LE LABYRINTHE DE PAN

Critique initialement publiée le 2 novembre 2006

Film américano-mexicain de Alfonso Cuaròn     

Titre original :   

Genre : Drame, Fantastique    

Interprètes : Ivana Baquero (Ofelia), Sergi López (le Capitaine Vidal), Doug Jones (Pan), Maribel Verdú (Mercedes).

Durée : 1 h 58

La note : 7/10

En deux mots : Dans l’Espagne de 1944, mieux vaut affronter des monstres mythologiques que des tortionnaires franquistes.

Le réalisateur : Né en 1964 à Guadalajara (Mexique), Guillermo Del Toro a commencé comme spécialiste des effets spéciaux, et a écrit un livre sur Hitchcock. Il réalise son premier film en 1993, « Cronos« , film de vampire remarqué à Cannes. En 1997, il réalise aux Etats-Unis « Mimic« , avant d’aller en Espagne tourner « L’Échine du diable« . Retour à Hollywood pour « Blade 2 » (2002) puis « Hellboy » (2004). 

Le sujet : Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s’installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l’armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu’elle n’est autre que la princesse disparue d’un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l’a préparé à affronter…

La critique : Le genre fantastique n’est pas ma tasse de thé. J’avais vu « Hellboy » sur canal +, que j’avais trouvé plutôt bien réalisé, mais la pléthore d’adaptations des superhéros des marvels comics m’agace, les budgets engagés (1/10° suffirait à développer durablement le cinéma africain) étant inversement proportionnels au QI attendu des spectateurs. 

Mais ici, Guillermo Del Toro a eu l’intelligence de situer son récit dans un contexte réel bien particulier : celui des premières années du franquisme, au moment où l’Espagne s’enfonce dans une nuit de 40 ans de dictature. Et les épreuves que doit affronter Ofelia, aussi gore soient-elles, sont finalement moins brutales et cruelles que la terreur, publique et privée, que fait régner le Capitaine Vidal. Superbement campé par Sergi Lopez, ce condottiere courageux dans le combat, fils d’un héros de la Guerre du Maroc, est un reflet des personnages noirs des contes de fées, ogres et croquemitaines. 

Ofelia fuit ce monde réel qui ne lui offre que la cruauté et le mensonge, ne serait-ce que celui de devoir appeler « père » cet homme prêt à sacrifier sa mère pour assurer sa descendance, et qui, en bon franquiste, se méfie instinctivement d’une petite fille qui aime lire. Elle préfère affronter avec courage les épreuves peuplées de créatures gluantes et de monstres aveugles ; quand elle s’engage dans le tunnel qui la conduit à sa première épreuve, elle abandonne symboliquement sa robe et ses souliers vernis : ce n’est pas aux pays des merveilles qu’elle pénètre. 

La réalisation est assez brillante, avec un soin particulier accordé à la bande son qui annonce le passage d’un monde à un autre. Les effets spéciaux, domaine dans lequel Del Toro a longtemps travaillé, ne sont pas envahissants, et se mettent au service du récit. Les hasards de la distribution nous permettent de constater la vitalité du cinéma mexicain, avec à l’affiche les films de Guillermo Del Toro, d’Iniacio Gonzalez Innaritu, « Babel » et d’Alfonso Cuaròn (coproducteur du « Labyrinthe de Pan« ), « Les Fils de l’Homme« . 

Cluny

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