PINGPONG

Critique initialement publiée le 24 janvier 2007

Film allemand de Matthias Luthardt

Genre : Drame

Interprètes : Sebastian Urzendowsky (Paul), Marion Mitterhammer (Abba), Clemens Berg (Robert), Falk Rockstroh (Stefan).

Durée : 1 h 29  

La note : 7/10

En deux mots : « Family Life » allemand, « Pingpong » vaut plus par les à-côtés de l’histoire que par son scénario qui n’évite pas le too much d’un premier film.

Le réalisateur : Né en 1972 aux Pays-Bas, Mattias Luthardt souhaite à l’enfance épouser une carrière de musicien mais il doit y renoncer du fait de son manque de discipline. Il étudie d’abord à l’Université Eberhard Karl de Tübingen, puis à Lyon. C’est dans cette ville, et particulièrement à l’Institut Lumière, qu’il découvre le cinéma d’auteurs. Il obtient sa maîtrise ès arts en présentant un mémoire sur Kieslowski. Il suit des cours de réalisation à Postdam. Inspiré de son court métrage de fin d’études, « Pingpong » est son premier film.

Le sujet : Paul, 16 ans, arrive sans prévenir dans la famille de son oncle. Ayant perdu récemment son père, il est à la recherche d’un monde idéal, et s’immisce dans l’univers de cette famille apparemment parfaite. Après lui avoir réservé un accueil sceptique, Anna, sa tante, se rapproche de lui peu à peu. Paul est attiré par elle. Ce n’est que trop tard qu’il réalise qu’il a été manipulé et qu’il est complètement à sa merci. La souffrance de Paul le pousse à un acte de désespoir.

La critique : Quand Paul débarque dans la villa de son oncle, on sent bien qu’il n’est pas vraiment le bienvenu. Il y a des non-dits, des reproches, des conflits jamais résolus, surtout depuis le suicide de Frank. Son oncle Stefan voit en lui l’incarnation du reproche de la brouille avec sa sœur, Anna le perçoit immédiatement comme une menace pour sa quiétude, et sa première rencontre avec son cousin Robert perturbe la répétition de l’audition de piano qu’il doit passer quelques jours plus tard. 

Les demandes appuyés sur la date de son départ, les allusions à la gêne qu’il occasionne glissent sur lui. Il ne répond pas aux multiples petites provocations, même quand elles prennent la forme de toast de bienvenue ou qu’elles attaquent son père. Il oppose sa présence, l’impose comme une évidence et propose même de poser le carrelage de la piscine. Pourtant, on sent d’emblée que l’explosion n’est pas loin, que toute cette douleur et cette colère contenues ne peuvent pas ne pas finir par sortir. 

« Pingpong« , jeu anodin, jeu des vacances, mais où ici aucune partie ne se termine, interrompue par des éclats de jalousie, des jeux de pouvoir, jusqu’à ce moment où Anna détruit la table à coups de pelle. Et à la fin, Paul joue seul avec rage sur la table replié, éjecté de cette famille où on ne sait pas communiquer. On pense par moment à « Festen« , par la tension et le poids des secrets de famille. On peut aussi évoquer « La Tourneuse de Pages« , notamment avec le rôle du piano comme catalyseur des rapports de forces, et à cause de cette menace que fait planer l’irruption d’une personne inattendue dans une maisonnée. Comme dans ce film d’ailleurs, le meilleur est dans l’atmosphère, dans ces menus détails qui instillent la perversion des relations entre le trois protagonistes, bien plus que dans les scènes « tragiques » où Matthias Luthardt n’évite pas toujours le piège du pathos démonstratif. 

Mais malgré ces défauts, malgré la prévisibilités de certaines péripéties, ce film de fin d’étude vraiment maîtrisé, couronné à Cannes du Prix de la Jeune Critique, est quand même assez prometteur, et vient s’inscrire dans le renouveau d’un cinéma allemand qui semble sortir d’une longue latence.

Cluny

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