Critique initialement publiée le 17 novembre 2006
Film américano-britannique de Larry Charles
Titre original : Borat : Cultural Learnings of America for Make Benefit Glorious Nation of Kazakhstan
Genre : Comédie, Documentaire parodique
Interprètes : Sacha Baron Cohen (Borat Sagdiyev), Ken Bagatov (Azamat Bagatov), Pamela Anderson (elle-même), Luenell Campbell (Luenell).
Durée : 1 h 20
La note : 7/10
En deux mots : Les Lettres persanes dans les Etats-Unis de Georges Bush, passées à la moulinette Groland. Si on met son bon goût au vestiaire, jubilatoire.
Le réalisateur : Né en 1956 à Brooklyn, Larry Charles devient scénariste et producteur en 1991 pour la série « Seinfeld ». En 2003 il réalise « Masked and Anonymous », une comédie dramatique avec Bob Dylan.
Le sujet : Borat, reporter kazakh, est envoyé aux Etats-Unis par la télévision de son pays pour y tourner un reportage sur le mode de vie de cette nation vénérée comme un modèle. Au cours de son périple, il rencontre de vraies personnes dans des situations authentiques, avec les conséquences les plus incroyables.
La critique : « Borat » est ce que les Américains appellent un « mockumentaire », c’est-à-dire une parodie de documentaire. Dès le générique, on est plongé dedans : définition de l’image ex-soviétique, titres et sous-titres en caractères cyrilliques, musique piquée à Kusturica et syntaxe approximative, comme le prouve le sous-titre du film, « Leçons culturelles sur l’Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan« . De nombreuses scènes ont été tournées en présentant Borat comme un véritable journaliste venu d’un lointain pays au nom imprononçable. Profitant sans vergogne du sens de l’hospitalité des Américains, il se fait inviter au journal d’une télévision, où il vient saluer le Patrice Drevet local au milieu de son bulletin, ou il se fait expliquer qui est Pamela Anderson par des féministes scandalisées par les théories d’un savant kazakh selon lesquelles le cerveau d’une femme a la taille de celui d’un écureuil ! On pense parfois à certaines scènes des « Onze Commandements » de François Desagnat avec Michael Youn ; mais au lieu de simples sketchs potaches, ces canulars ont ici une autre visée.
Car voilà : Borat Sagdiyev est raciste (il déteste les gitans), xénophobe (il déteste les Ouzbekhs), antisémite, homophobe et misogyne. Il est aussi naïf, crédule et malgré tout sympathique. Ainsi, après avoir suivi des cours de savoir-vivre, il est reçu par une maîtresse de maison ayant notamment pour hôte un pasteur et sa femme. Borat aligne les gaffes et les déclarations péremptoires ; quand il s’absente pour soulager un besoin pressant, son hôtesse déclare à la caméra que malgré des différences culturelles énormes, elle pense qu’il serait possible de l’américaniser. Elle déchantera bien vite, quand il reviendra avec ses excréments dans un sac en plastique…
Il déclenche des réactions de rejet, notamment quand il franchit allégrement les frontières du politiquement correct ; la scène où il reçoit des conseils d’un « coach en humour » est hilarante, avec un humoriste professionnel lugubre et effaré par cet élève hilare en découvrant que les bonnes blagues kazakhs ne font pas rire en Amérique. Mais parfois, il est plébiscité, notamment quand il proclame dans un rodéo « Nous soutenons votre guerre de terreur en Irak« . La patience de ses interlocuteurs est souvent commerciale, comme ce vendeur de voiture qui répond à sa question « Quelle genre de voiture je dois acheter pour attirer une femme au vagin rasé (sic) ? » par « Ça pourrait être une Corvette » ; et quand dans le même rodéo un Texan lui explique qu’il devrait se raser la moustache pour avoir moins une tête de musulman, le rire se coince un peu.
Car on rit beaucoup (enfin moi), parfois un peu honteux, souvent sans retenue. Sacha Baron Cohen se régale à camper un Borat Sagdiyev hallucinant, cousin obsédé du gentillet Viktor Navorski, le héros de « Terminal« .
Signalons que le ministre des Affaires Étrangères du Kazakhstan a déclaré que son pays n’avait pas mérité ça, et le président Noursoultan Nazarbaïev en a touché un mot à Georges Bush lors de sa visite à Washington. Rappelons qu’il s’agit d’un des derniers dirigeants staliniens en place, et que pour être moins folkloriques que celles du film, les atteintes aux droits de l’homme n’en sont pas moins monnaie courante. Et puis ici, le Kazakhstan est un mélange du Groland et de la Syldavie, comme vous pourrez le vérifier sur le site internet du film.
Soulignons enfin que la bande-annonce est un modèle : elle ne présente que les principaux plans de l’introduction kazakh, donnant envie de voir la suite, au lieu de compiler les passages les plus drôles comme dans de trop nombreuses B.A. de comédies françaises.
Cluny

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