre, et s’entraine à réécrire les diadoques de scènes tirés de films. Il est vendeur au Video Archives, où il découvre Melville et la nouvelle vague, John Woo et Shōhei Inamura.
Il écrit le scénario de « True Romance », réalisé par Tony Scott. Grâce à Harvey Keitel qui le coproduit, il réalise son premier film, « Reservoir Dogs ». Son deuxième film, « Pulp Fiction », remporte la Palme d’Or à Cannes en 1994. Suivront « Jackie Brown » (1997), « Kill Bill » 1 et 2 (2003-04) et « Boulevard de la mort » (2007).
Le sujet : Au printemps 1944, le lieutenant Raine met sur pied un commando de huit soldats juifs-américains destinés à être parachutés derrière les lignes allemandes, afin de terroriser les soldats allemands. En France, Shossana Dreyfus, rescapée du massacre de sa famille par l’officier SS Landa, et devenue propriétaire d’un cinéma, monte le projet de piéger tous les hauts dignitaires nazis lors de l’avant-première d’un film à la gloire d’un tireur d’élite.
La critique : Voici donc le tant attendu « Inglorious Basterds« , rentré bredouille de Cannes à l’exception du Prix d’interprétation (mérité) pour l’acteur autrichien Christoph Waltz. Suite à l’accueil mitigé de la Croisette, Tarantino a refait le montage, rajoutant notamment quelques scènes.
Il a juste oublié une chose : le relatif échec de ses bâtards sans gloire ne s’explique pas par un simple problème de structure narrative ou de rythme, mais par le sujet même du film et son traitement. Dans son interview à Libération, Quentin Tarantino déclare : « L’idée est toute simple : le cinéma a foutu par terre le III° Reich ! C’est une idée foutrement agréable à manier. »
Rendons lui justice : il montre de la cohérence et va jusqu’au bout de son idée. Quand Zoller aborde Shoshanna, c’est parce qu’elle affiche le nom d’un film au fronton de son cinéma ; quand les Alliés cherchent un spécialiste pour guider les Basterds, c’est à un cinéphile amateur du cinéma de Pabst qu’ils s’adressent ; et quand Shoshanna a besoin d’un matériel inflammable pour carboniser le gotha du Reich de mille ans, c’est bien naturellement aux films au nitrate qu’elle pense.
La malaise qui naît de ce traitement d’un tel sujet ne provient pas des libertés prises avec l’Histoire ; après tout, comme le dit Tarantino avec sa logique implacable, « Mes personnages changent le cours de la Seconde Guerre Mondiale parce que justement, ils n’existent pas. » On accepte bien les romans de Philip K. Dick, de Robert Harris ou de Philippe Roth basés sur un parti pris uchronique. Non, ce sentiment de trouble vient sans doute du télescopage de la liberté que s’accorde le réalisateur et des apparences de réalité qu’impose tout le décorum d’un film de ce genre ; on peut joyeusement faire éclater des têtes de prisonniers désarmés à coup de batte, les scalper ou leur graver un croix gammée sur le front puisque ce sont les Méchants, et qu’en plus, ils n’existent pas.
Cette complaisance pour la violence et sa chorégraphie a toujours existé chez Tarantino, et je n’avais pas évoqué la réalité des traditions des samouraïs pour analyser le duel délirant de « Kill Bill« . Mais là, nous étions dans la parodie-hommage aux films de sabre ; dans « Inglorious Basterds« , il ne cherche pas vraiment à s’inspirer des films de guerre du style « Les Canons de Navarone » ou « Un Pont trop loin » ; certes, l’idée de départ provient des « Douze Salopards« , mais en réalité, l’inspiration est plutôt à chercher du côté de Sergio Leone, que Tarantino désigne comme son réalisateur préféré.
Le prologue du film, intitulé « Il était une fois la France occupée par les nazis« , s’ouvre sur une musique western, avec un paysan français au nom improbable (Perrier LaPadite) qui coupe du bois avec la dégaine de Charles Ingalls pendant qu’arrivent au loin les Allemands. Suit un long jeu du chat et de la souris entre le colonel Landa et le paysan, avec un dialogue destiné à prendre place au Panthéon des grandioses bavardages tarantinesques aux côtés de celui sur le Quater Pond et le Big Mac dans « Pulp Fiction« , avant que n’éclate brutalement la violence annoncée par une musique stridente.
Car cela peut sembler paradoxal pour un film d’action -mais pas pour un Tarantino-, ça cause beaucoup, et vraiment longtemps, entre deux brèves scènes d’action, et ces interminables causeries finissent par se ressembler toutes, sans compter qu’elles évoquent d’autres scènes du type dans les films précédents. Alors, dans le paquet, il y a certes quelques bons mots : « J’adore les rumeurs« , révèle Hans Landa avec un air de midinette ; « On est très fan de votre boulot« , déclare Raine à un Allemand qui a exécuté à mains nues un paquet de gestapistes ; « Je suis française, nous respectons les réalisateurs » proclame Soshanna, renvoi d’ascenseur du Palmé d’Or et Président du Jury.
Cluny

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