THE DARK KNIGHT, LE CHEVALIER NOIR

Critique initialement publiée le 15 août 2008

Film américain de Christopher Nolan

Genre : Action, Super-héros

Interprètes : Christian Bale (Bruce Wayne/Batman), Heath Ledger (Joker), Michael Caine (Alfred), Gary Oldaman (Jim Gordon), Aaron Eckhart (Harvey Dent), Maggie Gyllenhaal (Rachel Dawes), Morgan Freeman (Lucius Fox).

Durée : 2 h 27

La note : 7/10

En deux mots : Deuxième Batman réalisé par Chris Nolan, ce « Dark Night » vaut surtout par l’interprétation survoltée d’Heath Ledger dans son dernier rôle.

Le réalisateur : Christopher Nolan nait en 1900 à Westminster, d’un père britannique et d’une mère américaine. À l’âge de 7 ans, il commence à tourner des films en super 8. Il étudie la littérature anglaise à l’University College de Londres. Après trois courts-métrages, il réalise en 1998 « Following, le suiveur », suivi en 2000 de « Memento », l’histoire d’un homme atteint d’une amnésie antérograde, qui utilise des notes et des tatouages pour traquer l’assassin de sa femme. Il enchaine en 2002 sur « Insomnia », le remake du film norvégien du même nom, puis en 2003 sur « Batman Begins », et « Le Prestige » en 2005.

Le sujet : Batman augmente les mises dans sa guerre contre le crime. Avec l’appui du lieutenant de police Jim Gordon et du procureur de Gotham, Harvey Dent, Batman vise à éradiquer le crime organisé qui pullule dans la ville. Leur association est très efficace mais elle sera bientôt bouleversée par le chaos déclenché par un criminel extraordinaire que les citoyens de Gotham connaissent sous le nom de Joker.

La critique : Les fidèles lecteurs de ces critiques connaissent mon avis sur les comics et sur l’inflation de films hollywoodiens qui en sont tirés : exaltation de ce qu’il y a de plus nauséabond dans les « valeurs » américaines, manichéisme simpliste, grosses ficelles narratives et absence totale de prise de risques des studios. Concernant cette reprise de Batman par Christopher Nolan, dont « The Dark Night » est le deuxième volet après « Batman Begins« , on peut aussi ajouter le questionnement sur ce que ces films peuvent apporter de plus ou de différent après Tim Burton, puisque celui-ci avait déjà mis en scène l’opposition du chiroptère justicier, d’Harvey « Double-Face » Dent et du Joker.

« Batman Begins » ne m’avait pas convaincu, malgré un a priori favorable pour Christopher Nolan dont j’avais beaucoup apprécié « Memento« , la faute à un Christian Bale mono-expressif, à une intrusion de ninjas capillotractées et à beaucoup de bavardages. Ce deuxième essai ne corrige pas ces défauts : si les ninjas ne sont pas de retour malgré une virée à Hong Kong, Christian Bale est toujours aussi inexpressif, même s’il est concurrencé par Aaron Eckhart pour une place chez Mme Tussaud, et les 147 minutes du film comptent bien plus de causeries que de scènes d’action.

Pourtant, c’est sans doute cette dernière caractéristique qui fait pour moi l’intérêt du film, par la gigantesque imposture réjouissante qu’elle représente. Plébiscité par les spectateurs américains (déjà plus de 470 millions de $ de recettes) et français (1 200 000 spectateurs en première semaine) en pleine période estivale propice aux blockbusters, « The Dark Knight » est en réalité un film complexe, à la narration austère, et où seuls les dialogues entre les personnages principaux permettent de comprendre la dimension morale des affrontements.

Dans la lignée du film précédent, Chris Nolan a choisi une ambiance sombre, tant du point de vue narratif que visuel. Si le film a été tourné à Chicago, les références au 11 septembre sont légion, comme dans la plupart des films catastrophe hollywoodiens de ces dernières années : l’effondrement de l’hôpital dans un nuage de poussière, les clients d’un bar tétanisés devant les images diffusées à la télévision, les ponts et les tunnels fermés, jusqu’à l’image quasi-subliminale d’un camion de pompiers en feu. Ce pessimisme trouve sa justification dans le postulat choisi par Nolan : loin de ramener la tranquillité, le combat de Batman attire à Gotham le crime et la folie.

La folie s’exprime d’emblée par l’inflation de faux Batman bedonnants qui tentent de jouer les supplétifs ; elle continue par un braquage hommage à celui de « Heat« , où les masques de hockey sont remplacés par ceux de bouffons. Elle culmine avec le personnage du Joker, joué par un Heath Ledger époustouflant. Loin du timide cowboy gay » du « Secret de Brokeback Moutain« , très différent de l’histrion dandy joué par Nicholson dans le « Batman » de Burton, il incarne un joker grunge dont les bouffonneries et les rodomontades (ses explications individualisées de l’origine de sa cicatrice, par exemple) ne découlent pas uniquement d’une pathologie psychiatrique, mais bien d’une mission dont il se sent investi, celle d’apporter le chaos et de démontrer la noirceur de l’âme humaine.

Dans une narration qui s’emberlificote de temps en temps entre les différents enjeux (la double rivalité de Bruce Wayne et d’Harvey Dent pour la conquête du cœur de Rachel et pour le leadership dans la lutte contre le crime, les luttes internes à la pègre et l’action des flics ripoux), chacune de ses apparitions apporte un coup de fouet à une intrigue qui s’étire parfois. Même en faisant abstraction de son destin tragique, la dernière prestation d’Heath Ledger le place incontestablement au panthéon des grands psychopathes du cinéma, entre Anton Chigurh et le Révérend Harry Powell.

Cluny

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