300

Critique initialement publiée le 14 avril 2007

Film américain de Zack Snyder

Genre : Péplum, Action

Interprètes : Gerard Butler (Léonidas), Rodrigo Santoro (Xerxès), Lena Headey (Gorgo), Dominic West (Théron).

Durée : 1 h 55  

La note : 0/10

En deux mots : Le revival du film nazi.

Le réalisateur : Né en 1966 dans le Wisconsin, Zak Snyder suit une formation artistique à Londres et à Pasadena, il commence par la réalisation de clips publicitaires pour Audi, Jeep, Budweiser, Nike ou Reebok. Il réalise en 2004 son premier long métrage, « L’Armée des morts », un remake du « Zombie » de Georges Romero.

Le sujet : En 489 av. J.C., Léonidas devient roi de Sparte à l’issue d’épreuves rituelles. 9 ans plus tard, il apprend que le roi perse Xerxès envisage d’envahir Sparte avec une armée gigantesque.  Abandonné par les élites de la cité corrompues par l’or perse, il part à la rencontre de l’ennemi avec les 300 meilleurs soldats de la cité. Il choisit de combattre dans le défilé étroit des Portes Chaudes (les Thermopyles, pour ceux qui n’ont pas fait grec ancien).

La critique : J’ai longtemps hésité avant d’aller voir ce péplum néo-mussolinien, sûr de ce que j’allais y trouver. J’ai failli me contenter de la bande-annonce pour dénoncer en quoi ce navet vu en 15 jours par 1,2 million Français est nuisible. Mais bon, la carte illimitée atténue la culpabilité de cautionner un tel produit, et en troisième semaine, ce n’est pas mon +1 au box-office qui va être repéré comme déterminant dans un succès public déjà avéré. 

A l’issue de la projection, toutes mes suppositions étaient confirmées, en pire. Ne reste qu’une interrogation : un tel propos est-il intentionnel, ou ne s’agit-il que du produit d’un subconscient façonné par l’inculture et l’ »esthétique » du clip ? Le fait que Zack Snyder soit issue de la pub m’incline vers la réponse 2 ; dans ce cas, et comme le disait Talleyrand, pire qu’un crime, c’est une faute. Le film commence donc par un traveling sur un amoncellement de crânes enfantins au pied d’une colline, se finissant sur un prêtre examinant un bébé pendant que la voix off explique que s’il avait présenté le moindre défaut, Leonidas aurait fini sa courte vie au milieu des autres dépouilles. Bien. Nous voilà donc dans un civilisation qui pratique l’eugénisme avec autant de méticulosité que les Einsatzgruppen SS, attendons, la dénonciation va bientôt arriver. 

Et bien non : ce peuple guerrier, précurseur de la race supérieure, ce sont les gentils !!! On nous explique bien vite que face aux fourbes asiatiques (l’axe Téhéran-Bagdad-Pyong Yang, je suppose), aux autres cités grecques tentées par la collaboration ou la négociation (de Villepin à l’O.N.U. ?), Sparte représente la défense des valeurs occidentales : le sens de l’honneur, le courage et la défense de la patrie. Valeurs rapidement illustrées par l’exécution d’émissaires, l’axe du bien autorisant cette petite entorse à la Convention de Genève, au même titre que Guantanamo ou les prisons secrètes de la C.I.A. 

Je pourrais continuer longtemps à analyser le propos politique implicite, depuis la plaisanterie homophobe de Léonidas sur les Athéniens jusqu’à la description de la forfaiture des politiciens. D’aucuns me diront que ce n’est qu’un « entertainment », qu’il faut resituer le contexte historique, comme ils l’avaient déjà fait après ma critique d’ Apocalypto. 

Infâme dans son idéologie, « 300 » est aussi nauséeux dans son esthétique. D’une part au vu d’une exaltation du corps digne de Leni Riefenstahl, la plastique des Spartiates sculptée à la créatine s’opposant au bestiaire des troupes de Xerxes, clairement pompé du côté du « Seigneur des Anneaux » : orques, trolls, éléphants, plus quelques ninjas. D’autre part à cause de la complaisance dans la mise en scène de la violence : le Perse se découpe en rondelles dans une chorégraphie ridicule (avec un sens de la stratégie stupide digne des Indiens des westerns d’avant « La Flèche brisée » tournant en poussant des youyous pendant que les pionniers les alignent comme au tir aux pigeons), alors que le Spartiate même décapité s’écroule avec beaucoup de sobriété. 

« 300 » est inspiré d’une bande dessinée de Frank Miller, comme « Sin City ». Alors que ce dernier avait une véritable identité graphique, l’objectif de Zack Snyder se résume à l’utilisation de tous les effets permis par la 3D ; d’ailleurs, il s’en vante : « Les gens vont au cinéma pour vivre une expérience originale. C’est ce que nous avons tenté de leur apporter. Qu’il s’agisse des paysages, des batailles, de l’action, de l’architecture, chaque image du film constitue un effet visuel. » Oui, on va au cinéma pour voir quelque chose qu’on n’a pas encore vu. Mais qu’y a-t-il d’original dans ce bric-à-brac d’effets déjà vus cent fois ? Quelle originalité y a-t-il à remplacer l’art du montage par la superposition de plans clinquants ? 

Truc moche, totalitaire et creux, « 300 » réussit en prime l’exploit d’être profondément prévisible et chiant. Aussi créatif qu’un jeu vidéo de shoot’n up, il est un objet de marketing, une contrebande d’idées d’extrême-droite, un poster d’une revue de body-building, mais certainement pas un film.

Cluny

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